29/09/2020

Adoptez une poule instructive

En son carré potager du quartier des Délices, sous cette colline de Montriond où l’enfant Mozart a donné un récital de piano en septembre 1766, Jeanne Picoulez a édifié un singulier assemblage de clayons en bois sous une toile plastifiée. «C’est un poulailler improvisé, fait-elle, un palais pour une future princesse; je l’appellerai Jeanneton car je la chérirai comme ma gamine.» Une princesse de basse-cour en plein coeur de Lausanne! Car depuis le semi-confinement de mars, la poule est un animal de compagnie en vogue chez les gens de ville. Plusieurs ménages en ont acheté en prévision d’une éventuelle pénurie alimentaire. Cette oiselle est capable de pondre 5 oeufs frais par semaine, voire 1500 par an! Et si la vie des poules de batterie ne dure que quelques mois, celles élevées par des particuliers pondent jusqu'à l’âge de 5 ans, pour autant qu’elles puissent folâtrer et picorer en un espace minimal de 20 m2 - soit l’exacte surface du jardinet de Dame Picoulez.

 

Une poule en ville, c’est une réserve renouvelée de protéines gratuites, le signe d’une apparente conscience écologique, et, pour les  marmots du voisinage, une distraction pédagogique. Ils constatent qu’elle ne coquerique pas à des heures indues comme son matamore de mari, le coq, mais qu’elle glousse, caquète, codèque… C’est dire l’amplitude de ses capacités vocales.

Ses tressaillements saccadés leur évoque une vieille machine à coudre, son profil celui d’un dinosaure de Jurassic Park - en beaucoup plus petit, avec un bec en guise de mâchoire effrayante. Ils n’ont pas tort: récemment, des universitaires chiliens ont démontré qu’une variété des sauriens disparus il y a 66 millions d’années a survécu, en se rapetissant, en perdant ses crocs pour se parer de plumes. Et en se mettant à pondre des oeufs que personnellement je préfère pochés ou mollets.

Petit rappel  un ancien sobriquet des Lausannois et Lausannoises, qu’il faut prononcer avec de bonnes dents, les désignent comme des tâteurs de poules, lè Tâta-Dzenelye… Il leur avait été conféré aux marchés de la Riponne par des paysans de l’arrière-pays joratois, effarés par la méfiance tatillonne de clientes gantées, chapeautées et «causant pointu» qui s’adonnaient à un rituel mystérieux. 

Avant d’acheter une poularde, elles en palpaient le croupion pour en jauger les capacités de future pondeuse.

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