21/06/2019

Oiseaux bagués et chatons «connectés»

La recherche médicale au service des humains ne cesse de sacrifier des centaines, voire des milliers, de générations de souris blanches et de grenouilles. Au siècle passé, des savants russes utilisaient tout aussi cruellement des chiens pour étudier nos comportements salivaires de type pavlovien, ou en les expédiant dans l’espace - telle cette pauvre Laïka qui, en 1957, fut le premier être vivant mis en orbite autour de la Terre. Et vous-même, à vos dix ans, vous auriez peut-être soumis à quelque «expérience instructive» un pauvre lapin de la ferme de Jeanjean, à Greubon-sur-Menthue, en le saisissant par les oreilles afin qu’il gigote d’une manière rigolote. Pourtant, si la science continue d’asservir des animaux pour d’utiles observations, elle se préoccupe parallèlement de leur survie, en suivant notamment les oiseaux en leurs odyssées migratoires. 

On les laisse libres pour mieux les pister en les réseautant, après les avoir dûment bagués d’une balise miniaturisée. Cette greffe, en forme d’un smartphone actuel à antenne réversible, avait déjà permis en 1999 aux ornithologues du Musée d'histoire naturelle de Fribourg de décrire  à distance les envols, volutes aériennes et escales capricieuses d’un oiseau devenu célèbre: Max la cigogne, décédée en décembre 2012 à l'âge de 13 ans en Espagne.

On a différemment balisé le lynx du Jura vaudois pour des résultats plus ou moins pédagogiques. Avec le jaguar noir du Paraguay ou le lion d’Afrique, la formalité du greffage se révèle généralement plus risquée…

Or les temps ne sont plus au greffage ni au baguage, mais à la «connectivité ». Un mot universel qui, pour bonifier notre vie quotidienne, transforme un électrocardiogramme en montre-bracelet, le four de la cuisine en «robot autocuiseur», et la chasse d’eau des WC en «évacuatrice intelligente.» 

Désormais, il voudrait pareillement améliorer le modeste quotidien de «Fifolet», votre vieil épagneul picard hérité d’une tantine décédée, en le gratifiant d’un collier Bluetooth anti-aboiements et d’une gamelle à reconnaissance faciale! Quant à son compère le chat «Moïse» - un chartreux bleu d’appartement, très dandy, et aussi soyeux qu’il serait d’humeur pudique, il devra malgré lui, et ses réticences aristocratiques,  se contenter d’une effrayante liitière auto-nettoyante… 

De la part de son maître, il aurait préféré des égards élégants et des clins d’oeil complices.

Et de plus franches caresses.

 

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