02/08/2021

Il fait trop chaud? causons du froid

Audacieuse, cette idée de dédier une exposition au froid quand le réchauffement climatique est dans tous les esprits et se concrétise brutalement. Elle aurait désaltéré ces millions de Vancouvérites qui, à fin juin, suffoquèrent dans une chaudière oscillant autour des 50 degrés. On verra peut-être affluer au Palais de Rumine, où elle a été installée avec l’appoint de la Cité des Sciences de Paris*, quelques climatosceptiques espérant trouver des preuves que notre Terre se porte au mieux, qu’elle irait même vers le froid! Il seront déçus: en cette expo, conçue en 2017 déjà par le prestigieux institut scientifique du parc de la Villette, il est question d’un froid thématique, détaché des actualités polémiques, toutes urgentes qu’elles soient. 

D’une manière ludique et tactile, nous y redécouvrons l’azote liquide ou la neige carbonique, et chacun peut s’interroger sur le phénomène même du froid. Est-il une épreuve, un réconfort? Selon une légende, Rousseau voulut se suicider. «Pourquoi ne l’avoir pas fait?» lui demanda Diderot. Réponse du Genevois: «L’eau était trop froide.»

Le froid décourage les nageurs désespérés, rend des regards cruels, gèle la floraison des cerisiers, enrhume, mais fait aussi tinter de glaçons l’anisette apéritive et permet à grand-tante Suzy de respirer mieux après un pic de canicule. Conservé depuis l’Antiquité dans des glacières, il est fabriqué en machines dès le XIXe siècle pour la santé, l’alimentation, et le moelleux croustillant de mon sorbet préféré à l’abricot luizet du Valais.

En français de Paris, la sensation de froid se décline moins par des substantifs homonymes, tels que gel, frimas, froidure, que par des adjectifs: frisquet, réfrigérant, sibérien, polaire, etc.  En Romandie, où prédomine un tour d’esprit vaudois et une intonation rocailleuse, la palette est plus diversifiée: d’un maladroit qui a oublié son manteau en affrontant la bise on ne dit pas qu’il va grelotter mais greboler. Si ses bras se granulent d’une chair de poule, on dira qu’il a chopé le grebolon. Et il y a de belles antinomies: la cramine désigne le froid alors que son préfixe évoque celui du verbe cramer, brûler. Pareillement la fricasse s’applique autant à un climat hivernal qu’à une grande chaleur. 

N’est-ce pas un chouia ambigu? Réponse du Vaudois traditionnel: «Oui et non». 

 

*Jusqu’au 23 janvier 2022, www.palaisderumine.ch

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