21/09/2019

Vernissages d’octobre en mondanités

Après un été à météo remuante mais à coloration peu variée, on se laisse envoûter par la diversité annoncée des tonalités de l’automne. Et pas seulement de celles qui vont chamarrer nos parcs et forêts. Il y en a déjà des vestimentaires: à la tombée du soir, Samy Pauchard, courtier en assurances, troque sa cravate beige de bureau contre une lavallière ramagée d’oiseaux écarlates. Et son épouse Edmée, née de Glingoulin, s’enveloppe dans une cape en pashmina à reflets bleu outremer inspirés des monochromes d’Yves Klein. C’est en cet accoutrement criard et dépareillé que le couple arpente la rue de Bourg pour se rendre dans une galerie où leur nièce Chloé expose sa nouvelle série de natures mortes. 

Bref, il va au vernissage, comme naguère on allait au culte. Mais sans bégueulerie, avec un port de tête à peu près aristocratique et l’espoir qu’il n’y aura pas que des flûtes au sel et des bricelets, mais des verrines avocat-crevettes, du vin millésimé. Et, qui sait? du caviar, des oursins, du champagne d’Epernay… Ce sera aussi l’occasion, pour Madame, de se gausser de quelques décolletés féminins «trop à l’ancienne ». Pour Monsieur, de «faire schmolitz» avec un membre de la Municipalité lausannoise, du Grand Conseil, voire avec un manitou de l’EPFL! 

Rappelons au passage que durant ces «events», des oeuvres artistiques sont accessoirement accrochées aux cimaises. Belles ou moches, elles voudraient bien happer pour quelques instants l’oeil du visiteur, entre sa dégustation d’un chou à la crème et son envie de se remettre à baboler de politique locale avec un autre élégant à lavallière bariolée. 

A ces apathiques, je signale que ces machins encadrés sont d’une grande utilité: on peut faire semblant de les contempler, si l’ambiance du raout devient ennuyeuse. Ou, si l’on veut éconduire un journaliste à questions insidieuses.

Au temps du maître anglais William Turner (1775-1851), le vernissage d’une expo avait plus d’effervescence. C’était l’instant sacré, et périlleux, où l’artiste couvrait en public ses toiles de vernis avant leur accrochage. Et lorsqu’à Londres, il fut question de les supprimer, l’aquarelliste alarma les édiles par ces mots: «Vous éliminerez les seules réunions sociales dont nous disposions, la seule occasion de nous réunir tous de manière simple. Sans vernissages, nous ne nous connaitrons plus les uns les autres!»

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