08/11/2014

Défier la pluie la tête haute

Les publications scientifiques sont de plus en plus fascinantes. Il en est une qui nous arrive du Canada pour révéler qu’il y aurait corrélation entre le mauvais temps et la mauvaise humeur! La grisaille pluvieuse de novembre, ses bises violentes qui retroussent les pébroques comme on écorche un lapin de boucherie, et l’inondation d’une cave vigneronne après des orages sur le Chablais rendraient maussades leurs propriétaires. Une vue de l’esprit! Tout comme celle qui prétend que le sourire du randonneur lui revient quand il apprend que demain il fera soleil sur les Aiguilles de Baulmes, qu’il envisage d’arpenter en zigzags jusqu’à la descente abrupte vers Lignerolle.

 

Or on n’est jamais assez précis, même quand il s’agit de démontrer des évidences: nos savants d’outre-Atlantique ont identifié entre mille une hormone appelée cortisol. Une qui nous ferait nettement préférer des vacances prolongées sur quelque plage d’outre-mer à un dimanche de cramine chez tante Gladys, en une soupente de son chalet décrépit des Ormonts, dont l’unique fenêtre a un carreau cassé.

Ce cortisol agirait par capillarité sournoise et insidieuse dans le corps d’un Vaudois ordinaire. Y déclenchant un stress qui oscille selon la variation des températures et impliquant la régulation des humeurs. Selon aussi des imprévisions météorologiques: «Les gens doivent accepter le fait de n’avoir pas le contrôle sur les caprices de la nature, précise un psychologue associé à l’étude, et trouver des alternatives aux activités prévues en cas de pluie.»

Selon une autre expertise, elle aussi «scientifique» - cette fois soutenue par des universitaires hongrois, l’être humain deviendrait dépressif sous la pluie et les foucades venteuses de novembre, parce qu’il y avance «à petits pas, les épaules projetées en avant et la tête penchée». Une théorie, approuvée par des savants québécois, qui nous encouragent tous à défier les averses de pluie en avançant droit dans ses bottes, l’échine dorsale verticale, le front offert à tous les ruissellements, aux intempéries les plus tempétueuses.

Et en soufflant du chaud dans ses paumes gelées tout en citant du Sénèque: «La vie n’est pas d’attendre que l’orage passe, mais d’apprendre à danser sous la pluie.»

 

 

 

 

01/11/2014

Une radio visuelle, une télé acoustique

Il y eut une ère antédiluvienne où des sauriens infestaient l’arc lémanique, alors cerclé de moraines glaciaires qui frigorifiaient les pieds des gens. Vos aïeux réchauffaient les leurs devant un poêle en fonte en écoutant Radio Sottens et le «Disque préféré de l’auditeur» de Mlle Golay. Le museau proéminent d’un brontosaure se frottait à leurs fenêtres - après avoir ingurgité deux plants de pétunias, trois bacs de géraniums et d’autres vivaces de balcon. Cela ne distrayait pas leur concentration, car dans les années trente Angèle Golay était une «speakerine» très appréciée, une vedette romande radiogénique. Elle se laissait appeler familièrement Hortense. De même, son son collègue Marcel Suès (1899-1989), qui fut un roi des premiers reportages sportifs – et un commentateur politique au bagout vif et onctueux - s’était affublé du sobriquet drolatique de Squibbs. D’un mot anglais signifiant magicien.

 
En ce temps-là, la radio, c’était un florilège de timbres féminins ou virils reconnaissables entre vingt et cent. Des récits et commentaires tissés par des voix qui nous devenaient familières, sans que nous éprouvions forcément l’envie de leur mettre des visages. Ou alors, on les imaginait.
Il y avait une espèce féerie, qui vient de s’étioler en ce début du XXIsiècle où la prédominance du génie internautique révolutionne images et sons chaque matin (au profit d’une technologie mobile de smartphones ou d’autres robots de poche), quitte à tout enchevêtrer. L’avènement en France, donc demain en Suisse, d’émissions «radiofilmées» nous dévoile déjà sur une chaîne publique des chemises mal repassées, sans cravate. Des fronts de journalistes et animateurs suants sous les néons du studio, et pas poudrés par quelque maquilleuse. Les voici pris en flagrant délit d’attitude naturelle. Quelle horreur! Mais un de leurs PDG épris de modernité affirme qu’«aujourd’hui on doit pouvoir regarder la radio». Tôt ou tard, ses subalternes devront se farder et s’attifer comme des gens de télé. Un média respectable, mais que mon voisin Jeannot T. ne regarde plus depuis 30 ans. Il ne l’allume que dans des hôtels à l’étranger. Et encore, c’est pour créer dans sa chambre un fond sonore qui bercera son sommeil.