02/03/2020

Quelques arbres de caractère

Dans une course échevelée à leurs municipales, des candidats français de tout parti portent la cause écologique en bandoulière, et se mettent à «verdir». L’une veut se faire réélire à la mairie de Paris en plantant 170 000 nouveaux arbres dans des «mini-forêts». A Tourcoing, un autre se représente avec le projet d’un parc canin où les toutous pourraient impunément lever la patte arrière, car leur urine serait un engrais fertilisant.

A Lausanne, nos édiles rappellent qu’elle est la commune la plus arborisée de Suisse, avec 1'500 hectares de forêts et 88’000 essences. Mais qu’il en faudrait davantage à l’heure du chaos climatique et de récurrentes canicules: un seul arbre urbain dégagerait assez d’oxygène pour reventiler tout un îlot bitumineux de chaleur.

Les Lausannois n’ont pas attendu ces alertes pour chérir leurs arbres. Il y a 60 ans (j’en avais 6), je vis des Challiérans pleurer en choeur l’abattage d’un tilleul centenaire. Tout récemment, c’est grâce à une mobilisation civique durable et tenace que la forêt du Flon, avec ses feuillus, sa faune discrète, n’a finalement pas été rasée. Moins solidaires ont été, il y a trois mois,  des voisins respectables, lorsque j’ai déploré l’élimination d’un frêne gracile, esseulé dans notre arrière-cour commune, mais qui y racontait les saisons. Hélas, il attirait des insectes et éparpillait trop de feuilles d’automne sur nos balcons!  Bref, «il faisait chenit».

Je me console de ce deuil végétal en allant respirer l’ombre blonde du plus grand platane de ma ville. Haut de 40 mètres, il la déverse au chemin des Mouettes 4, en un parc qui appartient à l’Eglise catholique. Il a été planté en 1803, l’année où le Pays de Vaud est devenu canton. En hiver, ses branches nues renvoient au ciel une réplique polyphonique, toute en volutes, de ses racines et radicelles enfouies sous sa patte de mammouth. Plus en amont, au boulevard de Grancy,  règne un cèdre vieux de 130 ans qui, lui, n’est jamais nu. Il s’agit d’une espèce importée de l’Atlas marocain, et sa fourrure sombre de loup solitaire résiste au vent mauvais, aux plus cruels orages. 

Mais quand il fait doux, il répand une odeur de vieille église. Plus prosaïquement celle d’une huile essentielle souveraine contre la cellulite et la perte des cheveux…

 

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