07/09/2007

A propos de meringues...

 

Hier, mon confrère Alain Pichard nous a conduits sur un alpage entre Grindelwald et les contreforts de la Jungfrau. Demain, je me rendrai dans cette même contrée mais sur un autre versant des monts chez des amis anglais qui louent un chalet à Meiringen, à 595m d’altitude, dans le district d’Oberhasli.

Mes amis sont des admirateurs de Sir Conan Doyle, et s’ils sont en villégiature au bord des gorges de l’Aar, ils sont surtout en pèlerinage dans un site romanesque célèbre : c’est dans les fameuses chutes proches de Reichenbach  que leur héros Sherlock Holmes se fait pousser par le professeur Moriarty, en mai 1891. Un monument, situé dans un square de la bourgade, rappelle ce fait fictif.

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Autre particularité de Meiringen: son nom serait à l’origine de la meringue, cette préparation sucrée à base d’œufs blancs battus en neige. L’inventeur de la recette aurait été le confiseur italien Gasparini. L’ayant composée sur place, il se serait inspiré des neiges alentour pour lui trouver un nom évocateur, légèrement modifié.

Or ce mot existe dans le français de France depuis la fin du XVIIe siècle. Un manuscrit de cette époque mentionne la meringue comme «une pastille de blancs d’œufs battus, de sucre, de fleurs d’oranger, et de musc et d’ambre. Mais certains les lexicographes affirment que le mot procède du polonais marzynka – là encore une gourmandise.
Qui croire?

31/08/2007

Adoptez un fureton!

 

Il est un peu l’Arsène Lupin de la famille des mustélidés, car c’est le plus charmant des voleurs: le mot furet vient du latin fur, furis, larron, détrousseur. En fait, cette espèce de putois au pelage blanc et aux yeux rouges d’albinos (et il sent moins mauvais que son cousin) est surtout un débusqueur. Il n’a pas son pareil pour débucher les lièvres de leurs terriers, flairer le passage du raton laveur, ou s’insinuer dans les galeries secrètes d’une forêt pour guetter les rongeurs les plus furtifs. Il traque les rats dans les fermes et sur les navires. Plus récemment, dans l’industrie, il permet d’introduire des fils dans de longs tuyaux.
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Pour ces diverses raisons, le furet est domestiqué depuis l’Antiquité. Il a appris à devenir un excellent compagnon de chasse. Lors de grands exercices de vénerie au XVIIIe siècle, sa silhouette fuselée, sa vélocité aérienne firent tellement sensation chez les enfants de la noblesse de France qu’on composa pour eux une ronde célèbre qui a survécu à l’aristocratie et s’entend encore dans les préaux:
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« Il court, il court, le furet; le furet du bois, Mesdames; il est passé par ici, il repassera par là, etc.»
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Cette chanson accompagnait un jeu de société où un joueur devait deviner dans les mains de quel autre se trouvait un anneau qu’on faisait glisser sur une corde sans fin.
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Sur les tapis verts, il a donné son nom à un jeu qui consiste à se défausser d’une carte pernicieuse (le Furet justement) en la refilant à son voisin. Son dernier possesseur a perdu.
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Or, en gouguelisant sur les aventures de cette fascinante bestiole, on tombe sur des sites qui nous apprennent que le furet se fait maintenant domestiquer comme un chat de salon! Sa nature de prédateur de lapins a quelque peu diminué depuis le temps, en raison d’élevages sélectifs. Les furets sont devenus plus dociles, et il y en a plus de sept millions qui ont été adoptés aux Etats-Unis.
Et tant pis pour eux s’ils sont privés de l’air euphorisant des sous-bois: les nouvelles excentricités à la mode ne s’embarrassent pas de détails éthologiques.
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Il faut adopter le furet quand il est bébé, quand il est encore fureton… Suivent des conseils très précis pour l’acclimatation du petit chéri à un environnement humain. Je cite:
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« L'adaptation à un membre d'une espèce différente est plus difficile du fait de signaux interprétés différemment. L'exemple classique, c'est les balancements de queue chez le chat et le chien. Dans le premier cas, il signifie l'agacement et dans l'autre une invitation au jeu ou l'expression d'une satisfaction. Mal interprétés par l'un ou l'autre, ces signaux peuvent engendrer une belle incompréhension si les deux espèces n'ont pas appris à reconnaître l'autre comme une espèce «amie». Il est donc important que le jeune furet apprenne à décoder les signaux émis par d'autres espèces et s'y adapte en renvoyant à son tour les signaux adéquats pour éviter le conflit.
Durant la période de socialisation, le fureton fait progressivement la distinction entre les espèces «amies» des espèces dont il devra se méfier ou celles qui pour lui sont des proies (rongeurs, lapins, cobayes…).
L'enfant humain doit être considéré comme une espèce différente de l'Homme puisque son comportement imprévisible, sa façon de se mouvoir particulière et ses vocalises stridentes intriguent voire inquiètent la plupart des animaux.
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De nombreux propriétaires de furet observent que tant que leur premier furet était seul, il ne «pensait» pas à se faufiler dans des endroits qu'il n'a découverts qu'après l'arrivée du second furet. Il s'agit là d'un apprentissage imitatif c’est-à-dire que la simple observation d'un congénère plus imaginatif ou plus habile suffit pour que ce comportement soit reproduit, sans en passer par la pratique directe. La simple présence d'un autre furet suffit donc à déclencher une réponse émotionnelle. On parle alors de «contagion comportementale» qui parfois permet l'acquisition d'une conduite par simple imitation. Il est cependant nécessaire que l'animal qui reproduit ces conduites par imitation s'identifie à son espèce et ait été suffisamment stimulé sans quoi il aura bien plus de mal à adapter son comportement en fonction des messages et signaux qu'il reçoit. Cet apprentissage vaut aussi pour la nourriture puisqu'on observe qu'un animal mange davantage s’il vit en groupe et qu'il apprend plus facilement à apprécier de nouvelles saveurs si d'autres y goûtent déjà.
Très jeunes, les furetons d'une même portée se stimulent entre eux et on comprendra aisément toute l'importance d'une séparation tardive (pas avant 7 semaines).»
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http://perso.orange.fr/jass/premiers-apprentissages.html

 

24/08/2007

Deux vieux dictons leysenouds

 

A Leysin, commune pourtant réputée pour son austérité calviniste, de vieilles traditions païennes perdurent, notamment par l’usage de dictons, un peu grivois, qu’on susurre encore en patois:

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«Kan la radze du tyu prè, la krète dè Dyu ne fé rè»:

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Quand la rage du cul prend, la crainte de Dieu ne fait rien.

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Moins leste, mais discourtois à l'égard des dames, cet adage qui veut mettre en garde les hommes contre leurs inconséquences:

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«Lé tchîvrè chinblon di damejalè, kan on lè vuêtè a la tsandêla»:

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Les chèvres ressemblent à des demoiselles, quand on les regarde à la chandelle…