19/06/2019

Juin, ses adages et sa couleur jaune

Naguère, on parlait des couleurs du temps par politesse. C’était du bla-bla futile échangé avec une voisine de palier ou le chauffeur de taxi. Aujourd’hui, cette conversation prend un tour angoissé, particulièrement chez nos ados, en raison des périls climatiques que notre planète encourt: «Les vents de mai ont dévasté le balcon de ma maman, fait Teddy Pélichet, du Gymnase de la Cité. Elle pleurait ses pétunias, mais je lui ai dit que des bises fortes font du bien au Léman en le brassant et en le réoxygénant…» 

Moins caustique, la Montreusienne Jennifer Miauton, qui bientôt se pavanera en effeuilleuse à la Grande-Place de Vevey, redoute que la Fête des Vignerons ne soit bousillée par des pluies: «L’hiver passé a été si clément que la «peuffe», comme disent mes vieux, voudra se venger au coeur de l’été.»

Teddy ni Jennifer ne se fient aux prévisions de la radio, de la télé, des journaux, ou même des réseaux sociaux. Leur credo météorologique est délibérément rétrograde: à la façon des anciens, ils dressent un doigt aux vents, guettent le cours des étoiles et ne jurent que par des adages séculaires : «Quand l’amandier est en flour, la nuit est égale au jour». «L’ éclair de na nuit ne passe pas le puy». Ou cet épilogue méconnu du plus célèbre d’entre eux, selon lequel on ne doit pas se découvrir d’un fil en avril, alors qu’en mai on pourrait ôter ce qu’il nous plaît: «En juin, conclue-il, de trois habits n’en garde qu’un»…

Le sixième mois de l’an a beau traditionnellement inaugurer l’été à son 21e jour - qui sera cette fois un vendredi - n’est donc pas immunisé contre des fraîcheurs. L’origine latine de son nom, junius, dériverait selon Ovide de la déesse romaine Junon, l’épouse de Jupiter. En français médiéval, il  s’écrivait juing (en patois vaudois du XIXe siècle djuin), mais il a conservé cette consonance nasale qui, à l’ouïe, peu virer au jaune. Une couleur chaude qui rallume la gorge aguicheuse de la mésange,  et les premiers bourgeons des obèses platanes d’Ouchy. Elle virera au miel dans les bourdonnements de nos abeilles, et avec des notes schumaniennes apportées par les vents de l’Ouest. 

Elles blondiront  nos champs de colza et les sourcils d’un jeune paysan avant la fenaison.