15/04/2020

Fausse blondeur, chauves et chenus

Privée de coiffeuse pour d’interminables semaines en raison du confinement, Zette Pichoud s’effraie d’elle-même en se mirant dans son boudoir. Le faciès est inchangé: celui bien entretenu d’une quadra qui sait choisir ses cosmétiques, n’a jamais recours au botox ni aux liftings. L’horreur vient de ce qui l’encadre: une chevelure s’effilochant à vue d’oeil, rebelle à tout démêlage et qui dangereusement redevient brune à la racine… Une claustration prolongée a suffi pour que sa blondeur hollywoodienne se révèle factice. Elle se consolera d’une pointe de blush aux joues, de rimmel à ses cils, tout en soupirant:: «Bah! je ne suis pas la seule à camoufler mes ébouriffures de hyène dans un passe-montagne en sortant les poubelles!». Peu débrouillarde et nonchalante, Zette Pichoud ne s’occupe pas elle-même de sa chevelure, ne se fiant qu’aux doigts dégourdis et savants de sa coiffeuse-coloriste du quartier de Maupas: Fräulein Gerda, une Badoise, une vraie blonde. 

Cette abnégation de coquette me rappelle une historiette acidulée de l’humoriste londonien Saki, alias Hector Munro (1870-1916), où une Mrs Troyle confesse, avec un flegme monty-pythonesque avant l’heure: «Pour moi, les cheveux sont comme les maris; tant qu’on vous voit ensemble en public, peu importent les divergences qu’on peut avoir dans l’intimité.»

Brunes, blondes et rousses se résigneront un jour à voir leurs mèches virer au gris, puis impitoyablement au blanc, celui d’une vieillesse enfin admise. Pourtant, des aînées défient ce destin en gageant qu’une toison chenue bien accommodée peut devenir un atout de beauté. Les plus averties se décolorent avec du peroxyde d’hydrogène, les étourdies avec de l’eau de javel, les plus folâtres usent du tipex, ou du rouleau de peintre en bâtiment!

Les hommes seraient moins alarmés par ces étiolements capillaires. Le «poivre et sel» qui fleurit à leurs tempes resterait un atout de séduction tardive. Et si leur barbe s’allonge, ils ressembleront à l’Abraham de la Genèse, à Léopold II de Belgique, à Karl Marx, au gypaète valaisan, au bouc de Sauvabelin. Seul un début d’alopécie les chagrine, aussi préfèrent-ils se raser tout le crâne.

Concluons par ce mot joyeux du très chevelu Alexandre Dumas-Père: “L'homme naît sans dents, sans cheveux et sans illusions, et il meurt de même, sans cheveux, sans dents et sans illusions.”

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