31/08/2019

Une visite triomphale de Victor Hugo

Le 13 septembre 1869, il y a 150 ans, la gare de Lausanne était envahie par une foule en liesse qui acclamait un sexagénaire à barbe d’argent et au regard de feu: «Vive Victor Hugo! Vive la République!» criait-on sur les quais avec un accent vaudois plus prononcé qu’aujourd’hui.  C’était bien l’auteur de Notre-Dame de Paris et de La Légende des siècles qui débarquait après avoir parcouru en train une Helvétie mythique, dont il saluait la pureté symbolique des sommets… Le renom mondial du poète s’était accru depuis qu’il s’était exilé dans les îles anglo-normande, pour avoir diffamé son empereur «Napoléon le petit». Et c’est en tant que défenseur indéfectible de valeurs républicaines, et en hommage à ses Misérables parus 7 ans plus tôt, qu’il était convié par des intellectuels pour présider dans la capitale vaudoise un Congrès mondial de la paix.

Les débats eurent lieu au Casino de Derrière-Bourg, un édifice à colonnes doriques qui abritera plus tard le Tribunal fédéral avant d’être démoli en 1892. Tout hérissé de poils grises malicieuses, Hugo y déclama cette apologie du pacifisme: «Citoyens, vous avez eu raison de choisir pour lieu de réunion ce noble pays des Alpes. Oui, c’est en présence de cette nature magnifique qu’il sied de faire les grandes déclarations d’humanité, entre autres celle-ci: plus de guerre! (…) Songeons au jour inévitable où toute l’Europe sera constituée comme ce noble peuple suisse. Il a ses grandeurs, il a une patrie qui s’appelle la République, et il a une montagne qui s’appelle la Vierge. Ayons, comme lui, la République pour citadelle, et que notre liberté soit, comme la Jungfrau, une cime vierge en pleine lumière.»

Après son laïus, le prince des poètes se promena un peu en ville. Il constata que Saint-François «est une des plus belles places du monde»! (La vue du lac n’était pas encore obstruée par Hôtel des Postes… ) Depuis l’esplanade de la Cité, il admira les nuages du Léman quand ils «s’aplatissent et prennent des formes de crocodile». Mais il observa que «la cathédrale de Lausanne avait besoin de lune» et déplora que tant de nos belles fontaines du XVe siècle «eussent pu être remplacées par d’affreux cippes de granit, bêtes et laids.»

 L’esthétisme réducteur du protestantisme le navrait.

 

 

Les commentaires sont fermés.