15/09/2019

Noverraz, le loyal valet de Napoléon

Le palais de Rumine va donc acquérir de nouvelles reliques* de Napoléon Ier, à l’occasion du 250e anniversaire de sa naissance en 1769 à Ajaccio. Composé de chandeliers, de médailles et d’une aigle en bois doré, le lot enrichira les collections du Musée d’archéologie. Il a été légué par des descendants de Jean-Abram Noverraz, un enfant de Lavaux, un «parti de rien» comme on disait, et dont le destin bascula dans la grande Histoire en 1809, quand il entra à 20 ans au service de l’empereur. 

Ce natif de Riex est discret, propre sur lui, et sait tourner un compliment. Il accède d’abord au titre de «valet de pied», qui a perdu en France post-révolutionnaire son acception péjorative: servir le grand Napoléon vous refait une dignité! Puis il monte dans l’estime du démiurge qui l’apprécie aussi pour sa patrie suisse, à laquelle il a attribué une nouvelle constitution en 1803. De plus, celui qu’il surnomme l’«Ours d’Helvétie» est vaudois. D’une région où Bonaparte avait été acclamé par les populations quand, suivi de 40 000 hommes, il s’en allait franchir le col du Grand-Saint-Bernard. 

De valet, Jean-Abram devient huissier, messager, voire confident. Sa loyauté est émouvante, tant aux heures de la gloire impériale que dans les exils: à l’île d’Elbe, il joue du sabre pour éconduire des Italiens récalcitrants. A Sainte-Hélène, il figure parmi les intimes de l’Aigle humilié, assistant à des ablutions matinales, voire à un rituel cérémonisé du rasage … Il sert parfois de grand veneur, pour ne chasser que de rares lièvres en ce lointain îlot austral peu giboyeux. 

En agonisant le 5 mai 1821 dans la ferme de Longwood House, Napoléon lui remet quelques objets personnels à l’intention de son fils, le duc de Reichstadt. Mais l’Aiglon meurt prématurément à Vienne. Alors, dès son retour en Suisse, le dévoué dépositaire les confiera aux autorités vaudoises. La moins rutilante de ces premières reliques conservées à Rumine est une clé oxydée: elle ouvrait l’une des portes de villa carcérale de Longwood… Lui-même s’éteindra sexagénaire, le 12 janvier 1849, à Lausanne. Devenu notable, député au Grand Conseil, Jean-Abram Noverraz n’avait cessé de ruminer ses souvenirs napoléoniens. 

Jusqu’à les rassembler dans un livre de mémoires.

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