29/09/2010

Le bestiaire gourmand de Haydé, Eve moderne

 

 

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Je n’ai jamais caché dans ce blog, ni dans dans mes articles paraissant dans 24 heures, l’immense admiration et la tendresse que j’éprouve pour l’art et la personnalité de cette pétulante dessinatrice iranienne qui vit à Lausanne. Elle s’y est acclimatée comme moi, s’attachant tel un lierre aux beautés du pays les plus secrètes, à ses mentalités enfouies. Autant de trésors que l’étranger seulement de passage ne perçoit guère.

 

Cette fois, à la Galerie Isabelle Gétaz de Mont-sur-Rolle*, Haydé nous révèle des talents animaliers plus variés, et même une profonde sagesse légumière et fruitière.

 

Si elle avait été l’épouse du premier homme, elle aurait apprivoisé - donc dédiabolisé - le serpent. Puis initié son Adam aux vertus vitaminiques de la pomme, et surtout à la joliesse du fruit défendu qui rend les dents des enfants bien saines. Une pomme, c’est aussi ravissant qu’une aubergine du Midi de la France, il suffit de savoir la colorier.

 

Admirée sur tous les continents pour le fuselage aérodynamique, l’élasticité et le magnétisme qu’elle a conférés à son matou Milton (qui, lui, préférait seigneurialement être représenté en noir et blanc: les deux couleurs héraldiques de son pelage), sa maîtresse ne dessine pas que des chats.

 

Comme on le verra à Mont-sur-Rolle, elle «croque» aussi des oiseaux, des insectes, des tomates, et les plus appétissants légumes de votre potager. En rehaussant cette fois leurs lignes, toujours sobres et sans repentir, de coloris friands. Des pigments les mieux choisis de son nuancier de rêveuse orientale.

 

Haydé m’a dit naguère: «Un jour, je mettrai mes toiles au service de la cause animale. Etre utile est un vieux rêve.»

 

 

Jusqu’au samedi 16 octobre.

 

www.galerie-igetaz.ch

 

Route de la Noyère 9, Mont-sur Rolle.

17:20 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

05/08/2010

Une chanson méconnue de Moustaki

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Je suis hélas un béotien en chanson française, et en ses innovations. Je les entends périodiquement quand elles passent «en boucle» (un peu trop souvent… donc sans grâce) à la radio. Mais il arrive, ô miracle! que France Inter, ou notre chère Première, de La Sallaz, nous fassent déguster de délicieuses vieilleries de ma déjà vieille génération – je suis un cacochyme né en 1954.

Certes, à la fin des années soixante, il y avait une Sheila à voix de couettes enrubannées qui monopolisait toutes les ondes en y criaillant. Mais petit à peti, une Barbara y chanta aussi, plus rarement, plus simplement. Avec poésie, cette fois.

Le souvenir d’Edith Piaf, morte en 1963, prédominait encore. Et parmi les hommes que ce beau monstre féminin avait aimés - en amante ou en ami - il y eut l’immense Georges Moustaki. L’inventeur, entre autres, du Milord, et qui composa tant d’autres belles chansons pour d’autres voix. Pour la sienne aussi, bien sûr.

Il en est qu’on avait oubliées.

Or mon ami Gilles Poulou - le fameux dessinateur parisien de Lausanne,émule de notre Burki -  a une érudition chansonnière époustouflante. Il sait exhumer des raretés avec un don de sourcier. Après quoi, il les transfère dare-dare par courriels intempestifs à beaucoup de gens: il a un sens élevé de l’amitié poétique. Et beaucoup d’amis.

Voici une de ces récentes pépites, une chanson intitulée Hiroshima, extraite d’un album paru en 1972:

Par la colombe et l'olivier,
Par la détresse du prisonnier,
Par l'enfant qui n'y est pour rien,
Peut-être viendra-t-elle demain.

Avec les mots de tous les jours,
Avec les gestes de l'amour,
Avec la peur, avec la faim,
Peut-être viendra-t-elle demain.

Par tous ceux qui sont déjà morts,
Par tous ceux qui vivent encore,
Par ceux qui voudraient vivre enfin,
Peut-être viendra-t-elle demain.

Avec les faibles, avec les forts,
Avec tous ceux qui sont d'accord,
Ne seraient-ils que quelques-uns,
Peut-être viendra-t-elle demain.

Par tous les rêves piétinés,
Par l'espérance abandonnée,
À Hiroshima, ou plus loin,
Peut-être viendra-t-elle demain,
La Paix!

 

 

Pour écouter cette chanson en mélodie et même en images, la voici en daylimotion:

 

http://www.dailymotion.com/video/x62i27_hiroshima-moustak...

 

 

20:12 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4)

06/07/2010

Un poème d'Anna de Noailles

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Pour saluer la torpeur estivale et trouver du charme à la canicule, voici un poème retrouvé de la comtesse Anna de Noailles (1876-1933), née à Paris d’un prince d’origine roumaine, amie de Proust, Cocteau et Colette, et qui avait passé sa jeunesse sur les rives du Léman. Il s’intitule «Chaleur».

 

Tout luit, tout bleuit, tout bruit,

Le jour est brûlant comme un fruit

Que le soleil fendille et cuit.

Chaque petite feuille est chaude

Et miroite dans l'air où rôde

Comme un parfum de reine-claude.

Du soleil comme de l'eau pleut

Sur tout le pays jaune et bleu

Qui grésille et oscille un peu.

Un infini plaisir de vivre

S'élance de la forêt ivre,

Des blés roses comme du cuivre.

 

                                                   

                                                            

                                                      Anna de Noailles

 

 

 

 

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