15/03/2019

Il y a 70 ans, la mort de Budry

 

Depuis 1982, une allée porte son nom à Montbenon, entre la chapelle de Guillaume Tell et la la façade à tourelles de la Cinémathèque. Paul Budry (1883-1949) méritait bien cette révérence posthume. Des écrivains emblématiques romands du siècle passé, il a été le moins contemplatif, le moins puritain, le plus inclassable. Car il dépensait son énergie créatrice en lançant par-ci des Cahiers Vaudois où s’exprimèrent le patriarche Ramuz, le philosophe Gilliard, le musicien Ansermet, plus une kyrielle d’autres voix puissantes de notre contrée. Et, par-là, en s’ingéniant à en révéler par un style mordoré les meilleurs peintres: François Bocion, Félix Vallotton,, Auberjonois, etc.  

Parallèlement, Paul Budry publia des articles pour l’Office national suisse du tourisme, dont il dirigea un temps le siège lausannois. Selon quelques détracteurs, il y aurait exprimé un amour exagéré pour les beautés de son pays! On l’accusa surtout d’être un auteur touche-à-tout, un «éparpillé». Autant d’incriminations qui, 70 ans après son décès un 6 mai à Lens, en Valais, nous paraissent futiles. Elles sont oublieuses de la verve truculente qui fermentait ses propres récits. Dans Le Hardi chez les Vaudois, La prise de Jéricho et Le pasteur de Praz-Riond, la prose est tantôt souple, académique, tantôt picaresque, truffée d’humour «horrifiquement» rabelaisien, mais délicatement bémolisé à la vaudoise. Pour dépeindre une aurore, il écrit: «Le soleil vint aussi, gras et bouillant comme un beignet.»

Il est mort deux ans après Ramuz - dont il fut un ami, et au plan éditorial, un soutien indéfectible. Et 60 ans avant Jacques Chessex, qui n’a pas pu le rencontrer, mais fut un lecteur attentif de ses oeuvres soit-disant disparates. Le maître de Ropraz leur reconnut paradoxalement une cohérence subtile, et «une nouvelle façon d’écrire et de lire.» 

De rares photos et dessins en noir et blanc nous ramènent de Paul Budry sa tête ronde et chenue, coiffée d’un béret basque, chaussée de lunettes rondes dont il mâchouillait parfois l’écaille des branches. Sous une broussaille sourcilière luit un regard inquiet, comme on en voit chez des Vaudois joviaux. Autour du cou se noue une écharpe à la manière de poètes d’avant-guerre montmartrois que notre Culliéran fréquenta lors de séjours parisiens d’avant-guerre.

Mais c’est à Saint-Saphorin qu’il a fini sa vie.