08/06/2007

Un week-end archéologique

Archéologie Suisse a porté son choix sur le Vieux-Fribourg pour fêter son centenaire demain, samedi 9 juin, et dimanche 10. Cette association supracantonale (jusqu’en 2005 Société suisse de préhistoire et d’archéologie) compte plus de 2000 membres, pour la plupart des amateurs, qui viennent de toutes les régions du pays.

Le choix de Fribourg était une idée lumineuse: cette splendide cité nuithonienne, et lotharingienne, donc éminemment européenne, est le décor théâtral approprié pour rassembler tous les «piocheurs minutieux» de notre mémoire nationale: remparts qui n’ont pas été reconstruits, église des Cordeliers, fontaines qui glougloutent comme au Moyen âge, maisons anciennes, et bien sûr la cathédrale Saint-Nicolas, dont une visite commentée a été prévue ce week-end. Moins majestueuse, impériale, que celle de Lausanne, elle est plus émouvante avec son style gothique rayonnant et son escalier en vis de 365 marches.

La manifestation prendra le nom d’ArCHeofestival. Son but est d’expliquer à un public divers que la fascination d’un archéologue pour son métier ne se résume pas à respirer de la poussière, mais qu’elle lui permet de lancer des défis sur la compréhension de la modernité, et de tirer des plans plus intelligents, et utiles, sur les comètes du futur.

La profession d’archéologue fait appel à des moyens divers, qui vont du bulldozer au scalpel et à la petite brosse. Il ne s'agit pas seulement de recueillir des objets, mais surtout d'observer le sol archéologique, en tenant compte d'accidents qui ont, ici ou là, bouleversé le terrain, de comprendre les rapports éventuels des objets entre eux, et de repérer toute forme de traces, que ce soient celles qu'a laissées un pied humain, un outil disparu ou un repas à l'emplacement d'un foyer.

Sont prévus des présentations de sculptures interactives, une démonstration de la vie au camp légionnaire et de l’art guerrier romain, une initiation à l’artisanat métallurgique préhistorique, une projection de courts métrages sur la prospection subaquatique, des animations pour enfants, etc.

Consulter le site: http://www.archeofestival.ch

01/06/2007

Cimetières pour chiens

Depuis six ans, les propriétaires de chiens ou chats de la région lausannoise peuvent déposer les cendres de leurs compagnons dans un jardin du souvenir idoine. Entretenu par la SPA, il se trouve dans le cadre du beau refuge de Saint-Catherine.

Plus près du lac, à Ouchy, un authentique cimetière pour chiens de luxe avait été aménagé déjà en 1885, à flanc de coteau, dans le parc de l’Hôtel Beau-Rivage. Une curiosité de la ville qui est indiquée dans quelques guides touristiques. Le tertre est plutôt discret, couvert d’une cinquantaine de plaques tumulaires tombales canines, en grès, en marbre, en stuc. Le résident le plus prestigieux est le chien de la reine des couturières: Coco Chanel  - qui, elle, repose comme on sait à Bois-de-Vaux.

Toutefois, c’est un cimetière animalier un chouia moins ancien, mais plus célèbre, et surtout plus grandiose, que je voudrais évoquer aujourd’hui. C’est celui d’Asnières, à la périphérie ouest de Paris. Situé dans l'une des plus jolies îles de la Seine, autrefois appelée l'île des Ravageurs, célèbre par des drames, des crimes mystérieux, des duels de malfrats dont les romans d'Eugène Sue perpétuent la légende, il a été ouvert en 1899 à l’instigation de Marguerite Durand, une femme exceptionnelle.

Comédienne et journaliste, féministe de haut vol, «la» Durand (comme on dit «la» Callas) vouait aux animaux une passion exacerbée et baroque - au point de nourrir, dans le jardin de son hôtel particulier du XVIIe arrondissement, une lionne baptisée "Tigre"...

Très visité, fleuri par toute saison, le cimetière d’Asnières est aujourd’hui jonché de quelque 20 000 sépultures surtout canines et félines. Y dorment aussi singes, perroquets, merles des Indes, fauves et chevaux.

De grandes personnalités parisiennes y ont inhumé leur confident épagneul ou leur chatte-muse: Edmond Rostand, Courteline, Sacha Guitry, Léon Daudet, Saint-Saëns, etc.

Enfin, c’est là que reposent des chiens valeureux, qui s’illustrèrent aux côtés des poilus de la guerre 14-18, le saint-bernard Barry (1800-1814, image), qui sauva quarante personnes, dont un enfant qu’il ramena à l’Hospice après l’avoir hissé sur son dos.

Et même Rintintin, vedette d’un feuilleton américain qui fit la joie des gosses de ma génération.

30/05/2007

Poésie vestimentaire

Broussetou, ou broustou, de l’allemand Brusttuch. C’était au XIXe siècle, un vêtement d’homme très courant dans le Pays de Vaud: un gilet de laine ou de flanelle, avec des manches et deux rangs de boutons.

Le conteur montreusien Eugène Rambert (1830-1886), lui a dédié un poème: «Du vigneron vaudois je porte le costume, Cet ample broussetou, chaud comme une toison, Ce tricot roux et brun, fait selon la coutume, De laine de brebis filée à la maison. C’est là le vêtement que j’endosse en ma chambre; Ainsi que l’almanach, il indique le temps: De boutons en boutons, il se ferme en novembre, Et s’ouvre avec la rose au souffle du printemps… Rien qu’à considérer sa laine nuancée, Ici d’un roux plus brun, là d’un fauve plus clair, L’image du pays flotte dans ma pensée Comme aux brises du soir flotte un parfum dans l’air.» («L’habit du poète», écrit à Zurich vers 1880)