29/03/2019

Les intuitifs ont un flair d'insecte

 

Puisque c’est la période des morilles, nous parlerons de l’intuition humaine en saluant d’abord celle des champignonneurs de notre contrée, si riche en bosquets à clairières et ravinée de combes. Ces fiers Broyards à narines fleuries savent que ces délicieux ascomycètes à bulbe noir et spongieux ne se cueillent pas mais se chassent. Ils les traquent jusqu’à la souche ensoleillée d’un conifère âgé, ou dans les ruines d’une baraque abandonnée, voire dans les cendres refroidies d’un feu de pique-niqueurs. Ils les repèrent en se passant d’indications cartographiques, en ne se fiant qu’à leur flair: un 6e sens tombé du ciel, un GPS inné qui naturellement les y mène. 

Leurs aïeules en avaient un pareil pour annoncer des lendemains de soleil ou de pluie. Ça leur venait d’une démangeaison aux sourcils, d’un picotement au nez. Ou en écoutant le vent; en guettant à travers les persiennes de leur cuisine un crépuscule trop verdâtre à leur goût, ou insuffisamment béchamélisé! C’était synesthétique, plus sensoriel que raisonné.  Albert Einstein lui-même, qui croyait aux logiques prédictibles, appelait cet instinct Fingerspitzengefühl , «sensation au bout du doigt».

Plus empathiques, furent les intuitions de la photographe Lausannoise Suzi Pilet, disparue à 102 ans en janvier 2017. Dotée d’une olfaction d’abeille, elle butinait tout ce qui ce lui paraissait encore élémentaire dans un monde qui avait vieilli plus vite qu’elle. Avec son vieux RolleiFleix, elle faisait miroiter  à l’argentique l’âme de toutes sortes de gens. Il lui arrivait aussi de deviner dans un visage les affleurements d’un destin, ou quand l’on toquait à sa porte, de prédire sans se tromper, que le visiteur serait chauve et sentencieux. Elle n’en était pas pour autant une devineresse, mais une une voyante, une poétesse. Comme Ramuz, qu’elle n’avait jamais photographié, mais qui bien avant elle rayonna d’un génie olfactif et pollinisateur. Sans renier son héritage calviniste, l’auteur de La beauté sur la Terre pressentait d’abord les choses, et retenait la plume pour les respirer avant de les décrire. Sans jamais s’embarrasser de doctrines, il inventa une langue toute à lui, où «le simple, le primitif se marie à l’élaboré» (dixit Chessex). Il était plus créateur que philosophe, plus proche du bûcheron, du vannier que de tout théoricien. 

Ramuz maîtrisait l’art de penser moins pour capter mieux.

 

 

Commentaires

Merci de me faire connaître Suzi Pilet. Je la découvre ici en vidéo et ses merveilleuses photos d'enfants.
http://www.associationsuzipilet.ch

Dans une des vidéos, on lui demande si elle photographie toujours les enfants (à la demande des parents) et elle répond avec modestie (ou une pointe d'ironie bienvenue ?) : oh non! Tout le monde a un appareil de photo aujourd'hui.
Sans doute, mais "tout le monde" n'a pas son regard pour capter l'âme, l'intériorité.

Une grande photographe en effet et une belle découverte. Et merci Gilbert.

Écrit par : Ambre | 29/03/2019

"Ramuz maîtrisait l’art de penser moins pour capter mieux."
Tiens donc. Vous avez donc visiblement des critères artistiques à géométrie variable. Je dis ça je dis rien. C'est une note interne. Mais je suis sûr que vous l'avez saisie. C'est sans importance, rien n'a d'importance...

Écrit par : Géo | 30/03/2019

C'est bien ça, Géo : « L’homme est perdu dans l’immensité indifférente de l’univers d’où il a émergé par hasard » (Jacques Monod). Mais ce n'est pas une raison pour déprimer.

Écrit par : rabbit | 30/03/2019

Je doute que le simple fait d'exprimer un avis, comme le fait Géo lorsqu'il suggère que rien n'a d'importance, implique un aveu de déprime.
Je pense que soit, rien n'a d'importance, soit tout en a.
Mais je préfère la première option car la seconde implique une prise de tête.
Et c'est peut-être là que je rejoindrais Salem lorsqu'il suggère que le fait de penser moins permet de mieux "capter".
C'est Narcisse et Goldmund, c'est passion contre raison.
Au fil des ans j'ai gentiment dérivé d'un engouement mystique vers une rationalité scientifique qui me semblait plus saine. Aujourd'hui, j'observe que les physiciens les plus pointus avouent leurs limites lorsqu'ils reconnaissent que l'intrication et la superposition quantique sont des phénomènes observables et utilisables mais parfaitement inexplicables.
Je fais maintenant mon retour vers une sorte de renoncement joyeux et confiant avec la conviction de plus en plus affirmée que l'inconnu est une condition à la vie, le moteur qui permet d'avancer, de continuer à chercher sans espoir de trouver.
Et du coup, je me sens incroyablement bien. Comme soulagé d'un fardeau, d'une responsabilité qui ne saurait m'incomber.
De manière plus pratique, j'ai mis en oeuvre un processus de nettoyage et d'entretien du corps, ce véhicule, cet outil précieux, le seul à disposition, pour favoriser une approche plus intuitive qui encourage le silence mental.
Je ne prétends nullement avoir renoncé à chercher de comprendre, mais je suis plus relax dans mes attentes. Et puis j'ai compris que mon cerveau était particulièrement doué pour agencer une quantité hallucinantes de fake news, pardon, de fausses informations, pour continuer à m'imposer sa dictature bien pensante. Je m'applique donc à le niquer et à redonner le pouvoir à la cellule, à ce microcosme qui a un accès direct à ces phénomènes qui ne sont visible que dans l'infiniment petit avec l'espoir d'une réorganisation progressive de l'ensemble de l'entité qui s'appelle Pierre et qui est trop brute, bouchée, craintive, limitée par sa structure grossière et cadrée dans un ego provisoirement utile mais devenu encombrant.

Écrit par : Pierre Jenni | 31/03/2019

"Je fais maintenant mon retour vers une sorte de renoncement joyeux et confiant avec la conviction de plus en plus affirmée que l'inconnu est une condition à la vie, le moteur qui permet d'avancer, de continuer à chercher sans espoir de trouver.
Et du coup, je me sens incroyablement bien. Comme soulagé d'un fardeau, d'une responsabilité qui ne saurait m'incomber."
Magnifique. Bravo Pierre !
CONTINUER À CHERCHER SANS ESPOIR DE TROUVER. Yes !

Écrit par : Ambre | 31/03/2019

En résumé, tout va bien ? C'est l'essentiel.

Écrit par : rabbit | 31/03/2019

Suzi Pilet aimait les chats, aussi.

Cet aspect voyante que vous évoquez, Gilbert Salem, était une leçon: être capable de s'extraire de soi-même pour non juger ou condamner mais apprécier un comportement en passant de l'extérieur à l'intérieur d'un être

en partant de cet être en son histoire, son passé, ses attentes… et frustrations:

vanité blessée, également donc fragilité, souffrance… manque

Les uns se trouvent laids, les autres pas grands comme ils auraient voulu... selon eux comme il aurait fallu pour être compris ou pris au sérieux.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 31/03/2019

Encore loupé, la neige est revenue, cette nudité recouvrante et à plus tard les morilles. Pour ceux qui ont des ailes !

Écrit par : Corto | 05/04/2019

Ce que l'on sait moins, c'est que même cuites, les morilles peuvent provoquer une intoxication neurologique.

Écrit par : Corto | 05/04/2019

Mais il n'y a pas que les morilles, méfiez-vous des Helvellacées.

Écrit par : Corto | 05/04/2019

Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, il y a 2 ans, un certain Donald Trump a fait que le pays a créé plus de 5,5 millions de nouveaux emplois !!

Écrit par : Corto | 07/04/2019

Si c'est pas de l'intuition !!!

Écrit par : Corto | 07/04/2019

Centre Zahra : les révélations

Six mois après la descente au centre Zahra, l’existence de documents compromettants a été révélée.

Le jour de la perquisition, le dirigeant du centre Zahra, Yahia Gouasmi, avait ouvert les portes de ce lieu de culte et de conférence.
Les faits

➣ Le 2 octobre 2018, 200 policiers sont mobilisés à Grande-Synthe pour procéder à des visites domiciliaires, un genre de perquisitions, dans le cadre d’une opération antiterroriste.


➣ Le centre Zahra est investi par les policiers dès 6 h du matin, tout comme les logements de plusieurs responsables du centre cultuel d’obédience chiite.

➣ De nombreux documents sont saisis pour être analysés par les services de renseignement.

➣ Six mois après cette opération d’envergure, la salle de prière du centre a été fermée et les associations qu’il héberge vont être dissoutes.

Cela faisait déjà de longs mois que le centre Zahra était dans le viseur des services de renseignement.

Pourtant particulièrement discrète, mais très implantée à Grande-Synthe, l’association Centre Zahra France et ses dirigeants n’ont jamais caché leurs positions antisionistes.

Encore aujourd’hui d’ailleurs, le drapeau israélien fait face à la grille d’entrée.

« Comme ça, quand on rentre ici, on piétine Israël », ironisait Yahia Gouasmi, dirigeant du centre, le 2 octobre 2018, alors que le centre venait d’être pris d’assaut par une centaine de policiers.

Mais cette attitude affichée et revendiquée, que ce soit sur les sites Internet de l’association, sur les réseaux sociaux ou lors de prières collectives au centre sonne plutôt comme une provocation à la haine et à la discrimination pour l’État.

Une situation qui a conduit Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, à proposer, le 20 mars dernier, la dissolution des quatre associations liées au lieu de culte chiite : le Centre Zahra France, la Fédération chiite de France, le Parti antisioniste et France Marianne télé.

Documents antisémites et photos du salut hitlérien
Pour le ministère de l’Intérieur, « le centre Zahra légitime de façon régulière le djihad armé par les prêches dispensés au sein du lieu de culte ».

« Plusieurs symboles et documents antisémites, dont des photographies des membres du centre faisant le salut hitlérien. »

Lors de l’opération du 2 octobre, les policiers ont saisi de nombreux objets marquant un soutien au Hezbollah, classé sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne.

Mais les forces de l’ordre ont également découvert« plusieurs symboles et documents explicitement antisémites, dont des photographies des membres du centre Zahra faisant le salut hitlérien ou exprimant un soutien à des personnes condamnées pour des propos négationnistes », précise le décret.

Des armes avaient également été saisies lors de l’opération.

Des soupçons d’endoctrinement de la jeunesse
Autre crainte du ministère de l’Intérieur : que le centre ait une influence sur les jeunes qui le fréquentaient.

« Ces justifications du djihad armé, sans modération d’aucune sorte, s’accompagnent d’un endoctrinement de la jeunesse du centre Zahra dans la perspective de la guerre sainte et d’une apologie constante, notamment via Internet, des actions d’organisations telles que le Hamas, le djihad islamique palestinien et la branche armée du Hezbollah », notait Christophe Castaner.

« D’autres photographies révèlent également la forte influence de la pensée antisémite relayée par le centre sur les enfants engagés dans le mouvement Jeunesse de Zahra ».

Autant d’éléments qui ont conduit le gouvernement, par le biais du décret, à prononcer la fin du centre de l’impasse Jean-Lebas de Grande-Synthe.

Écrit par : Corto | 07/04/2019

La crise est finie ?

Écrit par : rabbit | 10/04/2019

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