02/11/2018

Chats et rats font table commune

 

Leur antagonisme légendaire serait devenu caduc! Voilà plus d’un mois que ce constat zoologique émeut la presse internationale, et alarme aussi les éthologistes. Sans aviser ces émérites binoclards, le chat et le rat auraient conclu un armistice tacite: le premier ne serait plus le prédateur du second et, s’il y a castagne, il n’en triompherait plus comme dans les contes ou les dessins animés… Cela n’ a pas l’air très sérieux, pourtant les résultats de l’étude, parue en septembre dans la revue Frontiers in Ecology & Evolution, sont précis: 306 vidéos démontrent que le rat des villes - qu’on est parvenu bon an mal an à greffer de puces électroniques - double de volume en se nourrissant de nos déchets alimentaires. Si dans les îles new-yorkaises, il pèse 150 g., son poids en atteint 300 au coeur de Brooklyn, soit un bon dixième de celui d’un gouttière ordinaire. Dès lors, les matous errants se rabattent sur des proies de taille moins imposante, moins fatigantes à capturer: musaraignes rachitiques, oisillons tombés du nid, cafards d’arrière-cuisine… Sinon, tout à l’instar des surmulots, et en leur compagnie, ils gueuletonnent, si j’ose dire, dans des poubelles à ciel ouvert. 

Dans mon quartier plus modeste des Jordils, en amont d’Ouchy, les félins ont meilleure façon. Le plus dandy est un gouttière à minois de voyou mais costumé en gentleman, avec foulard et gants blancs. Quand il prend sa sieste sur mon balcon, je m’émerveille du soin qu’il porte à son pelage à reflets couleuvrins. Et je peine à m’imaginer qu’une si coquette créature, qui doit préfèrer le sashimi de dorade aux croquettes d’une supérette, se déchoie à pister de gros rats gluants dans les égouts fétides du Flon, ou vers des berges de Vidy. Le ferait-il subrepticement durant la nuit, «quand tous les chats sont gris»?  Dans ce cas, je lui préférerait son cousin new-yorkais, plus franc de collier et finalement plus sociable, même avec un rat! Notons, au passage, qu’en mangeant au même marigot, les deux espèces rendent explicite l’ancien proverbe français «à bon chat bon rat», qui eut pour synonyme «à bon assailleur bon maître». Soit: le disciple a fini par égaler son mentor…

 Une leçon qui pourrait être humaine.