07/10/2017

La mode nous remet de la couleur rouge

A l’approche de la quarantaine, Paulette Ponchonnet, surnommée la Pépée en raison de ses initiales, est restée coquette au plus grand plaisir de la clientèle masculine de son oncle Lucien Ponchonnet, aubergiste à Conflans-sur-Tille. De la gare de Vallorbe, cette célibataire endurcie prend chaque automne le  TGV pour revenir de Paris refardée et rhabillée dans une  couleur décrétée «à la mode» par des philosophes du vêtement et du maquillage. A 28 ans, elle avait réapparu grimée d’indigo et enharnachée de camaïeu de mauves, car c’était le violet qui alors faisait chez eux la loi. En octobre 2016, ce fut un bleu marine qui, à 37 ans, lui seyait encore - c’est la couleur de ses prunelles.
Cette année, la voilà perplexe, car c’est le rouge qui est de mise dans les défilés et les magazines du Faubourg Saint-Honoré. Le rouge avec toutes ses déclinaisons: le pivoine, le carmin, l’andrinople des peintres, la noble pourpre des évêques… Mais aussi l’incarnat qui n’est pas que floral, peut être sulfureusement charnel, voire sanguinolent comme dans les livres du marquis se Sade! Les habitués de l’établissement du tonton n’en étant pas de férus lecteurs, la Paulette se méfie de cette couleur trop criarde aux yeux de villageois, dont la plupart son protestants - la Réforme l’ayant jadis honnie, la qualifiant de vaniteuse…
«En France, dit-elle, le rouge est devenu le symbole d’une féminitude affirmée, d’une prise de pouvoir flamboyante mais pacifique. Les gens de ma commune sont trop Suisses pour le comprendre.»
Et si notre coquette Vaudoise s’enveloppait dans un drapeau à croix blanche sur fond écarlate? Ou jouer les travelos en se déguisant en armailli fribourgeois (sans barbe obligatoire), avec des edelweiss festonnant une tunique de la même teinte patriotique? S’habiller en mec est aussi devenu à la mode…
Tant qu’à faire, elle devrait s’accoutrer plus romantiquement en paysan vaudois du XIXe siècle, et en endossant un broussetou. Issu de l’allemand Brusttuch, ce terme désignait un ample gilet de laine rougeâtre pourvu de manches et de deux rangs de boutons.
On les fermait minutieusement à l’approche de l’hiver pour plus joyeusement les rouvrir au retour du printemps, dès que le ciel devenait vermillon sur l’échine noire du Jura.