15/08/2007

Un scoop raté: la naissance de Napoléon

 

Alexandre Vialatte, qui taquinait volontiers ses amis journalistes autant qu’il aimait se montrer irrévérencieux envers les grands hommes, avait reproché à notre profession de n’avoir pas signalé en son temps la naissance de Napoléon Bonaparte, en 1769, à Ajaccio…

.

Le futur empereur et dictateur y vit le jour un 15 août, comme aujourd’hui, dans une maison qui se dresse encore à l’angle des rues Saint-Charles et Letitzia, ainsi rebaptisée en l’honneur de sa mère.

.

Née Ramolino, celle-ci épousa en 1764 Charles-Marie Bonaparte, qui avait reçu ces murs du XVIIe par héritage. Sept de leurs enfants y naîtront: Napoléon, Lucien, Louis, Jérôme, Elisa, Pauline et Caroline. Seul l’aîné Joseph, futur roi d’Espagne, naquit à Corte.

.

Devenue veuve en 1785, Letizia continua d'y élever cette nombreuse progéniture. Suite à un exil sur le continent de 1793 à 1796 dû au ralliement de la famille à la République, elle rentra à Ajaccio fin 1796 et procéda à des travaux d'agrandissement et de remeublement de la maison qui avait été pillée par les troupes paolistes. Letizia quitta pour toujours sa demeure d'Ajaccio en juillet 1799.

.

Le général Bonaparte y passa quelques semaines à son retour d'Egypte en 1799. Il ne devait plus revenir dans son pays natal. Mais, comme si son destin était lié aux îles, il mourut comme on sait dans celle de Sainte-Hélène (image), en 1821.

.
Dans son Voyage en Corse, Gustave Flaubert écrivit en 1840:
.

 

«Il y a à Ajaccio une maison que les hommes qui naîtront viendront voir en pèlerinage; on sera heureux d’en toucher les pierres, on en gravira dans dix siècles les marches en ruine, et on cueillera dans des cassolettes le bois pourri des tilleuls qui fleurissent encore devant la porte, et, émus de sa grande ombre, comme si nous voyons la maison d’Alexandre, on se dira: c’est pourtant là que l’Empereur est né!»

 

10/08/2007

Les saxifrages du Jura vaudois

 

En lisant mardi, en dernière page de 24 Heures, l’étape Sion-Sanetsch de l’emballante série estivale de mes collègues Céline Fontannaz et Michel Rime sur la frontière des röstis, je me suis attardé sur leur description de la saxifrage des Alpes. Et je me suis souvenu de deux autres fleurs du même nom, mais qui, elles, sont de sang jurassien.

Je reproduis ci-dessous quelques notes personnelles. Je les ai glanées lors d’une promenade récente entre L’Isle et La Sarraz, au cours de laquelle j’ai fait la connaissance de cette mystérieuse herbacée des murets (qu’on dit si souveraine contre les calculs rénaux), de ses variantes, ainsi que d’autres joyaux botaniques de nos réserves jurassiques:

.

Quittons le château de l’Isle en remontant à pied la Venoge jusqu’à ses sources, à 700 mètres au-dessus du village. Franchi le pré de Chardève et le cours de la Chergeaule, nous atteignons la réserve naturelle et archéologique de Châtel-Arrufens, qui appartient à la commune de Montricher: aux environs d’un oppidum qui date de l’âge de bronze moyen (1500 avant J.-C.), on y conserve sur la crête et dans des pâturages maigres typiques, qui alternent avec des pâturages gras, la myrtille, l’airelle et la saxifrage à feuilles rondes. C’est le refuge de la chouette de Tengmalm, du bec-croisé, du chamois, du chevreuil et de la martre.
.
Créé en 1973, par une douzaine de communes du canton, dont celle de Lausanne, le Parc jurassien vaudois regroupe quelque 75 km2 de nature sauvage entre le col de la Givrine et celui du Marchairuz: marais et pâturages exploités selon la tradition, parcours didactiques jalonnés de fourmilières à étages et à galeries, de spécimens de roche sédimentaire jurassique.
.
 Au départ du Marchairuz, un sentier botanique long de 15 km, très prisé, nous conduira jusqu’aux Amburnex. Une réserve qui rassemble des zones de hauts marais et de bas marais d’importance nationale. Ici une autre saxifrage est à l’honneur: la saxifraga hirculus, soit la saxifrage œil-de-bouc, ou dorée, pour le sauvetage de laquelle un programme est scrupuleusement mené conjointement par le Musée botanique du Palais de Rumine, dans la capitale, et les services cantonaux de la conservation de la nature. Cette plante a un statut de relique postglaciaire. Répartie généralement dans les zones arctiques, elle devient de plus en plus rare en France, en Allemagne et en Europe centrale. C’est, miraculeusement, dans la station des Amburnex qu’elle semble reprendre goût à la survie…
.
Entre Ferreyres et Croy, la réserve du Bois de Chênes, à Echilly, constitue aussi une zone protégée d’importance, pour ses essences variées et entremêlées: le charme et le buis, le tilleul, le foyard, le pin d’Autriche, mais surtout le chêne pubescent aux petites feuilles lobées qui semblent avoir été découpées par des mains d’enfant.
.
A l’instar de toute chênaie authentique, elle attire le geai, mais aussi le bruant jaune. Jusqu’au mitan des années septante, les ornithologues les plus mystiques s’y campaient aux aurores pour entendre le chant ronronnant de l’engoulevent. Hélas, depuis, l’oiseau crépusculaire a fui pour des horizons encore moins habités par l’homme. Et sans espoir de retour.
.
Gilbert Salem

08/08/2007

L'esplanade de Montbenon

C'est un des plus beaux belvédères de la capitale vaudoise, et non seulement pour son panorama qui bascule entre Léman et Cité. Sa végétation est remarquablement domestiquée: pelouse en cascade, essences majestueuses, platebandes à floraisons saisonnières. Et depuis douze ans, le parc sert d’écrin à d’intéressants spécimens de la sculpture contemporaine(sur l’image: des statues féminines en résine d’Ivo Soldini)
.
Au mitan des années cinquante, les mères de famille y faisaient courir leur marmaille, puis tricotaient en babillant aux abords d’un étang artificiel peuplé de cygnes, et que surplombait une grotte tout à fait romantique. Sur un kiosque à musique, on donnait un concert chaque dimanche. Lausannois et Lausannoises dansaient alors volontiers en plein air.
.
Depuis, le décor s’est modifié: la caverne (qui avait été édifiée en 1886 en même temps que le Palais de Justice) fut supprimée, la mare fut remplacée par un modeste bassin.
.
La chapelle et la statue dédiées à Guillaume Tell sont toujours là – elles avaient été offertes à notre ville par le mécène parisien Ifla Osiris au début du XXe siècle. Quant au Casino, qui abrite aujourd’hui la Cinémathèque Suisse, il s’était un temps appelé le Casino des Etrangers avant d’être racheté par la commune en 1912.
.
L’esplanade de Montbenon avait été créée en 1345 pour devenir la place d’armes de Lausanne: tirs d’arquebuse ou d’arbalète, revues militaires, etc.
.
Elle aurait d’abord porté le nom de Montà Benno - référence à quelque propriétaire terrien. Mais certains toponymistes optent pour une étymologie beaucoup plus ancienne: en celtique benn signifie sommet, promontoire...