25/06/2018

Parlons vaudois, donc peu, voire pas du tout

Le Bon Dieu lui a fait don de la parole pour qu’il en use le moins possible. Aussi n’y a-t-il pire péché, pour le Vaudois chrétien de souche que de trop parler, devenir un discoureur ou ce que lui-même appelle une barjaque, une batoille. Par piété, mais surtout par prudence et méfiance, il économise ses mots comme l’écureuil ses noisettes. Aujourd’hui, Jean Petitjean, alias Jeanjean, est le seul cacique de la pinte de Miauffens-la-Moille disposé à exprimer des avis sur tout et sur rien: il est bègue de naissance. «Il prend tout son temps pour placer ses mots là où il faut», expliquent ses voisins de table les mieux intentionnés. Et si des étrangers le taraudent de questions délicates, il préfère se taire. Ou recourir à la seule maxime qu’il sache énoncer sans bafouillage ni encouble: «Quand on sait pas, on dit pas».
Déjà au IVe siècle après J.-C., Jean Chrysostome observait de pareilles précautions verbales. Ses disciples les plus fervents lui attribuèrent le surnom de Bouche d’Or, car «il parlait peu, difficilement, mais si justement»… Ce père de l’Eglise serait-il le lointain saint patron de notre Jeanjean de Miauffens, en cette contrée vaudoise devenue depuis protestante? On n’y vénère plus les saints, mais laconisme et discrétion y restent de hautes vertus morales. De Grandson jusqu’aux berges d’Allaman, et même sur des terrasses du Flon, on perpétue une sagesse taiseuse car malicieuse: on préfère les jeux de sourcils et des maxillaires au franc-parler débridé et redondant des talk-shows télévisés. Les rares mots malveillants échangés sont astucieusement bémolisés par un accent local, souvent outré par autodérision.
Faut-il rappeler que les Vaudois sont passés maîtres dans l’art de la litote, cette figure de rhétorique visant à atténuer la cruauté de toute pensée. Elle fait hurler dans les fanzones: «Notre équipe de foot joue pour ne pas perdreI» Il en est une autre, plus nuancée, courtoise, mais perfide, qu’on appelle l’euphémisme. Exemple: «Je ne crois pas que vous soyiez exagérément intelligent.» Enfin, il y en a une troisième, la plus vaudoise de toutes, qui est la prétérition:
- Dis-voir, Samy, toi qui as été au culte. Il cause comment notre nouveau pasteur?
Après un lourd silence:
- J’en ai déjà trop dit…

Commentaires

J'ai de la peine avec "les Vaudois". Il y a plusieurs lignes de fracture. La première, c'est "le tunnel de Glion", qui a bien montré l'isolement de l'Est vaudois quand il a été fermé. Le Chablais - les quatre mandements - a été "adopté" par les Bernois en 1476, alors que les "vrais" Vaudois l'ont été en 1536, et le terme "adopté" n'a plus lieu d'être. La 1ère incursion des troupes bernoises jusqu'aux rives du Rhône a d'ailleurs eu lieu en 1464.
"Au moment de "l'heureuse conquête" des quatre mandements, comme il sera convenu de l'appeler, par les troupes bernoises et fribourgeoises, le régime féodal est déjà en pleine décadence dans notre région." Selon R-A Houriet, "Bex, du régime bernois à la révolution bernoise".
C'est dire que les Savoie préférant faire la nouba à Paris, leurs possessions sont laissées à la merci du pire de la société. Les Bernois sont bien accueillis, parce qu'ils vont remettre de l'ordre...
En dehors de ce clivage historique, il y a pas mal de différences entre la mentalité des Ormonans, des gens du lac, du Gros-de-vaud et du Jura vaudois.
On n'imagine pas l'Ormonan faire de l'horlogerie ou les Combiers vinifier du chasselas...

Écrit par : Géo | 25/06/2018

La seule image d'un Canton de Vaud en train de se faire, est à prendre dans ces 4 tableaux (www.stat.vd.ch) :
- état et structure de la population
- bilan démographique
- migration
- acquisition de la nationalité suisse.
Le reste n'est que littérature. Mais vous pourrez déjà avoir une idée du prénom du petit-fils de Jean Petitjean : ce sera Mamadou ou Hassan.
Tout ceci, vu depuis le 5e plus grand canton du pays (les Suisses de l'étranger - 750'000 hab), nous laisse perplexe sur le label folklo que nos compatriotes tiennent à accoler à toute représentation de leur patrie.

Écrit par : rabbit | 26/06/2018

"ce sera Mamadou ou Hassan."
Ou Jetousch ou Tabit, comme les deux premiers ouvriers kosovars d'un copain entrepreneur...
Plus probablement Granit ou Xherdan...

Écrit par : Géo | 26/06/2018

Ah ! Géo, puisque vous êtes dans le coin : comment peut-on avoir une température extérieure de 35° et ressentie de 43° ? En raison de l'humidité, de la pression atmosphérique, pour vendre des climatiseurs ou uniquement pour m'embêter ?

Écrit par : rabbit | 26/06/2018

On a le même problème ici, mais en moins grave. Et c'est la première raison qui me fait rester dans ce pays de nains de jardins gauchistes (allusion à un billet d'une excitée de la RTS ce matin, défendant le geste nationaliste fascistoïde de quelques idiots courant derrière un ballon à longueur de journée au nom de la lutte contre l'UDC, au prétexte que celle-ci est nationaliste).
La cohérence n'étouffe pas les jeunes idiots de la RTS, encore moins les jeunes idiotes. A écouter juste avant 0800. Elle s'appelle Gremaud, avec un prénom bizarre et inaudible, genre Gribi, Rhini ou je ne sais quoi.

Écrit par : Géo | 26/06/2018

Dans les organisations où l'on nivelle par le bas, comme l'enseignement ou les médias, on est surpris de constater, de l'extérieur, que le bas est parfois beaucoup plus bas que ce que l'on avait pu craindre. Alors que ceux chargés de gérer cette notion de qualité, pensent à tort que leur bas est bien supérieur à leur propre haut : c'est donc en cherchant à monter la qualité de leur production, qu'ils se retrouvent plus bas que s'ils avaient voulu la descendre.

Écrit par : rabbit | 26/06/2018

On a ces temps un peu l'impression que les gens de la RTS veulent nous faire payer, nous le peuple suisse, l'initiative "No billag". Aujourd'hui, ils en rajoutent dans la provocation anti-populaire...

Écrit par : Géo | 26/06/2018

Aujourd'hui, ils en rajoutent dans la provocation anti-populaire...

... Maintenant qu'ils ont leur Nobel pour conscience de référence, qu'ils interpellent à tout bout de champ pour qu'il ramène sa fraise sur tout et n'importe quoi...

C'était con comme la lune, ses réflexions "amsteinesques" sur la question migratoire.

Écrit par : petard | 26/06/2018

 « Nobel de Jour » sans Catherine Deneuve, ce n’est plus du tout la même chose. On est déjà dans l’esprit « Fantasia chez les Ploucs », comme le faisait remarquer Géo.
Personne n’a remarqué la référence aux Shadoks dans mon intervention du 26 ? Pourquoi je me tue à faire naître un intérêt pour la culture dans les masses populaires et rurales vaudoises...

Écrit par : rabbit | 26/06/2018

Le paradoxe, c’est que moi je suis déjà au 27.

Écrit par : rabbit | 26/06/2018

"ils ont leur Nobel pour conscience de référence" La chimie mène à tout...
Cela nous fait penser qu'il faut être TRÈS reconnaissant à quelqu'un comme Federer, un exemple au hasard évidemment, de ne PAS s'exprimer sur tout et n'importe quoi au nom de sa célébrité. C'est à cela qu'on reconnaît l'intelligence de quelqu'un...
Il paraît qu'il a sorti un petit livre qui a beaucoup de succès, le Nobel de chimie. Je crains le pire...

A propos, voici l'avis de Slobodan Despot dans Antipresse sur l'affaire de l'aigle à 2 têtes :

"L’incident est suffisamment sérieux pour ne pas passer simplement à la trappe. Les buteurs suisses Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri, tous deux d’origine albanaise du Kosovo, ont tous deux fait le signe de l’aigle bicéphale, un geste communautaire et nationaliste — mais nullement helvétique bien entendu.

Voici ce que j’aurais eu à dire, non en tant que Serbe, mais en tant que citoyen suisse (et j’aurais tenu les mêmes propos en cas de provocation nationaliste serbe):

1) Lors de ce match, la plupart des joueurs, tous les buteurs ainsi que les deux entraîneurs provenaient de l’ex-Yougoslavie. On pourrait s’interroger dès lors sur la signification de certains drapeaux nationaux dans le sport moderne.

2) Ce geste politique répété était soit prémédité, ce qui dénote d’une extrême déloyauté vis-à-vis du pays d’accueil; soit spontané, ce qui témoigne à la fois de l’imbécillité de ces joueurs et de leur degré d’«intégration» au sein du pays où ils ont été formés et dont ils défendent le drapeau. A la différence d’un Valon Behrami, qui fait preuve d’un réel patriotisme suisse, la croix blanche ne signifie manifestement rien pour ces gens-là. Ce ne sont que des coucous qui pondent leur œuf dans le nid d’autrui.

3) Cela dit, on peut les comprendre. Au temps de la guerre civile yougoslave, la Suisse a soutenu sans nuances la cause de l’indépendantisme albanais au Kosovo, qu’elle fut l’un des premiers États à reconnaître. Elle a laissé s’installer des mafias ethniques sur son sol. Elle n’a fait aucun cas du rapport du sénateur suisse Dick Marty sur le trafic d’organes au Kosovo, incriminant les dirigeants locaux reçus à bras ouverts en Suisse. Aux yeux de ces deux jeunes footballeurs incultes, la Suisse est déjà une extension du territoire albanais.

4) Ces provocations sont une affaire intérieure helvétique. Ce pays est le siège des institutions internationales et il vend dans le monde entier sa réputation de neutralité. S’il tolère sans réagir le détournement de son équipe nationale de football au profit d’un nationalisme étranger et violent (l’épuration ethnique est massive dans le Kosovo «indépendant»), cette réputation volera rapidement en pièces. Nombre de bons joueurs immigrés formés en Suisse ont choisi de jouer pour leurs pays d’origine, Kosovo ou Croatie. Il faut inviter MM. Xhaka et Shaqiri à rejoindre l’équipe dont ils promeuvent les armoiries en Coupe du monde. Leur maintien dans l’équipe de Suisse serait un indice sûr de ce qu’il adviendra de ce pays dans un avenir proche."

Écrit par : Géo | 27/06/2018

Soyons juste avec la RTS : ils ont pour une fois donné la parole* à qqn de critique envers les migrations ex-Afrique, au lieu de l'éternel point de vue de Amnesty International :
http://afrique.lepoint.fr/actualites/migrations-la-ruee-vers-l-europe-le-livre-qui-derange-01-02-2018-2191491_2365.php

Vous connaissez Stephen Smith puisque vous avez nécessairement lu "Négrologie"...
* Ce matin entre 7h30 et 7h45 sur la Première

Écrit par : Géo | 27/06/2018

« La chimie mène à tout... »

Pas pour toute monde... Graetzel qui lui a inventé quelque chose de révolutionnaire, n'a pas été pressenti pour ce prix...

C'est p'têtre qu'il n'a pas de copains socialos l'EPFL ou ailleurs... (Merde, ce que j'ai une sale langue !)

Écrit par : petard | 27/06/2018

« Le paradoxe, c’est que moi je suis déjà au 27.»

C'est donc ça: « être en avance sur son temps»

Écrit par : petard | 27/06/2018

« La chimie mène à tout... » ne veut pas dire "la chimie mène au prix Nobel", soit dit entre nous. C'est vrai que Graetzel mériterait autant ce prix que le guignol bien-pensant-qui-se-la-pète-un-max, mais cela viendra peut-être ? Mais mieux que le Nobel, son invention devrait être plus utilisée. Il y a peut-être quelques difficultés d'application...

Écrit par : Géo | 27/06/2018

Quelle jubilation - toujours aussi vive - de vous lire maître Gilbert.
J'en ai déjà trop dit.

Écrit par : Ambre | 28/06/2018

La presse papelard est quasi muette sur le gigantesque incendie qui s'est déclaré hier à la scierie de J.-F. Rime à Bulle. Jamais vu un traitement de l'info aussi minable !

Ah, c'est parce que Rime est UDC, donc c'est bien fait pour lui !

Écrit par : petard | 28/06/2018

Espérons déjà que ce n'était pas intentionnel...mais franchement, vu l'état du monde, c'est assez probable. L'état du monde ? Voici un extrait de ce qu'a écrit hier le correspondant de 24 heures à Nijni Novgorod, sur les erreurs d'arbitrage qui ont favorisé l'équipe kosovaro-suisse :
"Et puis il y aura encore l'affaire de la célébration des buts de Xhaka et de Shaqiri, rejoints par Lichtsteiner. Les trois joueurs seront punis, mais éviteront la suspension; c'est sans doute parfaitement logique, à vrai dire on se demande même pourquoi ils ont reçu une amende et un blâme, mais enfin, là aussi la Suisse a évité le pire."
Si vous ne me croyez pas, vu l'énormité de la bêtise du journaliste, c'est en page 13 du 24 heures du mercredi 27 juin. Il s'appelle Daniel Visentini. Et on se demande pourquoi il est journaliste et ce qu'il a étudié pour ne pas comprendre qu'il y a eu un problème...

Écrit par : Géo | 28/06/2018

Il existe quelque part un lemme de rabbit qui dit que Ambre finit toujours par ré-apparaître. Grand Lapin avoir toujours raison...

Écrit par : Géo | 28/06/2018

Géo, merci de cette préparation intensive aux défis ethno-culturels que j'allais affronter à mon retour de Chine. Peut-on imaginez pire : débarqué de Pékin hier à 07:15, je devais être confronté douze heures plus tard au personnage de Marion Schick, dans son rôle de tragédienne du monde tel qu'on le conçoit au 19:30. Si vous ne m'en aviez pas parlé au cours des mois précédents, je repartais aussitôt, traumatisé par la réalité virtuelle de cette partie du continent.

« L'Ambre dont on peut parler, n'est pas l'Ambre véritable », Laozi, 道德经 .

Écrit par : rabbit | 29/06/2018

« L'Ambre dont on peut parler, n'est pas l'Ambre véritable », C'est vrai, je n'y avais pas pensé et d'ailleurs les trois ans dont elle parlait sont écoulés depuis longtemps...

Écrit par : Géo | 29/06/2018

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