21/12/2018

Revoilà la domesticité à l’ancienne!

Il devient «tendance» de nourrir chez soi un rat, un furet, voire un cobra royal «absolument inoffensif» (sauf quand il est de mauvaise humeur…) plutôt qu’un hamster en sa cage à roue, une chatte rousse ou un teckel fidèle. Titi, Minouchette et Belles-Oreilles en sont jaloux. Mais si la domestication des animaux se sophistique, la domesticité des humains reste inchangée, depuis 20 ans qu’elle resurgit dans des foyers modernes «éclairés». Selon une étude française*, une valetaille à l’ancienne serait de retour dans leur nation qui pourtant a été la première à abolir toute forme de servitude: des statistiques gouvernementales de 2017 y ont recensé 1,2 million de travailleurs clandestins peu ou pas du tout salariés. En fait ils seraient plus nombreux, car leur contrat n’est souvent pas déclaré, ou partiellement. Mais, bien-pensance et hypocrisie langagière obligent, on ne doit plus les désigner comme domestiques, mais «services à la personne». Alors que leurs propres personnalités ne sont guère valorisées, notamment dans certaines ambassades où l’exterritorialité devient une convention abusive. Jadis, leur sujétion à une maison princière de France, leur valait au moins de la considération protocolaire: ils étaient valet, échanson, majordome, camériste, gouvernante d’enfants royaux, chambellan… 

 

Dans l’aristocratie, ou ce qui en reste, on respecte mieux le personnel que chez des bourgeois nantis. Il y a 30 ans, lors d’un reportage en Anjou, je fus invité par la famille de Brissac à un casse-croûte en son fringant château Renaissance de Maine-et-Loire. Secondée par Mlle Bastienne, sa cuisinière qu’elle ne tutoyait pas, la comtesse nous servit elle-même un potage de panais. Il fut agrémenté de fromages locaux, d’un sauvignon cabernet et d’un bon pain «cuit par mes filles», précisa Mme de Cossé-Brissac. Sous sa coiffe en dentelle vieille France, la Bastienne, était elle aussi à notre table, lapant la grumeleuse popote comme les autres convives.

Et tout comme ces filles au pair d’outre-Sarine qui viennent améliorer leur français en Romandie, pour parallèlement veiller à l’entretien d’une maison et à la  garde de jolis garçonnets lausannois qui, déjà baratineurs à 10 ans, leur susurrent: «Comment dit-on «je t’aime » en schwytzertütch?»

La question les fait rosir jusqu’à leurs paupières greffées de piercings. D’un bout de langue, pareillement annelée, elles chuintent: « I ha di gärn…»

Commentaires

Du roman d'Elvire de Brissac «Un long mois de septembre», retrouvé dans le petit salon de musique et présenté en 1971 par Bernard Pivot comme «une vision satirique des mois qui suivirent Mai 68», j'extrais ce court et éloquent passage :
«Georges souffle sur la poussière de la cheminée; Delphine lit dans le salon. Le maître d'hôtel donne un coup de pied contre une croûte de pain qui va rejoindre l'os du chien sous la console : sa manière à lui de terminer un ménage qu'il n'a pas commencé, malgré le chiffon qui pend à son tablier et qui lui sert plutôt à essuyer ses souvenirs».
C'est encore le plaisir toujours renouvelé de citer Paul Watzlawick : «La déliquescence des cultures précède la disparition de sociétés», ou encore Confucius (on ne s'en lasse jamais) : «Une langue qui faiblit, c'est un pays qui vacille».

Écrit par : rabbit | 21/12/2018

"voire un cobra royal «absolument inoffensif» (sauf quand il est de mauvaise humeur…)" Il y en avait un chez Garzoni, dans son antre sous le pont de la Chocolatière. Chaque fois qu'il me voyait, il gonflait sa tête et chargeait, ce qui revenait à se cogner violemment la tête contre la vitre de son bocal. Sale bête. Cela m'arrive encore couramment en parcourant les blogs, notez...

Ach, le personnel ! On n'en dira jamais assez de mal, allez. L'idée qu'une personne vienne fouiner dans mes affaires et descendre en douce mon whisky favori fait que je me félicite tous les jours d'être encore capable de faire mon ménage...
Mais évidemment qu'en Afrique, on n'y coupe pas. On est tombé sur des perles, cuisinière hors pair, et aussi quelques incongrus. En fait, ma compagne, après un clash avec l'un de ceux-ci a décidé de n'engager que des femmes. Les hommes avaient la prétention de commander à la cuisine, et ça, pour une Suisse allemande, cela passait plutôt mal.
J'ai repris cette bonne habitude après notre séparation, et en Mauritanie, j'ai engagé le sosie de Noémie Campbell, en nettement plus sympathique.
Problème : elle ne savait faire que le tiebudden...

PS. Rabbit@ Excellent, votre extrait du roman de de Brissac...

Écrit par : Géo | 22/12/2018

Avec du thioff dans le thiéboudiène, ou du tilapia d'élevage ?
C'est important la nourriture, on ne peut passer ses journées à fantasmer sur Naomi Campbell. Surtout qu'elle n'avait que 4 ans à l'époque.
Je n'ai essayé qu'une fois de pêcher dans le fleuve, mais j'ai dû importuner un monstre aquatique parce que la ligne s'est cassée net, et c'était pourtant du costaud.
On ne mange pas que ça dans la région : il y a encore le poulet yassa et le couscous du dimanche.
Pour varier, il faut aller au Café de la Poste à Saint-Louis. Et pour la java, c'est Dakar.

Écrit par : rabbit | 23/12/2018

"Surtout qu'elle n'avait que 4 ans à l'époque."
Vous délirez, Très Vieux lapin. En 2006, Naomi avait 36 ans.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Naomi_Campbell
"ou du tilapia d'élevage ?" du poisson du fleuve, qui s'appelle Sénégal à Kaédi.

Écrit par : Géo | 23/12/2018

Nous sommes à nouveau pris dans un problème d’antécédence, ou quoi ? À l’époque où je pêchais dans le fleuve Sénégal, le sujet de vos fantasmes n’avait que 4 ans. On ne franchit pas les barrières du temps et de l’espace d’une façon aussi anarchique. Franchement, Géo, une enfant de 4 ans... À part ça, tout va bien chez vous ? Je viens de servir un poulet doré et croustillant comme dans une pub. Mme Rabbit, qui n’est plus sujette aux fantasmes depuis la révolution culturelle, s’est régalée. Vous connaissez la fin de l’histoire, elle est classique : café, pousse-café, cigare.

Écrit par : rabbit | 23/12/2018

C'est bon, rabbit, vous avez survécu à votre poulet arrosé ? Courage, plus que le 31...

Écrit par : Géo | 26/12/2018

Si, pendant la période des fêtes, j’affiche une grande frugalité et une moralité exemplaire, c’est parce que je fais ce qui me plaît tout le reste de l’année. Il y a un temps pour tout, comme dit l’Ecclésiaste : un temps pour fignoler l’image de marque et un temps pour se venger de cette existence implacable. Vous souscrivez à cette philosophie ? Le soir du 31, je vais envoyer des messages de paix & d’espoir dans le monde entier. Mais les suivants seront orgiaques, il y aura des victimes...

Écrit par : rabbit | 26/12/2018

Orgiaques ! Rien que ça. C'est vrai que les temps sont à l'idolâtrie des vieux. En zappant sur une chaîne hier, pour chercher qqch d'intéressant, en vain bien sûr, je tombe sur une scène dans une série, évidemment française : c'est un ancien mari qui débarque chez son ex sans prévenir. Il entre sans prévenir, il a la clé (vachement réaliste). Et là, en discutant avec l'ex, il aperçoit un corps masculin dans le lit. Un corps de vieillard, minimum 80 ans. L'ex lui dit qu'il lui a fait l'amour trois fois dans la nuit, en prenant son temps. Je me demande assez souvent si les jeunes de 30-40 ans qui écrivent des scénarios ou des livres réalisent ce que signifie le mot "vieillir" ? Je crois que ces idiots pensent que c'est la même chose qu'avoir 30-40 ans avec des années en plus, sans autre signification...
Bon, si jamais il y a un vieillard qui fait effectivement l'amour trois fois dans la nuit à sa jeune maîtresse, qu'il se manifeste et nous donne l'adresse de son pharmacien...

Écrit par : Géo | 27/12/2018

La coquine ne devait pas tarder à hériter et épouser le jeune pharmacien. C’était le scénario prévu par le couple maudit. Mais l’inspecteur Géo, qui promenait son chien dans le coin, fut intrigué par un sac-poubelle dissimulé dans les hibiscus, qui contenait une quantité inhabituelle d’emballages vides de médicaments stimulants, illégalement procurés au défunt par l’amant de sa femme.

Écrit par : rabbit | 27/12/2018

Si c'est au Viagra et au sildénafil que vous pensez, je vous rappelle que cette molécule ne provoque pas le désir mais consolide l'érection. S'il n'y a ni désir ni érection, cela ne sert à rien. Ce que je dis là est purement théorique, je n'ai jamais essayé.
Dans la série, le vieillard est un amant de passage, juste un bon coup en passant. Les meurs évoluent, rabbit. Les femmes n'ont plus besoin de coucher pour hériter de vieux cons, il y a longtemps qu'elles gagnent beaucoup plus que nous. En faisant croire le contraire, justement...

Écrit par : Géo | 27/12/2018

Ce que vous dites là fait furieusement penser à l'absurde, qui imprègne les pages des «Essais» de Camus (tout comme le charbon embaume l'économie polonaise) : «S'il est vrai que les seuls paradis sont ceux qu'on a perdus, je sais comment nommer ce quelque chose de tendre et d'inhumain qui m'habite aujourd'hui».
Et tant que vous n'aurez vécu avec une Chinoise, vous ne pourrez prétendre avoir exploré les limites de l'éternel féminin. Donc, ne venez pas nous raconter des fabliaux romantiques sur le sujet.

Écrit par : rabbit | 27/12/2018

Vous êtes ethno-centré, rabbit. Toutes les tigresses ne sont pas asiatiques. Il y a des Vaudoises qui se défendent pas mal en termes de férocité. Et je ne vous parle pas des Françaises. De plus, cela fait trente ans que vous vivez avec votre monstre. Vous vous êtes quelque peu apprivoisé depuis le temps.
Qu'est-ce que vous avez fumé avant d'écrire votre commentaire ?

Écrit par : Géo | 27/12/2018

J'ai fait des biscuits. La boulot consistait à étendre de la pâte sur une plaque chemisée de papier sulfurisé, puis à l'aplatir jusqu'à une épaisseur de 7 mmm. OK, ça je peux faire. À ce moment, un problème est apparu, soit une surface qui ne correspondait à aucune forme géométrique connue. J'ai consulté Mme Rabbit, qui est une pointure question mathématiques et physique. Je croyais qu'elle allait me pondre une formule qui me permettrait de découper des forme identiques dans la masse avant de la cuire. Mais elle m'a répondu qu'elle s'en foutait et que les biscuits auraient tous la même forme une fois dans l'estomac. Ce qui n'est pas idiot, mais je suis plus un philosophe qu'un matheux. Et si on part du principe que l'essence doit précéder l'existence, ces biscuits ne peuvent exister sans en définir l'apparence à l'avance. Après une longue réflexion, j'ai fini par me ranger à la doctrine chinoise (il vaut mieux se fondre dans la masse, ils sont trop nombreux). Les biscuits étaient excellents, certes, mais vraiment bizarres....

Écrit par : rabbit | 27/12/2018

Je me les fait offrir, les biscuits. Des bricelets, bien sûr. Par la patronne du camarade chien. Qui a failli se faire bouffer par un grand chien qui était plus du côté canis lupus que canis canis. Plutôt que se réfugier vers moi pour que j'assure sa protection, il a préféré la fuite. J'étais sûr que le loup-chien allait le rattraper mais non. Il est rentré tout droit à la maison, à plusieurs kilomètres, en battant tous ses records de vitesse...
Re-belote deux semaines plus tard, mais là j'ai suivi le loup-chien lors de son retour, et je suis tombé sur le propriétaire. Devinez ce qu'il m'a dit ?
Son chien ne ferait pas de mal à une mouche...
On devrait donner des cours de communication aux propriétaires de chien, pour qu'ils disent un peu autre chose lorsque leur chouchou a dévoré quelques bambins ou autres...

Écrit par : Géo | 28/12/2018

C’était il y a très longtemps, à l’époque des Beatles. Nous avions un chienne tellement gonflée en gènes lupus, qu’elle ne savait pas aboyer correctement. En cas d’alerte, elle levait son museau et faisait une sorte de wouuu-ouuu-ou peu convaincant. Une terreur pour ses congénère, mais une deuxième mère pour moi. Elle était venue s’installer sur mon lit, où je restais couché quelques jours après une opération. Une compagnie peu hygiénique dans ces circonstances, mais ça partait d’un bon sentiment et on l’a laissé faire. Elle a expliqué qu’elle devait me surveiller, s’assurer que je reçoive les meilleurs soins et, au vu mon état, qu’il fallait empêcher les chats de pénétrer dans l’appartement.

Écrit par : rabbit | 28/12/2018

Ouais eh ben, cela explique bien des choses. On vous comprend mieux, maintenant. Je me disais bien que quelque part...

Écrit par : Géo | 28/12/2018

Comme dit Mme Rabbit (en français dans le texte): « Ceci explique cela... ». Après avoir vécu avec une louve apprivoisée, je n’avais plus rien à craindre des lionnes africaines et des tigresses asiatiques.

Écrit par : rabbit | 28/12/2018

Certes, mais ce n'est pas innocent. l'archétype féminin - anima - sous forme de louve, cela laisse des traces. C'est du brutal, dirait Lino Ventura dans un film culte pour nous deux...

Écrit par : Géo | 28/12/2018

Romulus et Rémus sont aussi des cas Jungiens ?
Quant à Lulu la Nantaise, c’est une autre histoire. Il faudra un jour que je revienne sur mon séjour à Vientiane.

Écrit par : rabbit | 28/12/2018

"Romulus et Rémus sont aussi des cas Jungiens ?" Disons que dans le genre "grands cinglés", les Romains ont fait très fort. Un goût pour l'ultra-violence et le crime à côté duquel les Colombiens actuels ressemblent à des angelots. Je ne mettrai pas les pieds en Colombie pour autant, bien sûr. Mais c'est vrai, ça. Jung s'est beaucoup intéressé au désastre allemand qu'a été le nazisme mais n'a rien écrit sur le fascisme italien. Il s'est laissé tromper par le côté guignolo du Duce ? Les Italiens étaient des méchants peu crédibles, par rapport au glorieux et sanguinolent passé de leurs Ancêtres ?

Écrit par : Géo | 29/12/2018

C'est qu'entre les deux il y a eu la “Comedia dell' arte“, qui faisait davantage dans le style gilet jaune que suivre la tradition de Plaute.
À propos de l'Italie, vous avez vu que l'Etna est en activité : le sol se fracture, les plaques grincent, l'Europe titube et vous habitez dans une région sismique... je dis ça, etc.

Écrit par : rabbit | 29/12/2018

Et en plus, Lavey a obtenu l'autorisation pour faire des forages profonds pour la géothermie, histoire de chatouiller un peu les failles majeures de la région. On est bien gouvernés...

Écrit par : Géo | 29/12/2018

Ou l’art de vivre dangereusement sans sortir de chez soi. Moi, plus je vais loin et plus je suis rassuré. Ce n’est pas une contradiction, c’est un paradoxe.
Et si par hasard vous demandez comment la presse chinoise traduit gilet jaune, Mme Rabbit vous répondra jaune gilet (黄背心).

Écrit par : rabbit | 29/12/2018

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