05/12/2018

Une pomme, ça se croque toute l’année

 

De tous les arbres fruitiers, il est à la fois le plus indigène et le plus universel. Le pommier se cultive aussi bien entre nos bourgades récemment fusionnées de Pampigny et d’Apples, la bien-nommée, qu’à l’ombre des Monts-Célestes de la Chine et du Kirghizistan. Et jusqu’aux vergers du Paradis où, selon la Genèse, la première énigme de l’humanité se serait nouée sous ses frondaisons quand il était l’Arbre de Vie et de la Connaissance. Mais la consommation de ses pommes ne pouvait conduire qu’au péché. Des millénaires après cette navrante leçon théologique qui réduisait notre mère Eve à un être inférieur, le  jeunot Firmin Sautebon osa cette question, au petit-déjeûner d’une famille de Grougnens-sur-Morges: «Grand-Papa, pourquoi lorsque Mamy et toi parlez de tante Aline, vous prenez un ton spécial? » Réponse du très chenu pasteur Jean-Abraham Sautebon: «Parce qu’elle a goûté au fruit défendu». On était en 1946, c’était hier…

C’est dire si ce fruit-là a été symboliquement chargé de connotations morales archaïques et contraignantes. Gustave Flaubert, en sa majesté stylistique, s’en navrait au XIXe siècle: «Quand on songe que le christianisme a pour base une pomme!» Parole de Normand - il était né à Rouen en 1821. Et l’on sait que la Normandie est un humus propice à la culture du pommier: les druides celtes le vénéraient comme un totem et prélevaient sur son écorce rosâtre et squameuse des substances curatives. Dans leur sillage, des moines bénédictins ne se soucièrent, eux, qu’aux fruits pour inventer dans le silence de leurs cloîtres le jus de pomme, le cidre puis, au XVIe siècle, le calvados.

En Romandie, leur cueillette s’effectue généralement avant les premières gelées d’automne pour qu’elles soient conservées dans des cagettes qui embaumeront nos celliers durant tout un hiver. Cette tradition naturelle les rend appétissantes et commercialisables par toute saison, et dans leur vertigineuse diversité: vers l’an 70 après J.-C., Pline l'Ancien en répertoria une centaine de variétés. Aujourd'hui, on en recense plus de 20 000 dont 7 000 sont en vente sur les marchés du monde.

Mais les plus colorées des pommes, les plus spirituellement savoureuses, se trouvent l'Art Institute de Chicago. Elles ont été cajolées à l’huile, en 1899, par le plus fruitier des peintres français: Paul Cézanne.

 

 

Commentaires

En Chine, donc, existe un marché à terme sur les fruits frais, dont les pommes. Lors de la vente de la récolte 2017 au Zhengzhou Commodity Exchange (Henan), 60 milliards de pommes ont été échangés en 4 heures, par 964'000 contrats et pour une somme totale de 11 milliards USD. Ce volume important de fruits ne correspond en fait qu’à 3 mois de consommation intérieure, ce pays étant le premier mangeur de pommes au monde. Un rapide calcul permet d'évaluer une consommation annuelle de 172 pommes par Chinois. Mais, comme Géo a la détestable habitude de contester mes chiffres, je ne me risque pas à faire une comparaison avec les volumes et les prix du marché suisse.

Écrit par : rabbit | 05/12/2018

Les pommes, en Suisse, comme les cerises, les poires et les noix, plus personne ne les ramasse. Soit dit entre nous, c'est la même chose en Auvergne. Quand je vous disais que je me sentais en Suisse par là-bas...
Ma cave est donc pleine de diverses récoltes. Ah oui, parce que moi, je récolte tout ça. Je ne fais pas partie des "plus personne" et je suis un gros radin, faut avouer...
J'ai un ami qui a hérité pour son plus grand malheur d'un immense verger, pommes et cerises surtout. Je ne vous raconte pas le travail. Il en fait du cidre - c'est un biologiste spécialiste de tout ce qui est "fermentation"...- et il met beaucoup d'énergie à se persuader qu'il aime ça.
Allez, on l'a déjà écrit dix fois mais ce serait un crime de s'en passer :
"une pomme par jour permet d'éviter le médecin. A condition de viser juste..."

Écrit par : Géo | 06/12/2018

Cette année en Chine, j'ai acheté des pommes qui avaient le goût de poires. Après enquête sérieuse et approfondie, il s'avère que ce sont des pommes-poires. Déroutant pour un Vaudois, même habitué aux excentricités orientales.

Écrit par : rabbit | 06/12/2018

Vous n’êtes pas sans avoir entendu prononcer au moins une fois le nom de Gilles Deleuze, clown blanc du cirque structuraliste qui, avec l’aide de Félix Guattari, a donné ses lettres de noblesse à la French Theory Outre-Atlantique. En plus des problèmes pulmonaires qu’on lui connaissait, il souffrait régulièrement de crises hépatiques assez violentes pour l’empêcher d’entrer en piste. Si bien que certains soirs, il fallait afficher ce panneau aux caisses pour prévenir le public de son absence : «Gilles est jaune». Deleuze s’est donné la mort en 1995, mais on pense qu’une forme particulière de contestation sociale est née du vide laissé par cet intermittent de la pantomime.

Écrit par : rabbit | 07/12/2018

Quand j'étais très très jeune, j'allais souvent - avec d'autres fripouilles - chaparder des pommes dans les vergers. Nous les trouvions délicieuses, quand ce n'était des pommes à cidre, que nous recrachions !

Écrit par : Ambre | 08/12/2018

Une évocation bucolique, certes, mais ces pommes devaient être couvertes de pesticide. Avez-vous constaté des séquelles ? Dans l’affirmative (voire même sans aucune preuve), vous pourriez faire un procès au fabricant.

Écrit par : rabbit | 08/12/2018

Quand Ambre était jeune, les insecticides n'existaient pas. C'est vite vu pour le procès...

Écrit par : Géo | 08/12/2018

C'était il y a... 60 ans ?! Ah ah !
Point de pesticides à cette époque-là, seul un ver, parfois, dans quelques pommes.
Quant aux séquelles, vous pouvez considérer que celle-ci en est une : j'adore prendre des risques et ne crains pas de prendre du plomb dans les fesses. Mais aujourd'hui je cours moins vite.

Écrit par : Ambre | 08/12/2018

J'avais répondu avant d'avoir lu votre commentaire Géo -;))

Écrit par : Ambre | 08/12/2018

Et ces bombes pour exterminer mouches & moustiques en été dans la maison ? L’odeur provoquait des étourdissements encore plusieurs heures après. Faut dire à la jeune génération que la nôtre a un ADN en titane. Comme la hanche de Géo.

Écrit par : rabbit | 08/12/2018

On avait peut-être des parents moins portés sur le Zyklon B, allez savoir...
Mais les traitements des fruitiers...
De un, il n'y avait pas de vergers industriels comme aujourd'hui. Il y avait des arbres de bonne lignée, connus depuis longtemps, résistants à toute vermine locale sauf Ambre et ses copains...
De deux, les traitements coûtent cher et le paysan normand de ces années-là devait être tout aussi économe que son collègue vaudois...
PS. J'espère que ma hanche est en Ti : je n'ai jamais osé poser la question...

Écrit par : Géo | 09/12/2018

Vous n'êtes pas curieux Géo. Normalement le chirurgien vous montre le type de prothèse qu'il va vous mettre - en général il y a une association de deux matériaux - et il doit vous expliquer pourquoi - dans votre cas - il choisit tel ou tel matériau.
Si tout va bien pour vous depuis l'intervention c'est qu'il a fait le bon choix !

Avez-vous une idée de la longévité de votre prothèse ?

Écrit par : Ambre | 09/12/2018

En Suisse, il y a eu un scandale il y a quelques années à propos de prothèses chromées qui intoxiquaient les patients à petit feu. Je me suis dit que si moi je connaissais cette histoire, il y avait beaucoup de chances que le chirurgien le sache aussi...
Et du moment que je fais confiance à qqn qui va me faire une telle opération, autant ne pas poser de questions stupides. On va donc supposer qu'il m'a placé ce qu'il y a de mieux...
Sa longévité ? Suffisante pour moi, de toute façon.

Écrit par : Géo | 09/12/2018

En effet, je pense que ça devrait suffire pour la longévité, les pronostics vont de 15 à 20 ans... si j'en crois ce qu'on peut lire à ce sujet.
Évitez ça (je suppose que c'est déjà fait depuis longtemps;-)) :
https://youtu.be/ETX03Zjtarc

Écrit par : Ambre | 09/12/2018

J'ai fait une tournée à cheval avec un ami gentleman farmer il y a une dizaine d'années. Je suis rentré en marchant à côté du canasson...et c'est là que j'ai compris que j'avais un problème avec mes hanches...
J'ai été un peu léger en parlant de l'absence de traitements dans nos jeunes années. J'aurais du consulter le petit traité d'arboriculture fruitière moderne de MM. Lugeon et Aubert qui se trouve dans ma bibliothèque...
Au chapitre "traitements", on nous parle de passer tous les arbres au carbolinéum, de traitements arsenicaux et autres horreurs...
Bref, comme le fait remarquer rabbit, nous devrions logiquement tous être morts depuis longtemps...

Écrit par : Géo | 10/12/2018

Et j’abonde dans ce sens : tout ce qui nous entoure est potentiellement cancérigène. La nature est aussi d’une violence inouïe. Si vous avez les bons gènes au départ, ça va plutôt bien se passer. Dans le cas contraire, je compatis avec vous.
Moi qui passe souvent les portiques de sécurité (et que ça m’horripile parce ça bipe tout le temps même si vous n’avez qu’une pièce d’un yuan dans la poche), une question m’interpelle : Géo, est-ce que vous déclenchez une alerte terroriste quand vous passez au détecteur de métaux ?

Écrit par : rabbit | 10/12/2018

Je ne voyage pas par avion pour le plaisir, seulement pour le travail. La dernière fois, c'était en 2010. Et comme c'était pour le KSA, c'était en business class. J'ai horreur de l'avion en classe éco, des aéroports, des grèves de ces connards d'Air France, etc, etc...
Donc pas de problème de détecteur pour moi.

Écrit par : Géo | 10/12/2018

Les aéroports ? Bouhhh ! Pour moi c'est pire que les fêtes de Noël, une PLAIE !

Écrit par : Ambre | 10/12/2018

Eh oui, il y a aussi des plaisirs à devenir vieux. Plus besoin de fréquenter les aéroports, de voyager dans une boîte à sardines volante.
Il y a quelques jours, j'ai reçu une offre de travail d'un bureau parisien pour le Tchad. Je leur ai écrit ça :
"Je vous remercie pour votre offre. Il se trouve que je suis à la retraite - j'ai 66 ans - et je n'ai plus envie d'affronter les conditions africaines, ni même celles du travail en général. Je vous souhaite beaucoup de succès dans vos entreprises..."
Ah le plaisir que d'écrire ça ! Et pour dire la vérité, je crois que le type des RH était vraiment nul. Non seulement je suis trop vieux mais je suis Suisse, et c'était pour des fonds européens : il n'avait pas le droit de m'engager, de toute façon...

Écrit par : Géo | 10/12/2018

"Il y a des plaisirs à devenir vieux"!
Je vous accorde (et comprends) celui que vous avez ressenti en écrivant "je n'ai plus envie d'affronter les conditions africaines, ni même celles du travail en général.", mais pas celui (le plaisir) de devenir vieux.
C'est parce que vous n'êtes pas encore un vieux que vous trouvez "des plaisirs à devenir vieux".
C'est vrai qu'un des rares plaisirs en vieillissant est d'oser enfin dire NON, quand toute votre vie vous avez dit OUI par politesse, diplomatie, obligation, convenance.

Écrit par : Ambre | 10/12/2018

Ce qu’il y a de bien dans les aéroports, c’est qu’on y fait exactement la même chose quel que soit l’endroit sur Terre. Un langage universel. On s’y sent chez soi à Walvis Bay comme à Kunmin ou Las Vegas. C’est rassurant ! J’aimerais bien faire le test sur Mars ou Jupiter, mais je parie que ce sera la même ambiance.

Écrit par : rabbit | 10/12/2018

Oh sûrement ! Et comme je la déteste, cette ambiance...

Écrit par : Géo | 10/12/2018

@ Rabbit : vous pouvez déjà, de chez vous, sur votre tatami, entendre le vent sur Mars (=_=)

Écrit par : Ambre | 10/12/2018

Si je fais ça, Mme Rabbit va chercher à me rééduquer...

Écrit par : rabbit | 10/12/2018

Vous ne voudriez pas lui demander de rééduquer Ambre ?

Écrit par : Géo | 11/12/2018

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