09/07/2022

Les jours les plus «heureux» de Voltaire

C’est un endroit arborisé où les Lausannois aiment casser la croûte au soleil et où plane le profil émacié du philosophe des Lumières. François-Marie Arouet ayant séjourné plusieurs fois dans leur ville, de 1756 et 1758, une terrasse en gravier du parc de Mon-Repos s’est transformée il y a trois lustres en une gargote de plein air qui porte son nom. Entourée de marronniers, d’un ginkgo et d’un séquoia cyclopéen, la Folie Voltaire, qui n’ouvre que par beau temps, à la fois charme et instille de la curiosité chez des visiteurs parisiens. 

- Pourquoi notre auteur de Candide est-il invoqué ici?

- Dans la maison de maître qui se trouve au coeur du parc, il fit représenter en 1757 sa tragédie Zaïre, créée à la Comédie-Française 25 ans auparavant.

-  Et pourquoi ce mot «folie»? 

- Une altération du mot feuillée. Il désigne un pavillon isolé aux styles architecturaux bariolés, une fantaisie comme s’en offraient les aristocrates. Cela n’aurait pas dépareillé l’endroit à l’époque de Voltaire, même si la Villa Mon-Repos ne ressemblait pas à ce qu’elle est maintenant. Avant d’être transformée au XIXe siècle, elle appartenait au marquis de Langallerie. Un mécène féru de théâtre qui y avait fait aménager une scène dans les combles d’une grange.

 Quand sa tragédie en alexandrins y est jouée le 18 février 1757, Voltaire est alors un sexagénaire de santé fragile, mais au verbe plus acéré que jamais. Il s’est brouillé avec Frédéric II de Prusse, vient de parcourir l’Europe, et pour éviter Paris où ses satires le rendent indésirable, il se réfugie assez confortablement au bord du Léman. D’abord près de Genève, puis à Lausanne, dont-il dira dans son abondante correspondance: «Je dois à cette ville mes jours les plus heureux». Après avoir séjourné dans le quartier de Montriond, alors entouré de vignes, et où une rue portera son nom dès 1924, il s’installera dans une résidence dite du Grand Chêne. A l’emplacement duquel seront édifiés les hôtels Beau-Site et Belvédère, eux-mêmes supplantés en 1915 par l’actuel Lausanne Palace aux 5 étoiles. 

 

PS. Sachez hélas que le fauteuil à haut dossier incliné qu’un syndic a remis à votre Tante Gladys pour ses 90 ans n’a rien de voltairien. De style Louis-Philippe, il été inventé au XIXe siècle.

 

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