24/10/2007

Barbatrucs

Olivier Schopfer nous raconte aujourd’hui l’histoire de la barbe:
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Après les "métrosexuels, ces hommes urbains branchés qui prennent grand soin de leur apparence, les magazines spécialisés nous annoncent le retour des
grizzlis: des hommes bruts de décoffrage, barbus et chevelus.
Et de citer en exemple le rugbyman français Sébastien Chabal comme icône de cette nouvelle tendance.
Il y a toutefois barbe et barbe...
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Le mot « barbe » vient du latin «barba». Il est apparu dans la langue française au 11ème siècle.
«Barbe» a deux diminutifs. Le mot s’allonge, mais la barbe rétrécit :
1. La barbiche (17ème siècle): désigne les poils qu’un homme se laisse pousser au menton.
2. La barbichette (20ème siècle): petite barbiche.
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Il existe une foule d’expressions courantes liées au mot «barbe»:
- «Rire dans sa barbe»: lorsqu’on éprouve une satisfaction pas très recommandable et qu’on cherche à la dissimuler derrière un rictus, on « rit dans sa barbe».
- «Parler dans sa barbe»: parler de manière inaudible, soit en chuchotant, soit en prononçant mal.
- «Faire quelque chose à la barbe de quelqu’un»:
on peut aussi dire «à la barbe et au nez de quelqu’un». On utilise cette expression quand on réussit à tromper quelqu’un alors que la personne est présente mais qu’elle n’a rien remarqué.
- «La barbe!»: «Ca suffit!», «C’est assez!» -«Quelle barbe!»: «Quel ennui!» On peut aussi «barber» quelqu’un ou «se barber» lorsqu’on est accablé d’ennui (dérivé du «raser/se raser» argotique.
-La «barbe à papa»: friandise composée de filaments de sucre caramélisé enroulés autour d’un bâtonnet (très appréciée des enfants, au cirque ou dans les foires).
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Trois expressions anciennes:
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- «Une vieille barbe»: un homme âgé et aux idées rétrogrades.
- «Ne pas avoir de barbe au menton»: décrit un jeune homme qui n’a pas d’expérience (notamment sexuelle).
- Un «bassin à barbe»: objet que l’on peut peut-être encore voir chez certains coiffeurs, aujourd’hui, mais qui était surtout en usage à l’époque où les barbiers avaient pignon sur rue. Il s’agit d’un plat à larges bords, dans lequel on mettait la mousse de savon qui servait au rasage.
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La barbe peut également pousser sur le museau des animaux.
On parle de la barbe (ou de la barbiche) d’un bouc ou d’une chèvre.
On peut aussi parler de la barbe d’un poisson: chez certains poissons comme le turbot, la barbe est la petite nageoire cartilagineuse qui se trouve près de leur mâchoire. Cette particularité a donné son nom à un poisson de mer plat et à peau lisse: la barbue.
Chez les coqs, la barbe désigne les deux protubérances qui descendent sous leur bec.
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Le monde végétal n’est pas exempt de barbe.
Du côté des épis de blé, la barbe consiste en des sortes de longs fils qui hérissent les épis.
Ces fils peuvent se trouver sur d’autres graminées:
l’orge, par exemple.
Et on les retrouve dans des expressions très imagées:
-La «barbe de moine»: l’autre nom de la cuscute.
Plante parasite, très répandue dans les champs de légumineuses (haricots, etc.) - La «barbe de chèvre»: l’autre nom de la clématite, une plante grimpante aux fleurs multicolores qui pendent en grappes.
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OLIVIER SCHOPFER

 

09/10/2007

La guigne

 Carte blanche à Olivier Schopfer, dépiauteur de mots:

 

La guigne, c’est la malchance.


Deux expressions tournent autour de ce mot :
1. « Avoir la guigne » : « avoir le mauvais œil ».
2. « Porter la guigne » : « porter malchance ».
L’arbre généalogique du mot a des ramifications très anciennes.
Au départ, on a le verbe « guigner », qui date du 12ème siècle. Ce verbe existe toujours aujourd’hui dans le même sens qu’à l’époque : lorsqu’on « guigne » quelqu’un, on regarde quelqu’un du coin de l’œil, avec une connotation de convoitise.
Au 17ème siècle, c’est le mot « guignon » qui est apparu. Un dérivé du verbe « guigner ».
« Guignon » dans le sens de « malchance », de « mauvais œil ». L’image, c’est que si on regarde quelqu’un à la dérobée, cela signifie qu’on regarde cette personne de manière défavorable, et que cela lui porte malchance.
D’où le « guignon », le « mauvais œil » qui observe en secret dans le but de nuire.
Au 17ème siècle, on disait : « avoir/porter le guignon ».
Le mot « guigne » tel qu’on le connaît aujourd’hui est apparu au 19ème siècle.
Et « avoir/porter le guignon » est devenu :
« avoir/porter la guigne ».
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Une guigne, c’est aussi une variété de cerise : il s’agit d’une petite cerise à longue queue, de couleur rouge ou noire, et au goût très sucré.
L’arbre qui porte ce genre de cerise s’appelle un « guignier ».
Si vous aimez jouer avec les mots et que vous avez la chance de passer un week-end à la campagne, une phrase comme « Guigne ce guignier ! » tombera à pic.
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En référence à la cerise, une « guigne » peut également signifier une très petite chose.
L’expression « se moquer de quelqu’un ou de quelque chose comme d’une guigne » fait partie du langage courant. Cela veut dire qu’on considère la personne ou la chose comme tellement insignifiante que l’on n’y prête même pas attention.

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« La Guigne » est le titre d’une pièce de théâtre d’Eugène Labiche, le maître du vaudeville qui a vécu au 19ème siècle.
 « La Guigne » a été représentée pour la première fois à Paris en 1875.
Ce titre est accrocheur, puisqu’il faut avoir vu la pièce pour savoir si « La Guigne » fait référence à la malchance, à la cerise ou à une chose dérisoire.

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OLIVIER SCHOPFER

02/10/2007

Le pays de Cocagne

Aujourd’hui, Olivier Schopfer nous emmène au pays de Cocagne:

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Le pays imaginaire et miraculeux des contes. Au pays de Cocagne, on peut obtenir tout ce que l’on veut sans aucun effort : c’est une terre de fêtes et de festins perpétuels où l’on ne travaille jamais. Bref, un vrai paradis!
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-Le mot «Cocagne» pourrait venir du néerlandais «koeken», qui signifie «gâteaux» au pluriel. Cette étymologie nous renvoie aux histoires pour les enfants, et notamment à Pinocchio qui part avec ses amis visiter le pays de Cocagne et qui se goinfre de friandises. Il passe tellement de bon temps à manger et à faire l’école buissonnière, d’ailleurs, qu’il se retrouve avec des oreilles d’âne en guise de punition !
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-Une autre hypothèse nous dit que le mot «Cocagne» tirerait son origine de l’ancien français «coquaigne». Les «coquaignes» désignaient des boules de feuilles de pastel pressées et déshydratées fabriquées dans le Languedoc (la région entre Toulouse, Albi et Carcassonne). Ces boules de pastel produisaient une pâte bleu sombre utilisée pour la teinture des étoffes. Du 12ème au 16ème siècle, les coquaignes ont été une source de richesse pour le Languedoc : elles constituaient à l’époque la seule teinture durable. De là serait venu l’usage de comparer les pays riches et heureux à la région où on les fabriquait. On serait passé du pays des cocaignes (le Languedoc) au pays de Cocagne.
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-Selon une autre source, «Cocagne» pourrait avoir une origine italienne. Autrefois, dans la ville de Naples, se déroulait une fête qui célébrait le Vésuve.
Lors de cette fête, on distribuait de la nourriture au peuple. On construisait un monticule qui représentait le volcan, et d’où jaillissaient à profusion des saucisses, des macaronis, de la charcuterie et du vin que les gens se disputaient. Cette réjouissance était appelée «cuccagna», ce qui aurait donné le mot «Cocagne».
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Il y a très longtemps, en France, dans les fêtes populaires, on trouvait les fameux « mâts de Cocagne ». Il s’agissait d’un poteau recouvert de savon et surmonté de nourriture et de bouteilles de vin. Le challenge était d’arriver à le gravir malgré la hauteur et le risque de glissade pour s’emparer des victuailles : une escalade ardue ! L’appellation « de Cocagne » pour baptiser ce mât était finalement assez ironique, puisque le mot « Cocagne » suggère à l’origine des plaisirs faciles.
À ce propos, les gens qui parlent le patois provençal continuent d’utiliser l’expression «c’est Cocagne» pour dire «c’est facile».
OLIVIER SCHOPFER