04/08/2018

Etre miséreux dans une terre bénie

Enivré à cinq ans par l’odeur de l’herbe, vous reveniez d’innocentes galipettes de sous les hauts marronniers du parc morgien de l’Indépendance. A vos ébouriffures, votre casquette de traviole et votre pantalon souillé aux genoux, Tati Gladys, Mamy Paulette et votre mère vous gourmandaient à l’unisson: «Tu ressembles à un pauvre, un gavroche, un sans-famille!» Au début des années 60, il n’y avait pas plus humiliante comparaison dans votre quartier familial, alors peu sécurisé, de Peyrolaz - qui a été réaménagé depuis l’implantation de l’école de Beausobre. Ces trois dames y géraient un maigre patrimoine en le consignant scrupuleusement dans ce qu’on appelait le carnet du lait: un ancêtre «façon print"de nos fichiers numériques Excel. Elles nippaient de leur mieux leur enfant, afin qu’il ne se sente pas différent des camarades de sa classe, où une simple éclaboussure de boue sur un costume d’écolier passait pour un signe extérieur d’indigence. Voire d’immoralité!

Un demi-siècle après, la pauvreté n’est plus jugée en Suisse comme un vice, mais elle continue d’augmenter: en ce pays envié pour sa démocratique prospérité, elle touche 7,5% de la population. En gros 600 000 personnes qui doivent se rabattre sur un revenu mensuel de 2200 francs, en payant le litre de lait deux fois plus cher qu’en France, et qu’une taxe poubelle prive d’un café supplémentaire à la cafétéria de l’usine. Il n’est plus indécent d’être fauché, mais quelle honte de se faire offrir une bière à la pinte du village sans être en mesure de rendre la pareille. Ou de bénéficier de l’assistance publique tout en étant moins apparaissant moins décharné qu’un petit affamé du Sud-Soudan.

Avec ça, je connais deux ravissantes Lausannoises, chômeuses en fin de droit, qui s’évertuent à n’en rien laisser paraître. Leur pitance quotidienne se résume à un bouillon de poule, deux olives et trois biscottes. Sans cette frugalité, elles ne pourraient pas s’offrir d’indispensables lunettes de soleil, avec protection anti-UV de chez Cartier. Ni même une pochette Hermès en veau pour smartphone. Encore moins des séances régulières de fitness, ni cette crème épilatoire qui leur «coûte la peau des fesses» (sic). 

Que de sacrifices pour se faire rissoler à notre soleil si peu tahitien de Bellerive, le corps regalbé, peut-être embelli, mais avec le ventre creux!

Commentaires

« Le peuple déjeune, la bourgeoisie dîne, la noblesse soupait. L'estomac se lève plus ou moins tard chez l'homme selon sa distinction. » Edmond et Jules de Goncourt, « Journal ».

Écrit par : rabbit | 04/08/2018

Vos deux ravissantes Lausannoises changeraient-elles de régime si elles étaient plus fortunées ? Pour avoir passé plusieurs années avec une anorexique, je me permets d'en douter un peu. Et elle, c'était une pionnière mais cela s'est fortement répandu depuis...

Écrit par : Géo | 05/08/2018

Peut-être que toutes ces dames ont été enivrées par l'odeur de l'herbe ? Ça arrive dans les meilleures familles.

Écrit par : rabbit | 05/08/2018

"Les chèvres et les filles, c'est le bétail le plus difficile à garder"
Claire, cuisinière de son état, début du XXème.
C'est à cela que vous faites allusion ?

Écrit par : Géo | 05/08/2018

En plus, selon la mythologie "Freaks", l'herbe qui fait rire donne plutôt faim, non ? vous connaissez la BD, bien sûr ? On n'en a encore jamais parlé...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Freak

Écrit par : Géo | 05/08/2018

Je connais Robert Crump, dont les images pieuses ont fait les beaux jours et les couvertures du magazine Actuel. Qui ne connaît Fritz the Cat ? Dans la domaine underground, nous avons connu la généalogie suivante : Beatniks -> Hippies -> Freaks -> Jesus Freaks. Ensuite, la politique a pris le dessus ; c'est aussi un exutoire, mais pour des gens sous-équipés sur le plan de l'imagination.

Écrit par : rabbit | 05/08/2018

Crumb, pas Crump. Je le trouvais très drôle, avec ses fantasmes de grosses filles aux gros nichons. On devrait toujours se replonger dans ce qui nous faisait rire il y a longtemps, histoire d'apprendre sur notre personnalité passée. Peut-être que ce serait assez déprimant, d'ailleurs...

Écrit par : Géo | 05/08/2018

J'ai trouvé une bande de filles pour motiver à nouveau votre enthousiasme sur le genre féminin : http://www.youtube.com/watch?v=arLCqkU7Kc0 . Hélas pour moi, elles sont Japonaises...

Écrit par : rabbit | 06/08/2018

Ouais, pas mal vos fifilles. Je préfère plutôt ça :
https://www.youtube.com/watch?v=AhfygIZSr5M
Ma mère était très forte en boogie woogie et moi j'attendais toujours que le chandelier sur le piano dégringole. C'était un standard ultime de qualité. Vous pouvez voir ma mère au piano sur le site du peintre que vous savez. C'est le premier tableau qui apparaît sous "peintures". Mais c'était bien avant qu'elle ne joue du boogie...

Écrit par : Géo | 06/08/2018

Sinon, un peu de Thad jones & Mel Lewis, Consummation :
https://www.youtube.com/watch?v=EZzXOQeby68
vous fera le plus grand bien. S'il vous reste un peu de népalais, c'est encore mieux. Sinon, un bon vieux Montecristo n°4...

Écrit par : Géo | 06/08/2018

Le tableau où Madame votre mère est encore désignée : "Mademoiselle X" ? Il y avait anguille sous roche (ou sous le piano)...

Écrit par : rabbit | 06/08/2018

Revenons à nos moutons, comme dirait M.Rothschild. Comment votre fortune et donc vos rentes vont-elles supporter la grande remise en question de l'économie mondiale par Mr.Trump (pas Crump...) ?

Écrit par : Géo | 08/08/2018

Pris dans une époque mondialisée à haut débit, il vaut mieux être partout qu'enfermés dans un blockhaus avec un stock de nourriture et des munitions. Votre bas de laine “fluctuat“ mais ne “mergitur“ pas, comme disent les Parisiens. Mais il y a des prévisionnistes pour annoncer le retour, aux USA, d'une crise de l'ampleur de celle de 2008. Les relations internationales actuelles s'inspirent des règles du poker menteur et les joueurs cherchent des alliances pour faire tomber le gros bluffeur. Moi, je mise tout sur la Chine : j'ai vu vivre le pays de l'intérieur suffisamment longtemps pour comprendre son potentiel. Et là-bas plus qu'ailleurs, on peut compter sur les réseaux sociaux pour changer la société.

Écrit par : rabbit | 08/08/2018

https://youtu.be/uHmmid1pLi8

... Et pour Rabbit :
https://youtu.be/aKdPxP2_KqU
Hi!

Écrit par : Ambre | 08/08/2018

Gosh ! I luv dat !

Écrit par : rabbit | 09/08/2018

Gast!

Moi je donne les traductions :

http://librenecessite.over-blog.com/article-ce-qu-il-faut-savoir-pour-venir-en-bretagne-114756576.html

Écrit par : Ambre | 10/08/2018

Diantre ! Savez-vous si le dictionnaire Breton-Québecois existe déjà ?

Écrit par : rabbit | 10/08/2018

Fichtre! Certainement mais séparément.

Écrit par : Ambre | 10/08/2018

Avez-vous visité la forêt de Brocéliande ? Des choses magiques s’y sont passées à l’époque d’Arthur et de Merlin. Mais soyez tout de même prudente, on ne sait jamais comment ça peut tourner avec la magie.

Écrit par : rabbit | 10/08/2018

Non, je n'y suis jamais allée. En ce moment ce sont plutôt les dentistes et autre stomato que je visite. Et je puis vous l'assurer, ça n'a rien de magique. GRRR!

Écrit par : Ambre | 10/08/2018

J'en ai déduit comme rabbit que le peuplement francophone du Québec est probablement très majoritairement d'origine bretonne. Bon,aujourd'hui, tout ce petit monde parle vraisemblablement un sabir de toutes origines. Le breton canadien se marie certainement très bien avec les langues asiatiques et l'arabe...

Ambre, si vous êtes capable de faire GRRR, c'est que tout va très bien. On s'inquiétera quand vous ferez Raaaah...

Écrit par : Géo | 10/08/2018

Je vous envoie une copie de l'ordonnance que m'a faite la Doctoresse Zhu, du département TCM de l'Hôpital régional de Nanjing : une potion magique qui a fait des merveilles sur moi. Géo l'a testée et depuis, il parle couramment le mandarin.

Écrit par : rabbit | 10/08/2018

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