03/09/2022

Suprenantes toponymies veveysannes

Si dans de plus grandes communes romandes on s’évertue enfin à féminiser quelques plaques de rue, les autorités veveysannes ont été l’an passé pionnières en la matière en baptisant Place du 14 juin, un 14 juin justement, le square anonyme situé devant un centre commercial. C’est à cette date, en 1981, que l’égalité entre Suissesses et Suisses était dûment consignée dans la Constitution fédérale. Dans un même esprit, un pont sur la Veveyse fut baptisé Passerelle de l’Egalité. Il est situé entre ceux de l’Europe et de l’Arabie. Quant à ce nom d’Arabie, qui désigne aussi un parc, une plage et un quai, il n’a rien d’oriental. Il dérive du patois local la Rabiyé: terrain raboteux à herbe maigrichonne.

Car dans une cité ancienne comme la romaine Viviscus, les flux de l’histoire et ses reflux ont tant érodé la vie des quartiers qu’il en reste des bizarreries toponymiques. Elles sont explicitées dans un savoureux répertoire* paru il y a 26 ans sous la plume de François Berger. La rue de la Byronne, entre celle du Midi et les Rives de Léman, rappellerait le passage du grand poète anglais George Byron (1788-1824), l’auteur du Prisonnier de Chillon. L’attachante place Scanavin, qui accueille des marchés de Noël et des séances de cinéma sous les étoiles, évoquerait une dynastie de négociants génois qui s’y étaient établis au XVIIe siècle. 

Mais c’est entre la rue Sainte-Claire et celui des Pêcheurs, que se love le décor de la Valsainte, le plus poétiquement rapiécé de la ville. C’est essentiellement une cour aux murs festonnés de vignes vierges qui deviennent carmin en octobre. A l’ombre d’un frêne vénérable sèchent sur un étendoir des nappes de cuisine, des pantalons de marmots. Une bicyclette est adossée à la rampe d’un escalier en bois. A des pépiements de nourrissons répond le tsi-tsi-tu-tu en sol majeur de la mésange charbonnière. De loin en loin, le vent du passé amène une mélodie plus modale: le chant grégorien de chartreux qui fondèrent en 1295 un couvent de la Valsainte au fond de la vallée gruérienne du Javroz, et dont une dépendance éponyme fit florès à Vevey. Il en reste quelques saints oripeaux que l’urbanisme moderne a épargnés.

Dictionnaire historique et toponymique des rues de Vevey,
Ed. Vibiscum.

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