21/12/2019

Renouer ses lacets: un calvaire!

Soudain une vocifération retentit sous un escalier roulant de la gare de Lausanne: «Lucas, tu refais tes lacets, ou je te massacre!» Il est rare de voir humilier un enfant en public, et pour une bévue. La maman écumait de rage, pleurant aussi de se mettre en spectacle. Quant à son Lucas, il s’était accroupi sans gémir, mais ses petits doigts cramoisis par le froid tremblaient en passant les embouts des maudites cordelettes dans les oeillets de ses souliers. Cette gaucherie infantile, dramatisée par une exaspération maternelle, annonce-telle un destin jalonné de maladresses plus graves?

Certaines sont acquises avec l’âge, suite à de mauvais traitements parentaux ou d’une fréquentation de balourds. Il y a aussi des fillettes qui furent maladroites par timidité, telle Colette qui s’en félicitera plus tard quand elle deviendra l’auteur du Blé en herbe.  

Or il existe une maladresse qui, selon une étude française récente*, toucherait 5% des écoliers. C’est la dyspraxie - d’un mot homologué par l’Unesco signifiant en gros «trouble du comment faire». L’enfant qui en est affligé marche de traviole, se heurte contre des portes, tombe souvent. A table, il renverse les verres, éparpille la nourriture car il ne sait pas manier les couverts. A l’école, il est la risée de tous: ses dessins sont coloriés de guingois, et au foot, il envoie le ballon dans la mauvaise direction. C’est comme si chacun de ses gestes, il l’ effectuait pour la première fois.

Cette dyspraxie affecte une fameuse «mémoire procédurale» qui induit nos premiers automatismes nécessaires à la vie quotidienne: nouer des lacets mais, avant cela, placer un pied devant l’autre pour avancer. Plus tard évoluer dans une piscine sans boire la tasse, enfourcher un vélo, faire du ski…Moi-même enfant, je ne savais pas plier du papier pour fabriquer des avions. Et à la messe, j’emplissais le calice du curé davantage d’eau que de vin!

Mais on ne devient pas délibérément si maladroit comme je l’ai été et le suis un peu resté, et aucune lésion cérébrale n’est à l’origine de ces incohérences gestuelles - d’ailleurs non héréditaires. Des séances d’ergothérapie, bien adaptées à l’individu, parviennent à les résorber.

Tout ça, dira-t’on, pour des lacets? Oui, s’ils nous rattachent à la vie des autres.

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