17/08/2019

Chats yogis et femmes-serpents

Sans souscrire aux théories physiognomonistes de Gaspard Lavater (1741-1801), un  théologien zurichois qui conférait aux humains des faciès de singe, de chameau ou de serpent, il est indéniable qu’à la Riponne des «chiens à punk» imitent parfois le rictus de leur maître. Et quand il s’enrhume, ils toussotent - ou est-ce l’inverse? On a vu aussi des avocats mieux fagotés se doter d’une chevelure à ailes latérales, flottant aux vents comme les oreilles de leurs lévriers. Moins banal: à Ouchy, Césarine, ma voisine du dessus, chérit tant son perroquet Césarion (un mascaron des Mascareignes) qu’ils auront bientôt un même bec nasal, crochu juste ce qu’il faut… Quant au voisin du dessous qui ne cause qu’avec son poisson rouge, il ne vous répond plus dans l’ascenseur qu’en laissant échapper trois bulles de civilité. 

 

Il serait plus séant d’imiter son chat, pour sa grâce libre, son indocilité philosophique. Selon Victor Hugo et Alexandre Vialatte, il fut créé par Dieu pour que l’homme puisse caresser le tigre. Un tigre d’appartement qui saura y choisir le canapé le plus molletonné pour démontrer sa maîtrise de la pandiculation. Mais qu’est-ce que la pandiculation? Ce mot savant, qui procède du latin pandiculari («s’étendre en bâillant ») désigne ces étirements de muscles qui accompagnent un fauve de toute taille à son réveil. A l’instar de la panthère de Thaïlande qui engloutit jusqu’à 2 kilos de viande par jour, votre modeste gouttière - qui se contente de croquettes - se ranime de ses fréquentes somnolences diurnes en portant ses pattes de devant par dessus ses oreilles, tout en  dressant les inférieures le plus haut possible, vous dévoilant le duvet doux de son ventre. Et en imitant le bâillement du lion hollywoodien de la MGM. 

Cet exercice atavique, qui peut être à géométrie variable,  est devenu un modèle d’assouplissement pour des instructeurs d’hygiène corporelle. Dans des salles de gym ou sur des tapis de yoga ayurvédiques, ces coachs exigent que leurs clientes un peu en chair se déraidissent, comme Maître Chat, déjà depuis la nuque, afin que la gestion de leurs bras et jambes «se libère d’un carcan moral».

Les plus assidues finiront minçolettes, et plus que félines: aussi élastiques que les contorsionnistes des fêtes foraines. Des gitanes flexibles comme des couleuvres, à paupières ambrées, mais au regard éteint.