14/04/2018

Montres ovni et belles brocantes

Au dernier Salon de l’horlogerie de Genève, on s’est ébloui il y a 3 mois du potentiel multifonctionnel (sic) d’un modèle inédit de montre-bracelet connectée. Un joyau plus mastoc qu’élégant, qui alourdirait un poignet plutôt que l’embellir. Mais il s’enrichit, paraît-il, d’un accéléromètre en 3D, d’un écran LCD mobile, d’un traceur GPS, d’une application téléphonique gigaproductive (resic)… N’en jetons plus, il s’agit d’un nouveau miracle technologique! Et ses promoteurs de rechanter que vos ancêtres les Celtes avaient pour seule indication horaire le cours du soleil sur la crête des Alpes. Que les Indiens d’Amérique dialoguaient à distance en s’envoyant des signaux de fumée… S’informer de l’heure et communiquer: voilà deux fonctions distinctes enfin réunies pour opérer simultanément, grâce à un condensé d’algorithmes enchâssé en une seule gourmette. Celle-là-même qui fut une des vedettes miroitantes de Palexpo.
Sans avoir eu seulement l’idée de la tester moi-même, j’ai été amusé  ce jour-là du courage d’une visiteuse plus agée que moi qui accepta de jouer les cobayes, en tortillant son bras gauche, et jusqu’à en disloquer le coude. Cette acrobatie éprouvante ne lui apprit rien de mieux que redire encore à son interlocuteur: «Allô, Juju, t’es où?, est-il bientôt midi?…» En même temps, l’ovni qui cernait son poignet faisait clignoter qu’il était déjà midi quinze.
Sans désestimer les innovations électroniques, le soussigné les craint, se contentant d’un natel antédiluvien où l’on peut seulement téléphoner. Et d’une montre-bracelet des CFF où l’on ne lit que l’heure qu’il fait. Tout comme dans l’oignon-gousset en argent de mon ami Pilou de La Palud, qu’une giletière relie élégamment à la boutonnière de son justaucorps en velours mordoré. Il ne l’en n’extrait que pour s’inquiéter d’un éventuel retard, ou pour réparer la ronde des aiguilles. Et avec la majesté aristocratique de l’ancien chancelier Malesherbes, l’ultime défenseur du malheureux Louis XVI (1721-1794).
Sur la charrette d’infamie qui le conduisit à son tour à la guillotine, ce brave homme accusé de trop de fidélité, ne tremblait pas. Il remonta philosophiquement sa fière tocante au vu de tous ces sans-culottes qui l’abominaient; et comme si de plus belles heures devaient lui survivre.
Auparavant, il avait osé déclarer au Tribunal révolutionnaire qu’il méprisait la mort autant qu’il avait respecté son roi.

Commentaires

J'aurais écrit “tocantes“ dans le titre, mais je ne suis qu'un passager clandestin. Probablement une erreur d'aiguillage du “correcteur automatique et interactif“, comme ça s'appelle. Ce machin est développé sur une technologie inventée par Synapse Développement. Un peu de sucre versé dans l'intelligence artificielle devrait améliorer la connectivité des synapses. À propos de sucre, Géo, j'ai acheté dans la rue un demi-kilo de fraises du pays pour 10 Yuan, soit 1.50 CHF : ils ont du souci à se faire en Valais.

Écrit par : rabbit | 16/04/2018

Mais qu'est-ce que Gilbert Salem pouvait bien foutre au SIHH ? Et comment supporte-t-il de devoir porter en permanence un bracelet qui lui indique l'heure et seulement l'heure ? Que d'énigmes qui me rassurent sur mon potentiel d'émerveillement, sur ma qualité à mettre en doute l'acquis. Décidément, ma capacité à jouir est proportionnelle à celle de relativiser ce qui semblait évident.

Écrit par : PIerre Jenni | 19/04/2018

Passer directement de l'émerveillement à la jouissance, n'est pas ce qu'une partenaire, même de moindre exigence, est en droit d'attendre de vous, Monsieur Jenni.

Écrit par : rabbit | 20/04/2018

Il faudrait que j'y réfléchisse Rabbit. Mais à première vue je dirais que pour véritablement jouir il faudrait être capable de ne rien attendre.
Je voyais ça plutôt à l'intérieur de chacun et plus si entente.
Car le combat commence dans le corps, entre les cellules, les atomes et tout cet assemblage subtil de micro-univers soumis aux lois de la mécanique quantique. Il se prolonge dans le cerveau de chacun et perd en sagesse. Puis le conjoint, la famille, proche et élargie, la commune, le canton, la nation. La Terre, peut-être un jour. A chaque niveau d'intégration dans la matière et dans des ensembles plus grossiers, l'intelligence intuitive semble se perdre et se fondre dans un magma informe.

Pour revenir à l'échange, et plus particulièrement au coït si j'ai bien compris votre allusion rabbit, je peine à dissocier émerveillement et jouissance. Du moins en ce qui concerne l'intensité. Pour moi, la jouissance est un état de grace qui m'émerveille à chaque fois. Malheureusement, le simple fait de prendre conscience de cet émerveillement met un terme à la jouissance pure. Ou du moins réduit considérablement son impact.

Écrit par : PIerre Jenni | 20/04/2018

Je m'aperçois que dans « L’ÉVOLUTION CREATRICE », Henri Bergson n'est pas loin de vous suivre dans votre raisonnement : « La conscience, chez l’homme, est surtout intelligence. Elle aurait pu, elle aurait dû, semble-t-il, être aussi intuition. Intuition et intelligence représentent deux directions opposées du travail conscient : l’intuition marche dans le sens même de la vie, l’intelligence va en sens inverse, et se trouve ainsi tout naturellement réglée sur le mouvement de la matière. Une humanité complète et parfaite serait celle où ces deux formes de l’activité consciente atteindraient leur plein développement. Entre   cette humanité et la nôtre on conçoit d’ailleurs bien des intermédiaires possibles, correspondant à tous les degrés imaginables de l’intelligence et de l’intuition. Là est la part de la contingence dans la structure mentale de notre espèce. Une évolution autre eût pu conduire à une humanité ou plus intelligente encore, ou plus intuitive. En fait, dans l’humanité dont nous faisons partie, l’intuition est à peu près complètement sacrifiée à l’intelligence. Il semble qu’à conquérir la matière, et à se reconquérir sur elle-même, la conscience ait dû épuiser le meilleur de sa force. Cette conquête, dans les conditions particulières où elle s’est faite, exigeait que la conscience s’adaptât aux habitudes de la matière et concentrât toute son attention sur elles, enfin se déterminât plus spécialement en intelligence. L’intuition est là cependant, mais vague et surtout discontinue. C’est une lampe presque éteinte, qui ne se ranime que de loin en loin, pour quelques instants à peine. Mais elle se ranime, en somme, là où un intérêt vital est en jeu. Sur notre personnalité, sur notre liberté, sur la place que nous occupons dans l’ensemble de la nature, sur notre origine et peut-être aussi sur notre destinée, elle projette une lumière vacillante et faible, mais qui n’en perce pas moins l’obscurité de la nuit où nous laisse l’intelligence. »

Écrit par : rabbit | 20/04/2018

Je trouve l'approche jungienne dans "Types psychologiques" plus appropriée et moins déterministe que celle que nous donne Bergson dans ce texte. Jung divise les types psychologiques entre intuitif ou intelligent d'un côté et sensitif ou sentimental de l'autre. Chaque individu est constitué d'une part de ces quatre modes d'appréhension de notre environnement. Et s'il n'y avait plus d'intuition, il n'y aurait plus de découvertes ou d'inventions. Ce n'est pas vraiment ce qui caractérise notre temps...
Et elles étaient bonnes, les fraises ?

Écrit par : Géo | 21/04/2018

Merde, moi qui pensait qu'on parlait de cul...

Écrit par : PIerre Jenni | 21/04/2018

Retournez dans vos cucuteries piogresques, Jenni. Cela vaut mieux pour tout le monde et pour l'ordre des choses...

Écrit par : Géo | 22/04/2018

Oui et j'en ai racheté aujourd'hui. Nonobstant, il ne s'agit pas de typologie, chez Bergson, mais d'instruments communs à tous et de l'usage que l'on en fait en fonction des circonstances. Quant à Jenni, je lui donne du grain à moudre pour étalonner l'usage qu'il fait de ce qu'il a (ou pas) entre les deux oreilles : je suis un peu comme ces gens de laboratoire qui construisent des labyrinthes pour y faire courir des rats. Pour ce qui concerne la paraphilie du précité, je crains des conséquences désastreuses sur le patrimoine génétique de l’espèce genevoise : mais que fait Pierre Maudet ? Maintenant, les chiens font un raffut tel que je vais dormir sur le canapé du salon. Bonne nuit.

Écrit par : rabbit | 22/04/2018

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