06/04/2020

C. F. Ramuz a écrit «Aline» à Paris

En débarquant début octobre 1900 en Gare de Lyon, il a 22 ans, des yeux ambrés sous un front clair, une mèche éparse, comme dans le portrait au pastel par Caroline Cingria, et une timidité «provinciale». En 1903, Charles Ferdinand Ramuz y retourne pour une pleine décennie, cette fois avec de l’assurance, et en poche une licence ès lettres de l’Université de Lausanne. Entre-temps, il a enseigné au Collège d’Aubonne et à Weimar, en Thuringe. Il revient à Paris pour ébaucher une thèse sur Maurice de Guérin, un poète français du XIXe siècle, dont il ne laissera aucune ligne. Jusqu’en 1914, il emploiera son séjour dans la Ville-Lumière à étudier le maillage complexe des arrondissements. En marchant beaucoup: «Je ne me doutais pas que la fatigue, ici, c’est d’aller à plat, et que la fatigue, à Paris, c’est la foule », écrit-il dans des Notes d’un Vaudois qui ne paraîtront qu’en 1938, à sa soixantaine, et que Zoé réédite cette année en format poche.

Sous un ciel de France où s’amoncellent déjà des ombres présageant un conflit mondial, Ramuz est un observateur aigu mais pudique: «Le Parisien vit «serré», avec d’innombrables appartements au-dessous de lui, au-dessus, à côté; dans la rue il en va de même, il en va de même pour lui quand il prend l’autobus et le métro. Il n’est jamais seul, sauf parfois dans sa chambre, très exceptionnellement; et ne semble pas en souffrir et semble même avoir besoin de ce bruit, de ce mouvement, de toute cette activité fiévreuse à ses côtés.» 

Si la bohème trépidante des artistes de Montparnasse l’amuse, il rive sa meilleure réflexion sur le rôle d’une capitale culturelle envers les identités régionales. Dont la sienne, la Suisse romande, «une province qui n’en est pas une», qui est française par la culture mais politiquement helvétique.

A Paris, il écrit et publie cinq livres (ses Circonstances de la vie sont nominées pour le Goncourt), il rencontre André Gide, ses compatriotes Cingria, le peintre René Auberjonois ou le romancier joratois Edouard Rod. C’est ce patriarche qui persuadera les éditions Perrin à publier en 1905, le premier roman de Ramuz, Aline. 

Un chef-d’oeuvre que Thierry Romanens vient de théâtraliser en musiques, ferveur, bon goût et bagout*. 

www.romanens.net

Les commentaires sont fermés.