11/01/2021

Pitchounette et Pitchoune vont à l’école 

A quinze mois, votre fillette a fait ses premiers pas sur le tapis du salon, et à six ans la voici capable de se rendre à l’école à pied. C’est le cas de 65% des enfants de 6 à 12 ans de notre pays, où seul un sur dix s’y fait conduire par ses parents. Les autres ont fait à leur angelot un cadeau précieux dont il se souviendra: une sensation légère d’émancipation qui mettra du sel à son imagination qu’il avait étrennée en lisant des albums illustrés. Puis en retraçant de doigts enconfiturés  le bec rebiqué du Vilain petit canard d’Andersen, ou la moustache en fer à cheval de son Tonton Firmin qui ronfle tout le temps dans un fauteuil à bascule. 

Des prédispositions que Association suisse des transports et environnement (qui parraine le système de ramassage scolaire Pédibus) a aiguillonnées en conviant des enfants à réaliser des dessins racontant leur première escapade autorisée. Chez d’aucuns affleure une épreuve sentimentale: peut-on abandonner maman et papa à la maison? D’autres sont affriandés par l’avant-goût de ce qu’ils appelleront plus tard une délivrance: celle d’oisillons quittant le nid. 

 

En 1960, dans la famille Roupinet, de Renens, ce fut l’aîné, le Jeanjean, qui pleurnicha à l’instant du départ, tandis que sa cadette Fanchounette, alias Françoise, prit ses jambes à son cou, faisant rebondir nattes et gambettes, pour rallier au chemin du Martinet la colonne qui mettait le cap sur l’école primaire de Florissant.

Aujourd’hui, cette grand-mère coiffée à la garçonne n’oublie pas l’ivresse de cette lointaine aventure. «On découvrait son quartier, sa ville, son pays, on allait à la conquête du monde au bout duquel, adulte, on se découvrait soi-même», sourit-elle, en montrant des photos d’elle à Zanzibar, au Ladakh, à Valparaiso. Mais aussi en tresses enrubannées en sa classe renannaise de Florissant…

 

Dans le protocole de Pédibus, les enfants avancent deux par deux, affablement astreints par un parent bénévole à une discipline de dégourdissement cadencé. Ils y apprennent les lois du ralentissement, de l’accélération, et se développent «chemin faisant», tant au plan de l’hygiène sportive que de la sociabilité: avec ces «compagnons de route», ils joueront aux billes, à la marelle. Puis un jour, rompant avec tout protocole, surferont de conserve à travers la ville.

 

 

Les commentaires sont fermés.