08/09/2019

Les diversités d’une diète patriotique

Si le jour se lève plus tard en septembre, les lueurs du pays restent estivales. Nos feuillus tardent à blondir et l’échine forestière des Aiguilles de Baulmes à chatoyer comme une chatte tricolore. Or l’équinoxe d’automne approche avec des signes irréfutables: les oiseaux du lac de Neuchâtel guettent les alevins de la truite avant qu’elle ne remonte le cours des rivières. Mlle Lillette se rend au potager en se couvrant d’un chandail, et vous-même ne plastronnez plus torse nu sur la plage des Iris en recordman du barbecue. Broches et fourches à poulet remisées au placard, vous vous rhabillez pour manger la première soupe à la courge de la saison. Votre femme l’a concoctée en y éminçant par-ci du poireau, en l’aromatisant par là d’une feuille de laurier. Une délectation simple et saine qui réparera votre estomac que trop de grillades ont délabré. Il sera mis à une plus dure épreuve le dimanche 15 septembre, une semaine avant la transition saisonnière, en raison du Jeûne fédéral…

Plus patriotique que religieux, ce jour de diète est observé le 3e dimanche du mois dans les cantons de Neuchâtel et de Vaud. Qu’il pleuve ou fasse beau, une flamme civique vous condamne à garder les persiennes closes. Vous ne vous sustenterez que de pain sec. Vous refuserez jusqu'à goûter à la tarte aux pruneaux traditionnelle que cousine Fanchon a truffée de cerneaux de noix fraîche.

En votre obscure solitude yverdonnoise, les sons s’estompent; seules y zonzonnent une guêpe égarée et le froufrou de vos méninges. Au soir du lundi 16, jour férié, vous en ressortirez diaphane, bleuâtre comme peint Bernard Buffet. Et tandis que vous «faisiez maigre», vos enfants auront profité de trois jours de congé pour vibrionner à Lausanne dans les vapeurs vineuses et les fumets de quelque halle populaire nouvelle. Une toute semblable à celle qui, durant 99 ans, servit de «sous-sol infernal», de foire aux impunités, au Comptoir suisse avant que cette digne et historique manifestation nationale ne fût bannie du Palais de Beaulieu. Vient de lui succéder un prometteur mais encore mystérieux Comptoir helvétique. 

Question de ripailleurs - dont je ne suis plus: «Pourra-t-on à nouveau y chopiner jusqu’à plus soif?» 

On espère surtout qu’on s’y sera dessoiffé par de désaltérantes innovations.

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