21/04/2019

La grotte de Vallorbe et sa fée Frisette

Les jours tiédissent et d’aucuns redoutent qu’ils ne soient avant-coureurs d’une canicule avancée, la roulette saisonnière devenant si capricieuse! Pour conjurer ces craintes avant qu’elles ne se justifient, on ira prendre un bain de fraîcheur émotive à Vallorbe, dans ses Grottes aux fées. Situées au nord-ouest de l’échancrure du hameau de Là-Dernier, on les a rouvertes au début de mars. En 1823, le naturaliste veveysan Louis Levade les compara à «un temple gothique dont la nef serait dégradée». Elles sont encore jalonnées non pas de gravats, mais d’éboulis qui ont des millions d’années! Au déni de toute géométrie, leurs deux «porches» d’entrée sont à voussure plus asymétrique qu’en ogive médiévale. Un sol argileux retentit sous vos pas comme au-dessus d’un gouffre, mais il y chuinte un ruissellement argentin à l’oreille, argenté au regard: celui d’eaux sédimentaires tombées des sommets du Jura, et qui, après y avoir sculpté une somptueuse oeuvre érosive, iront alimenter une Orbe encore jeunette. Cette belle rivière tire sa source au lac français des Rousses, devient vaudoise jusqu’à devenir la Thièle à Yverdon et se noiera dans le vaste bassin hydrologique du coeur rhénan de l’Europe.

Il y a quinze ans, ces deux entrées menaient à des cavités distinctes et superposées. Elles sont désormais reliées pour vous faire admirer des galeries elliptiques aux parois marneuses gris-bleu, à draperies plissées comme les rideaux mauves de la cuisine de votre tante Ida, à stalagmites s’élevant en tourtes pâtissières, à stalactites qui, des voutes, descendent en tiges oblongues et safranées. Puis d’autres contritions bizarroïdes appelées les «excentriques». Parfois en forme d’un vieux chewing-gum mâchouillé…

En 2008, une troisième ouverture y a été percée qui, elle, conduit à une grotte dite des «Follatons», du nom de farfadets espiègles et farceurs, souleveurs de jupons et à nez pointu. C’étaient les modestes cousins de fées locales, elles-même moins prestigieuses au plan mythologique que celles de la forêt bretonne de Brocéliande et avaient pour noms Mélusine, Morgane, Viviane. Et pour amant ou mentor rien moins que Merlin l’Enchanteur! 

Non, les nôtres de Vallorbe se prénommaient Suzetta, Frisette, Bedoumette. Elles avaient l’accent joliment gommeux du Pied du Jura et «fréquentaient» de loin en loin le brave Sylvestre. 

Un forgeron hirsute qui martelait timidement dans le site de Cugillon.