06/05/2017

A Montriond, les brises jouent du Mozart

Elle ne surplombe le parc de Milan que de 37 mètres et n’est pas vraiment une colline. Plutôt un tertre, une grosse motte, mais des cadastres médiévaux la désignent comme une montagne (Mons rotundo), probablement en raison de sa rondeur pâtissière. En l’an 1037, notre évêque Hugues de Bourgogne y fit une procession ascensionnelle, suivi de barons et de prélats, pour convenir d’une «Trêve de Dieu». Une paix éphémère entre de rustauds guerroyeurs fut ainsi signée au sommet de ce crêt, entre Saint-François et les rives du lac, qui porte désormais le nom de Montriond.
Ecimé en plateforme, il est devenu un lieu de promenade délicieux, hélas rarement recommandé par les guides touristiques. Un belvédère où l’on accède après avoir foulé un sentier moussu en colimaçon, et d’où, par temps clair - matinal ou vespéral - tout observateur érudit, ou simplement amoureux de son pays, distingue à sa gauche la Dent-de-Jaman, le Merdasson (pardon!), les Rochers-de-Naye.  A sa droite, les deux Tours-d'Aï vireront plus tard au mauve crépusculaire, puis au brou de noix. Quant au Léman, il devient prune pour se dilater encore, telle une mer vue d’avion. La nuit ne l’éteindra pas.
Ces ciels picturaux et leurs dégradés auraient-ils inspiré, il y a 250 ans, un certain Wolfgang Amadeus, qui n’avait que dix ans lors d’une tournée européenne sous l’égide de son terrible mentor de papa, Léopold Mozart? Lors d’une escale lausannoise, ils furent accueillis, en septembre 1766, par le prince Louis de Wurtemberg en sa résidence du Grand-Montriond, située peu ou prou sur la même esplanade. Le jeune prodige, dressé par son père en ouistiti de fête foraine, y donna successivement deux récitals dans un pavillon vitré depuis disparu, mais où le ciel lémanique devait «traluire" (devenir translucide, expression vigneronne vaudoise) avec les mêmes irisations qu’aujourd’hui.
 Je me plais à imaginer qu’il y joua au piano une de ses propres compositions enfantines. Soit la Sonate en fa majeur. Sinon, celle en si bémol , qui est un chouia plus vibrillonnante, plus aérienne. Et quand, aujourd’hui, les vents du lac viennent froisser la frondaison des arbres plus anciens du crêt de Montriond, ils font réentendre ces mélodies créées par un sacré diable de marmot.