14/08/2021

Trophée balnéaire et potamophylax

Après l’évocation de juillettistes sédentaires qui se sont contentés de nos lacs et piscines, voici l’expérience de deux Vaudois plus aventureux. Une perforatrice m’avisant que mes voisins du dessus étaient de retour après un mois d’absence, je compris qu’ils revenaient d’une villégiature lointaine. Non, nos aoûtiens vaudois n’ont pas été des passagers de milliardaires en goguette interstellaire: si Steeve Chaudevant a fait un trou dans une paroi, c’est pour clouer un collier de corail rouge travaillé à la main. Un gri-gri en souvenir du port croate de Rugi-Rat, à 20 km de Split, dans les eaux turquoises duquel il a fait des photos sous-marines. «Là-bas au moins, la flotte était chaude!» s’exalte-t-il,  les oreilles et le nez aussi cramoisis que son  trophée corallien. Quant à son épouse Sheryl Chaudevant, née Compondu, que j’avais croisée plutôt en chair et pâlotte, elle a tant bruni et rétréci sur les plages, au recto et au verso, qu’elle n’est perceptible que de profil, tel l’hippocampe à aigrettes que son mari a photographié. 

Parmi les nombreux clichés emmagasinés dans son portable amphibie, apparaît une autre bestiole hérissée d’aigrettes mais inconnue au bataillon des curiosités marines. Or elle vient d’identifiée par des entomologistes spécialistes des Balkans: il s’agit d’un insecte appartenant à la famille des trichoptères -  dont la présence dans nos propres ruisseaux, hélas raréfiée, est un indicateur de leur bonne qualité. A celle aussi du banal ver d’eau dont les pêcheurs se servent en guise de leurre.  Mais les larves de celui-là  n’ont même pas pu servir d’appâts: déniché dans les rivières du Kosovo, il est une alerte de pollution. Celle due à une mauvaise gestion de centrales électriques entraînant la dégradation de l’écosystème en eau douce. Par allusion à l’actualité, on l’a baptisé potamophylax coronavirus. Un prénom grec signifiant à juste titre «sentinelle fluviale», mais dont l’assonance diabolique a effaré mes voisins - des lecteurs assidus de l’Ancien Testament, où des Behemoth, Asmodée et autres Amduscias, volent en escadron…  D’ailleurs cette créature, non pas tombée du ciel mais jaillie d’un méphitisme industriel, ressemble un peu au criquet des fléaux de la Genèse, en plus patibulaire. Avec des crocs draculéens, et des ailes réticulées translucides comme les peintres du Moyen-Age en gratifiaient Lucifer.

Un gri-gri porte-malheur? 

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