19/07/2021

Baignades exotiques et jeux d’enfants

En cet été de déconfinement contrôlé et de sauf-conduits bizarroïdes pour qui veut voyager loin, quelques amoureux de la baignade, du dos crawlé, de la brasse ordinaire, de la brasse papillon ou de la modeste trempette rafraîchissante se sont faits sédentaires. Aux plages maldiviennes de Velassaru, ils ont préféré celles d’Yvonand et de Préverenges. Sinon d’Excenevex, en France d’en face, qui sont pareillement sablonneuses. Au lieu de jouer aux tritons mythologiques en mer Egée, ils se sont contentés de l’eau chlorée, sans salinité curative ni divinités païennes, de la vénérable piscine de Montchoisi, construite à Lausanne dans les années 30. En son enfance, le soussigné y a appris, grâce à Fräulein Renate, une très patiente au pair bâloise, à ne pas se noyer dans le bassin des adultes. Même lorsqu’un dispositif emblématique y déclenchait des vagues artificielles.

Il y eut des immersions plus exotiques: l’anthropologue anglais Charles Sprawson (1941-2020) s’était, lui, initié aux joies périlleuses de la baignade dans les caves inondées du maharadjah de Jayanagar, à l’ouest de l’Inde! A partir de cette expérience personnelle, ce natif de Karachi a retracé en 1992, dans une étude pittoresque dont la version française paraît en format poche*, l’histoire de la natation à travers les âges. De Cléopâtre, qui se baignait dans du lait d’ânesse mais aussi au milieu de rocailles tapissées de mollusques, jusqu’aux champions d’aujourd’hui férus de vitesse ou d’endurance, et en passant par des Romains fous d’«hydrophilie». Ils apprivoisèrent l’eau en construisant des bains et des thermes, et persiflaient tout couard ne sachant «ni lire ni nager». Suivit une longue parenthèse de rigorisme chrétien où les plaisirs aquatiques étaient jugés trop folâtres. Ils ne redevinrent en vogue qu’au début du XIXe siècle en Angleterre, avec la création de clubs de natation. Et à travers la poésie de Lord Byron qui, au réel, démontra ses compétences plus souvent en Méditerranée grecque que dans notre Léman qu’il chanta pourtant si bien en 1816. 

Or, à 30 km à l’ouest de Chillon et 60 ans plus tard, notre beau peintre vaudois François Bocion composera à l’huile une scène d’enfants, peu épique mais enjouée, s’adonnant des à jeux nautiques sous un ciel d’Ouchy, clair et sucré, pavoisé pour une Fête de la Navigation.

* Héros et nageurs, Champs Flammarion