19/07/2018

Théâtre estival autour d’un bassin

Nombreux sont les Vaudois auxquels la boussole des vacances indique des régions plus ensoleillées et caniculaires que la leur. Il est vrai qu’aux Seychelles, en Algarve, à Pavalas-les-Flots, il y a la mer, ses vents, ses embruns. Il y a les orages et les ondées imprévisibles de l’océan qui rafraîchissent et requinquent. Les privilégiés visent des villégiatures plus sophistiquées où l’on développe un thermalisme médicalisé et «des concepts autour du microbiotope intestinal». Moins verbeuses sont celles du thermoludisme: on s’y ébaudit au milieu de bulles avec balles et raquettes. Et je n’oublie pas la thalasso qui vous redresse une colonne vertébrale sous une douche puissamment administrée par une dompteuse de fauves déguisée en infirmière.

Les moins riches ne prennent pas l’avion. Ils conjurent les quatre jours que peut durer une canicule en s’hydratant d’eau douce locale. Ils barbotent dans une crique de Rivaz, Préverenges ou Cudrefin, sinon se contentent des eaux chlorées de la vénérable piscine de Montchoisi, à Lausanne, créée dans les années 30. Des eaux sans émeraude et sans divinités païennes. Leur saveur de dentifrice n’a pas inspiré des poètes mais, cinq fois par jour, une voix-off féminine - matinée de l’accent mélodieux et crémeux de Bioley-Orjulaz - retentit par dessus des dizaines de corps bronzant jusqu’à se caraméliser sur l’incandescence du béton alentour: «Attention, prévient le haut-parleur, nous allons faire les vaaagues! ». L’annonce est suivie de clameurs d’enfants et de plongeons intempestifs dans une houle artificielle actionnée par un invisible système de treuillage d’ancienne facture (qui a pourtant résisté aux intempéries diluviennes du 11 juin passé…) Les  corps alors virevoltent comme des bébés requins, ou surnagent à l’imitation du phoque et de l’otarie, sa cousine.

Car en se dénudant dans le microcosme javellisé d’une piscine urbaine, tout être humain se métamorphose en créature amphibie. Le phénomène a été examiné il y a 50 ans par Alexandre Vialatte, qui fréquenta celle flottante de Deligny - elle resta amarrée à un quai de la rive gauche de la Seine jusqu’à son effondrement en 1993. Il y avisa des dames «en forme de corde à noeuds, de melons d’eau douce, de bahut breton, de presqu’îles…» Puis un quinquagénaire obèse qui, pour les séduire, s’adonnait à des gymnastiques périlleuses. Il mourut de congestion en faisant l’arbre fourchu.

Commentaires

Le jour où Lausanne a failli se noyer, fut celui de ma troisième tentative, enfin réussie, d'accéder au sommet de la Montagne Carrée. J'avais décidé de passer à travers la forêt dense qui la borde au nord, malgré les moustiques et une température de 38°. Pourquoi ça avait raté les deux premières fois ? Parce que tous les écriteaux et les plans permettant de trouver les “vrais“ chemins sont écrits en chinois. Impossible, donc, de se situer et de trouver la bonne direction. Moralité : « L'aventure : un événement qui sort de l'ordinaire, sans être forcément extraordinaire », Jean-Sol Partre.

Écrit par : rabbit | 19/07/2018

Rafraîchissant ce billet.
Ah la piscine Deligny. Les places étaient chères et on était chanceux lorsqu'on pouvait y poser sa serviette. On y osait le monokini malgré la promiscuité. Plus spacieuse mais plus populaire (on pouvait aussi y aller métro) celle de Levallois, près des usines Renault. Et quand on avait une voiture, la plus agréable était celle de Poissy, avec ses grandes pelouses, au bord de la Seine. Là on se sentait loin de Paris. On y faisait du ski nautique, on pouvait y pique piquer et y passer la journée mais le plus chic c'était à Villennes sur Seine...
Souvenirs... rafraîchissants. Il y avait aussi la piscine Molitor , tristoune avant qu'elle ne dévienne patinoire.
Mais enfin, tout ça ne vaut pas celle du Royal, à Evian. Hum !
Mais c'était il y a... très longtemps.

Écrit par : Ambre | 19/07/2018

Il y a très longtemps, c'était le Wannsee ma piscine urbaine. La solution finale contre les grandes chaleurs...

Écrit par : Géo | 20/07/2018

Wannsee ? En Suisse ? Pas trouvé.

Écrit par : Ambre | 20/07/2018

Ce n'est pas en Suisse. Mais au siècle dernier, Géo a participé à une conférence dans le coin. On en apprend davantage sur le passé sulfureux de ce personnage controversé, comme disent les médias mainstream (on peut aussi intervertir les adjectifs, ça ne change rien à l'obscurité du texte). Pour rester fit, soyons upstream !

Écrit par : rabbit | 20/07/2018

Calmos, Vieux lapin. J'ai plus milité contre les fachos que vous, même si je me permets des gags qui vont certainement être notés à la CICAD...
Ambre@ Si vous aviez suivi mes excellents conseils de lecture et donc ceux concernant Philip Kerr...

A propos de lecture, j'ai entendu à la radio le frère de notre hôte, qui est psychiatre et qui vient de sortir un nouveau livre : "On devient adulte quand on pardonne à ses parents". C'est pas faux. Une de mes ex disait "quand on devient parent"...
Chais pas. Peut-être que je ne suis pas encore adulte ? Vous vous souvenez de ce dessin de Reiser (le seul type auquel je reconnais du génie...) : "étudiant, chômeur, retraité..." ?

Écrit par : Géo | 20/07/2018

La CICAD est la « Comisión Interamericana para el Control del Abuso de Drogas », qui est sous le même toit que l'Organisation des Etats Américains, à Washington. Dans quoi vous êtes-vous encore fourré ? Si vous vous mettez aussi l'Oncle Donald sur le dos, je ne pourrais plus rien pour vous, même avec l'aide de mes « amis chinois ».

Écrit par : rabbit | 20/07/2018

"On devient adulte quand on pardonne à ses parents". Et si on n'a rien à pardonner à ses parents, on reste un enfant ? Je n'ai rien à leur pardonner si parents=père et mère, seulement d'être morts. Nonobstant, je ne deviendrai jamais adulte, je n'ai pas d'enfant.
En revanche, qu'est-on si on ne supporte plus les "assemblées" familiales, qui ne sont que radotages!? Dès que des vacances approchent, que la famille débarque, j'ai une crise de vertiges. Quelle coïncidence ! Une de mes soeurs l'a remarqué, elle me l'a dit en douce, je n'ai pas démenti. Je ne suis pourtant pas convaincue car le vertige se déclenche par un mouvement brusque de la tête, quand il s'agit de vertiges bénins.

Écrit par : Ambre | 20/07/2018

Devenir père, ou mère, oblige quelqu'un de réfractaire aux responsabilités à devenir patron d'une PME. Et il faut que ça fonctionne bien, sinon c'est un désastre collectif. Même le désastre se doit d'être impeccable dans la forme. Sur le plan humain, certains en réchappent.
Somatiser est une forme de longue plainte silencieuse, Ambre : « des maux pour le dire ».

Écrit par : rabbit | 20/07/2018

"Une forme de longue plainte silencieuse". Oui, vous le dites bien.

Écrit par : Ambre | 20/07/2018

"Il faut faire danser sa main" (billet précédent).

https://youtu.be/XbfjhjJWQo8

Avec un stylo qui a une belle plume, et ce n'est pas celui à l'étoile blanche.

Écrit par : Ambre | 20/07/2018

Ceci explique cela ! Gilbert a dit qu’il avait été à la cathédrale Saint-Ignace à Shanghai.

Écrit par : rabbit | 21/07/2018

Je m'interroge parfois sur "avoir été ou être allé."
J'aurais dit "Gilbert a dit qu'il était allé à la cathédrale...". Me serais-je encore trompée ?

"S'il y a une notion de mouvement, dites plutôt « je suis allé » que « j'ai été ». L'emploi de « être » pour « aller » lorsqu'on le fait suivre d'un verbe à l'infinitif ou d'un complément de lieu relève du langage familier. Ne dites donc pas : J'ai été au cinéma voir le dernier Spielberg."

« j'ai été » ou « je suis allé » - Règles d'orthographe et de ...

https://www.projet-voltaire.fr › j-ai-ete-o...

La cathédrale est visible dans la scène d'introduction du film Empire du soleil, de Steven Spielberg, sorti en 1987.

Écrit par : Ambre | 21/07/2018

Il arrive parfois que le fond l'emporte sur la forme, ô Ambre. Pour moi, il était essentiel de savoir comment Gilbert avait pu se rendre, sans se perdre, dans un quartier (Xujiahui, ou "Zikawei" pour les vieux Shanghaïens) éloigné du centre-ville, à une époque où les transports publics étaient moins performants qu'aujourd'hui. C'est qu'il était en compagnie de Gérard, qui connaissait déjà les lieux et pouvait se débrouiller en putonghua : nous voilà rassurés.

La nièce de Mme Rabbit allait, après la classe, sur les lieux de tournage du film situés près de son école. Elle a maintenant 42 ans et le film opère toujours la même magie.

Écrit par : rabbit | 21/07/2018

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