16/11/2020

Grandson, son château, son poète

C’est un des châteaux les plus historiques de Suisse en raison d’une défaite mémorable de Charles le Téméraire, en 1476. Il a été édifié trois siècles plus tôt par les seigneurs de Grandson, des croisés, des poètes. S’il est aujourd’hui reconnu monument d’importance nationale, au même titre que Chillon, il a été diversement entretenu par ses récents propriétaires. En 1956, il est vendu par un Sieur de Blonay à un homme d’affaires qui le restaure à sa façon, y exposant avantageusement une collection d’armes anciennes et des autos de course. Accessoirement, il y recrée l’escalier en colimaçon de Chambord (en béton armé), une prétendue salle de torture et une chapelle Renaissance où son fils épousera la fille des jouets Weber! Après sa mort, la forteresse reviendra à une fondation zurichoise gérée par un roi de l’immobilier, lui aussi collectionneur, et organisateur de fêtes médiévales costumées. Il décédera en 1981. 

Désormais, une nouvelle équipe entend doter ce joyau patrimonial, qui attire 30 000 visiteurs par an, d’une «muséologie interactive», encore une fois axée sur les guerres de Bourgogne. 

Pourquoi pas sur le véritable génie du lieu? Othon III de Grandson, 1340-1397, seigneur de Sainte-Croix, Aubonne et Coppet, fut aussi le plus ancien des poètes du Pays romand. Lointain neveu d’Othon Ier, le héros des croisades dont le gisant se trouve dans le chœur de la cathédrale de Lausanne, il en devient l’héritier, mais voyage beaucoup. Fréquentant les cours d’Europe, il s’y révèle bon capitaine, mais surtout trouvère, auteur de lais et chansons. Ses complaintes à fibre élégiaque sont remarquées par Chaucer, l’auteur des Contes de Canterbury. Et il serait l’inventeur de la Saint-Valentin, la fête des amoureux! Voici les vers qu’il composa pour le cérémonial (graphie d’époque):

«Je vous choisy, noble loyal amour, je vous choisy, gracieuse doulçour, Je vous choisy de cuer entier et vray… »

Au service des Anglais durant la guerre de Cent Ans, il s’était réfugié à Londres chez le roi Richard II, après avoir été tortueusement accusé de complicité d’empoisonnement dans une affaire de chasse en Savoie. 

Etourdiment, il se rendit à Bourg-en-Bresse en 1397, afin de faire réviser son procès, mais il fut comdamné au jugement de Dieu: un duel judiciaire qu’il perdit, un fer de lance en plein coeur.

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