04/09/2021

Le lion de Lucerne a 200 ans

Le plus héraldique des fauves figure aussi bien dans les armoiries anglaises, espagnoles, belges, sénégalaises que dans celles de Lausanne. En plus caricatural que le couple de lionceaux dont le zoo de Servion s’est enrichi il y a un an. Makuti  et Malkia ne se prennent encore que pour deux gros chats, ignorant en leur ingénuité duveteuse qu’ils cesseront un jour d’être des peluches vivantes. Adultes à l’âge de 4 ans, ils incarneront un symbole universel de royauté au coeur de cette pénéplaine joratoise, si dissemblable de leur savanes originelles. Parmi leurs visiteurs, des férus d’astrologie les associeront au 5e signe du zodiaque, à l’élément du feu, à la dureté du diamant, que sais-je, à des Dark Vador! Et puis des antispécistes venus dénoncer  l’injustice d’une captivité animalière. Pourtant, c’est en raison de leur acclimatement à Servion que nos deux félins auront un destin peu agité, sans turbulence, préférant nettement leur ration de 6 kilos de viande quotidienne à  une évasion permettant d’épancher leur atavique férocité, quelque part entre le bois de la Dame de Thierrens et Ecorcheboeuf… 

La légende des siècles n’attribue au «roi de la faune» que des anthropomorphismes d’autorité, d’insensibilité, de superbe méprisante: «Qui veut chercher des puces sur la queue du lion, doit être prudent” avertit un proverbe congolais.» Or, à 40 lieues de notre Jorat, il s’en trouve un, surdimensionné et d’humeur chagrine - un sentiment rarement léonin. Taillé en 1821, il y a juste deux siècles par le sculpteur allemand Lukas Ahorn dans une falaise en grès lucernoise bordée d’un plan d’eau, il mesure 10m de long sur 6 de hauteur. C’est un géant à l’agonie, percé d’une lance, la patte droite posée sur un bouclier frappé du lys royal de France, près d’un second à croix helvétique. Oui, il s’agit bien du fameux mémorial de Lucerne, pleurant 760 soldats suisses massacrés le 10 août 1792 au palais des Tuileries par une foule parisienne hostile à Louis XVI. Ils avaient loyalement obéi à l’ordre royal de ne pas tirer sur le peuple. 

Petit bémol: l’allégorie de ce mémorial aurait exagérément servi la propagande de Suisses conservateurs et anti-révolutionnaires… Ignorant les contextes politiques, l’écrivain américain Mark Twain l’évoqua en 1880 comme «la pièce de pierre la plus triste et émouvante du monde».

 

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