08/04/2018

Spectres et faune de la nuit urbaine

Quand le crépuscule cesse de faire rosir la tour Bel-Air et d’ambrer la molasse de notre cathédrale, un soir de type baudelairien se déverse sur la ville. Pour paraphraser à la vaudoise le poète, on dira qu’il apporte à d’aucuns une tranquillité «minçolette», à d’autres «ma foi bien du souci». Ainsi, la nuit qui s’annonce peut devenir chagrine quand elle étreint votre grand-oncle Willy, 20 ans après son veuvage. Elle sera différemment redoutée par ses petites-filles impatientes de rejoindre des amis dans des clubs où l’on festoie jusqu’à l’aube: entre Ruchonnet et Montbenon, il faut traverser des pénombres où il est périlleux d’être une femme, déjà à 17 ans. On s’y fait accoster par des spectres masculins qui engagent des conversations douteuses.
Pourtant l’éclairage nocturne de Lausanne s’est récemment intensifié, par une constellation de 14 000 luminaires artificiels, où le vieux tube des néons le dispute à la lampe à vapeur de sodium, et de plus en plus à ces diodes électroluminescentes appelées LED. Mais voilà que ces ampoulettes écologiques se révèlent nocives, justement à cause de leur luminosité minimale, désormais décrétée polluante!
Une de leurs victimes est la chouette hulotte de Sauvabelin. Elle préfère la nuit au jour pour nourrir sa nichée; une obscurité totale lui est indispensable afin d’attraper un ou deux souriceaux. Les lumières artificielles qui l’aveuglent finiront-elles par l’affamer, elle et les siens?
Plus en aval, dans le sous-bois herbacé du parc Louis-Bourget de Vidy, une même pollution nocturne risque de décimer une phosphorescente population de lucioles, autrement plus fragile. C’est au mois de juin que ces «mouches à feu» lancent rituellement des feux argentés ou jaune-vert aux abords d’un étang noir qu’elles rallument, grâce à une prédisposition physiologique mystérieuse qui leur vaut aussi le surnom de «lampyres». L’étang de Vidy serait donc condamné à se noircir davantage. Pour s’éclairer, il ne lui resterait que ces hauts réverbères qui jalonnent le rivage. Des lampadaires qui n’éclairent plus rien, sinon le regard jaune d’un renard qui s’est acclimaté à nos enfers urbains, la truffe des fouines qui rongent les câbles de votre auto. Ou l’oeil farouche du lièvre de Bottens, alias l’oreillard, qu’on appellle parfois «le bossu des bois». Encore une bestiole des champs qui réclamerait un passeport urbain!

Commentaires

Dans ce quartier planté d'arbres et de bâtiments universitaires de la ville de Nanjing, le seul gibier déplaisant à vivre est une meute de roquets Sans Niche Fixe, qui se manifestent la nuit par des querelles indiscrètes. Le jour, ils se reposent en imaginant les pires scénarios à mettre en scène dans une obscurité propice. Il existe bien des méthodes radicales pour mettre fin à ce tapage, selon Géo, mais les armes ne sont pas aussi facilement accessibles en Chine qu'aux Etat-Unis, et j'y ai encore bonne réputation.

Écrit par : rabbit | 08/04/2018

Voilà où nous mène la civilisation : avant, ils les mangeaient...

Écrit par : Géo | 08/04/2018

Aucun risque, ces chiens sont trop sales pour être appétissants. À propos, il serait intéressant d'aller faire une tournée gastronomique en DPRK, avant que ce pays ne soit envahi de MacDo's et de Starbucks. Vu d'ici, c'est pas très loin.

Écrit par : rabbit | 09/04/2018

"ces chiens sont trop sales pour être appétissants" Drôle de remarque. Vous croyez que les sangliers que l'on chasse chez nous sentent la rose ? En tout cas, pas besoin d'être un chien pour les sentir à distance, en forêt...
Savez-vous qu'il y a encore en Suisse des mangeurs de chien, dans je ne sais quelle vallée alpestre autant que reculée ?

Écrit par : Géo | 09/04/2018

Mais la Suisse, cher ami, n'est qu'une immense vallée alpestre aux ramifications en perpétuelle métamorphose. Certains s'y sont perdus et errent encore en cherchant la liberté. C'est un peu comme à la station Xinjiekou du métro de Nanjing, qui présente pas moins de 26 sorties vers des rues au nom imprononçable. Et je ne n'ose évoquer sans trembler People's Square, à Shanghai, dont les souterrains ont la taille d'une ville suisse de taille moyenne et dont personne n'a jamais pu, de son vivant, relever le tracé de toutes ses ramifications...

Écrit par : rabbit | 09/04/2018

Bon, Mr Rabbit, vous oubliez le goût des Suisses pour les tunnels. Et les mines de Bex qui étaient la plus grosse industrie vaudoise au 17ème avec 1500 ouvriers. Et que le grand Albrecht von Haller en a été le directeur ? Sauf erreur, il a été le premier à découvrir la véritable nature du grand chevauchement de Glaris. Mais il a été assez sage pour ne pas en faire part, ayant trop peur de ce qu'il allait lui arriver s'il révélait le phénomène...
Aux mines de Bex, on peut demander de faire la visite des galeries abandonnées, et là, cela devient vite assez impressionnant. Vous passez par des salles superposées, dont certaines effondrées...
Et bientôt, on pourra probablement visiter les 60 kilomètres de couloirs des forts de Dailly et Savatan. Il y a peut-être encore des types restés à l'intérieur qui croient que la guerre n'est pas finie, ou leurs restes plutôt...

Écrit par : Géo | 11/04/2018

Toutes ce galeries naturelles, ou héritées du réduit national, ne vont-elles pas servir à stocker l'excédent de production fromagère, stimulée par les subsides généreux de l'état ?
Dailly et Savatan ? Bon sang, mais c'est bien sûr ! Si la Confédération est vendeuse, on pourrait organiser des jeux de rôles pour touristes Chinois en mal de sensations guerrières. Kung Fu Panda dans les Alpes, ça va déchirer grave. Et avec Géo dans le rôle du colonel sadique, on va se faire du blé. Vous pouvez vous renseigner auprès de Monsieur Parmelin ?

Écrit par : rabbit | 12/04/2018

Pour le rôle, je n'ai que les moustaches. Au reste, il n'est pas difficile de voir que je suis plutôt trop bon. Le fromage s'exporte bien, d'ailleurs c'est bientôt la seule chose qui va s'exporter, quand les montres à cent mille balles ne se vendront plus...
Je verrai plutôt la création d'une communauté de survivalistes de grand luxe. On pourrait devenir les Ritz de l'hôtellerie souterraine et anti-atomique (les conneries de ce demi-cuit de Trump me donne des idées...). D'ailleurs, si notre coeur balance entre les Mines de Bex et Savatan, il suffirait de creuser une petite jonction. Si ce n'est pas déjà fait...
Dans le rôle du colonel sadique, par ailleurs, il semblerait qu'on aurait déjà tout sur place : l'école de police de Savatan est critiquée de toutes parts pour son militarisme. Un aspirant genevois raconte qu'un instructeur a fait mettre genou à terre à l'assemblée durant une scène du film "Sniper", vantant les mérites de tueur d'un Yankee en Irak. Du coup, je me dis que j'ai eu chaud lors de ce contrôle par un gendarme vaudois que je vous ai raconté : il aurait pu vider son chargeur sur moi à titre préventif. A cause de mes moustaches...

Écrit par : Géo | 12/04/2018

Bien observé ! Plus je tourne autour de la planète et plus mon carnet se remplit de notes et d'évaluations à propos de certaines professions formant des catégories formatées, universelles et interchangeables. De quoi réviser nos acquis sur le rapport entre l'espèce et l'individu: qui crée qui ?
Et c'est justement en voyant la moustache d'Edwy Plenel que j'ai tout compris : plus proche de Staline que de Lénine ou Trotsky.

Écrit par : rabbit | 13/04/2018

Il y a un élément commun entre Trotsky / Bronstein et Plenel, qui me paraît plus important que les moustaches...De plus, Plenel était trotskyste. Était...ou est toujours.

Écrit par : Géo | 13/04/2018

Dans ce cas, on peut ajouter Ignacio Ramonet et Philippe Martinez, et on réunit ainsi la trinité hégélienne qui pourrit la France (selon Marx, cela devrait représenter « la nature objectivée de la conscience de soi »). C'est beau les mots, non ?

Écrit par : rabbit | 13/04/2018

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