31/10/2010

Le créateur du Robert repose au Bois-de-Vaux

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Il naît le 29 octobre 1910 à Orléansville - aujourd’hui Chlef -, dans une famille nombreuse, implantée en Algérie depuis 60 ans, et dont il est le benjamin choyé. Son père, Joseph Robert, est un notable influent: il possède une vaste exploitation agrumicole et assume des charges électives au sein d’une assemblée défendant les intérêts financiers des Pieds-Noirs français. Elève doué, Paul Robert s’engage d’emblée dans le sillage paternel, s’initiant à l’agriculture, à la politique, s’orientant vers des études de droit et d’économie qui seront couronnées, en 1939, par une thèse de doctorat sur «les agrumes dans le monde». Or qui l’eût cru? ce fils modèle, promis à un avenir entrepreneurial où l’écriture comptable prédomine; et qui se fait mobiliser dans l’armée au service du Chiffre (entendez le contre-espionnage) deviendra, à partir de 1950, un des plus éminents hommes de lettres de l’histoire de la langue française. Soixante ans après la parution d’une première version fragmentée de ce qui deviendra le «Grand Dictionnaire alphabétique et analogique», alias le Grand Robert, et cent ans après la naissance de son créateur, la France honore cette année son lexicographe le plus illustre, après Messieurs Littré et Larousse.

Le canton de Vaud sera aux premières loges de la fête hexagonale: les archives personnelles du grand homme ont été confiées en 1997, via une fondation en voie de dissolution*, par seconde épouse Wanda Robert, née Duda Ostrowska, établie à Lausanne depuis 1982, à la Bibliothèque cantonale et universitaire. La dépouille de son mari, mort en 1980 à Mougins, dans les Alpes-Maritimes, repose depuis son rapatriement dans le secteur 9 du cimetière du Bois-de-Vaux. Il passait souvent par Lausanne, car il aimait s’adonner à ses jongleries philologiques et paperassières dans l’air tonique de Crans-sur-Sierre, où il séjournait quatre mois l’an.

 

Durant son service militaire, entre 1936 et 1939, Paul Robert avait conçu un manuel de cryptographie structuré déjà comme un dictionnaire! Echappant au régime de Pétain en 1941 pour se réfugier dans sa terre natale, et pour se vouer dorénavant à la reviviscence de sa langue maternelle, devenue celle d’une patrie meurtrie, c’est à Alger, puis au Maroc, qu’il ébaucha son œuvre future, secondé par une petite équipe d’érudits fervents. (Parmi eux, un certain Alain Rey, l’actuel brillant et très médiatique patron des nombreuses publications du Robert). La guerre finie, Paris redevient joignable. En dépit de problèmes financiers, et avec des moyens sommaires – entendez sans photocopieuses, sans imprimantes, sans ordi… – cette cellule de passionnés parviendra à séduire, d’abord par de modestes fascicules, les plus illustres ténors de l’Académie française. A les rallier à un nouveau dynamisme lexical: celui du regroupement systématique des mots selon les notions et les idées. Bref, à un dico tout en même temps alphabétique et analogique (lire encadré).

Le Grand Robert en 7 volumes paraîtra pour la première fois en 1952. Le Petit Robert des mots, plus populaire, dès 1967. Et celui, en images et couleurs, des Noms propres dès 1974.

 

http://www2.unil.ch/paulrobert

 

 

www.paul-robert.net

 

  

 

 

Les rouages d’une méthode

 

 

 

Dans ses Mémoires, en deux tomes, publiés en 1979 et 1980, Paul Robert égrène les diverses étapes qui l’ont conduit à révolutionner la lexicographie:

«Les dictionnaires, toujours placés à portée de ma main, […] m'étaient, trop souvent, d'un piètre recours. Ils m'aidaient bien à lever quelques hésitations sur l'emploi correct d'un mot ou d'une locution, mais quant à fournir le terme précis qui échappait à ma mémoire ou à ma connaissance, il ne fallait guère y compter."

»L'idée de mon futur dictionnaire commençait à cheminer en moi, à mon insu, dès ce moment, je compulsais fréquemment le vieux Littré et les six volumes du Larousse du XXe siècle, mais je n'y trouvais généralement pas ce que j'y cherchais: les associations des mots les uns avec les autres… C'est de cette époque que datent mes premiers essais de classement des mots par association d'idées, autour de quelques thèmes."

»Je ressens le besoin d'un dictionnaire qui par analogie permettrait de regrouper les mots selon les notions et les idées.

»L'idée du dictionnaire chemine: je commence à ranger en colonnes les termes relatifs à l'action de regarder, de voir, à l'action d'écouter, d'entendre. "

»La source principale des associations d'idées réside dans la définition des mots. Partant de cette idée élémentaire, je m'aperçois qu'il suffirait de dépouiller les dictionnaires de A à Z et de procéder à des transferts de mots ou d'expressions d'article en article."

 

Le créateur du Robert repose au Bois-de-Vaux

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Il naît le 29 octobre 1910 à Orléansville - aujourd’hui Chlef -, dans une famille nombreuse, implantée en Algérie depuis 60 ans, et dont il est le benjamin choyé. Son père, Joseph Robert, est un notable influent: il possède une vaste exploitation agrumicole et assume des charges électives au sein d’une assemblée défendant les intérêts financiers des Pieds-Noirs français. Elève doué, Paul Robert s’engage d’emblée dans le sillage paternel, s’initiant à l’agriculture, à la politique, s’orientant vers des études de droit et d’économie qui seront couronnées, en 1939, par une thèse de doctorat sur «les agrumes dans le monde». Or qui l’eût cru? ce fils modèle, promis à un avenir entrepreneurial où l’écriture comptable prédomine; et qui se fait mobiliser dans l’armée au service du Chiffre (entendez le contre-espionnage) deviendra, à partir de 1950, un des plus éminents hommes de lettres de l’histoire de la langue française. Soixante ans après la parution d’une première version fragmentée de ce qui deviendra le «Grand Dictionnaire alphabétique et analogique», alias le Grand Robert, et cent ans après la naissance de son créateur, la France honore cette année son lexicographe le plus illustre, après Messieurs Littré et Larousse.

Le canton de Vaud sera aux premières loges de la fête hexagonale: les archives personnelles du grand homme ont été confiées en 1997, via une fondation en voie de dissolution*, par seconde épouse Wanda Robert, née Duda Ostrowska, établie à Lausanne depuis 1982, à la Bibliothèque cantonale et universitaire. La dépouille de son mari, mort en 1980 à Mougins, dans les Alpes-Maritimes, repose depuis son rapatriement dans le secteur 9 du cimetière du Bois-de-Vaux. Il passait souvent par Lausanne, car il aimait s’adonner à ses jongleries philologiques et paperassières dans l’air tonique de Crans-sur-Sierre, où il séjournait quatre mois l’an.

 

Durant son service militaire, entre 1936 et 1939, Paul Robert avait conçu un manuel de cryptographie structuré déjà comme un dictionnaire! Echappant au régime de Pétain en 1941 pour se réfugier dans sa terre natale, et pour se vouer dorénavant à la reviviscence de sa langue maternelle, devenue celle d’une patrie meurtrie, c’est à Alger, puis au Maroc, qu’il ébaucha son œuvre future, secondé par une petite équipe d’érudits fervents. (Parmi eux, un certain Alain Rey, l’actuel brillant et très médiatique patron des nombreuses publications du Robert). La guerre finie, Paris redevient joignable. En dépit de problèmes financiers, et avec des moyens sommaires – entendez sans photocopieuses, sans imprimantes, sans ordi… – cette cellule de passionnés parviendra à séduire, d’abord par de modestes fascicules, les plus illustres ténors de l’Académie française. A les rallier à un nouveau dynamisme lexical: celui du regroupement systématique des mots selon les notions et les idées. Bref, à un dico tout en même temps alphabétique et analogique (lire encadré).

Le Grand Robert en 7 volumes paraîtra pour la première fois en 1952. Le Petit Robert des mots, plus populaire, dès 1967. Et celui, en images et couleurs, des Noms propres dès 1974.

 

http://www2.unil.ch/paulrobert

 

 

www.paul-robert.net

 

  

 

 

Les rouages d’une méthode

 

 

 

Dans ses Mémoires, en deux tomes, publiés en 1979 et 1980, Paul Robert égrène les diverses étapes qui l’ont conduit à révolutionner la lexicographie:

«Les dictionnaires, toujours placés à portée de ma main, […] m'étaient, trop souvent, d'un piètre recours. Ils m'aidaient bien à lever quelques hésitations sur l'emploi correct d'un mot ou d'une locution, mais quant à fournir le terme précis qui échappait à ma mémoire ou à ma connaissance, il ne fallait guère y compter."

»L'idée de mon futur dictionnaire commençait à cheminer en moi, à mon insu, dès ce moment, je compulsais fréquemment le vieux Littré et les six volumes du Larousse du XXe siècle, mais je n'y trouvais généralement pas ce que j'y cherchais: les associations des mots les uns avec les autres… C'est de cette époque que datent mes premiers essais de classement des mots par association d'idées, autour de quelques thèmes."

»Je ressens le besoin d'un dictionnaire qui par analogie permettrait de regrouper les mots selon les notions et les idées.

»L'idée du dictionnaire chemine: je commence à ranger en colonnes les termes relatifs à l'action de regarder, de voir, à l'action d'écouter, d'entendre. "

»La source principale des associations d'idées réside dans la définition des mots. Partant de cette idée élémentaire, je m'aperçois qu'il suffirait de dépouiller les dictionnaires de A à Z et de procéder à des transferts de mots ou d'expressions d'article en article."

 

01/10/2010

Saint-Paul, une paroisse qui brasse les ethnies

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Le 9 janvier 1910, le pasteur Jules Savary préside la cérémonie de dédicace d’une église protestante flambant neuve. Sise au 41 de l’avenue de France, elle va servir de relais occidental au temple, bien plus ancien (reconstruit en 1717) de Saint-Laurent, et le désencombrer de ses fidèles du centre-ville, qui affluent chaque dimanche plus nombreux. Lausanne est alors peuplée de 50 000 âmes (aujourd’hui elle en a plus de 130 000). L’Eglise nationale n’y est encore représentée que par une seule paroisse, scindée en quatre sections possédant chacune son lieu de culte: la Cathédrale, Saint-François, La Croix-d’Ouchy et Saint-Laurent justement. Le 10 mars 1910, elles deviennent des paroisses à part entière, en même temps que le temple de Chailly-Village et la nouvelle église Saint-Paul.

La «section» qu’elle doit desservir regroupe alors les Bergières, le complexe prestigieux de l’Asile des Aveugles (actuellement Hôpital ophtalmique Jules-Gonin), le Maupas et Valency, avec sa promenade en lacets. Soit une agglomération de 9000 fidèles - 2000 familles vivant dans 500 maisons. Autant qu’Yverdon, la deuxième ville du canton… Son bâtiment en maçonnerie apparente et en baies néogothiques a été érigé sur une parcelle de 1000 m2 par les architectes Charles Mauerhofer et Adrien Van Dorsser, en contre-haut des dernières vignes de l’avenue d’Echallens. La patine des âges lui conférera une silhouette de bon vieux chien. En 1923, elle s’enrichit d’un premier orgue. Manufacturé par les facteurs zurichois Kuhn, de Maennedorf, il sera avantageusement remplacé en 1986 par un buffet imposant à tourelles d’orgues Felsberg, sur lesquelles joueront des interprètes de pointure internationale. Suivra une période de déclin (faute de subventions) qui perdure: «En moyenne, cet orgue ne sonne publiquement que deux heures par mois», s’insurge son titulaire Pierre-Alain Clerc dans une brochure parue en août 2010 pour commémorer le centenaire de la paroisse.

On y lit aussi, sous la griffe brillante de Jean-Bernard Racine, l’évolution urbanistique et sociologique de la section Maupas-Valency, cette excroissance occidentale du cœur de la capitale vaudoise. Un patchwork suburbain remodelé par l’histoire qui deviendra un laboratoire de métissage ethnique. Pourquoi faire une église? s’interroge le prof de l’UNIL. «Pour créer du lien!» A l’orée du XXIe siècle, cette multiethnicité s’innervera de questions d’appartenance religieuse, de rattachements spirituels. Les 32 successeurs du pasteur Jules Savary s’évertueront à y répondre. Notamment en accueillant, il y a 30 ans, la première communauté évangélique réformée vietnamienne de Suisse, qui partage encore les locaux de l’avenue de France.

En 1980, le pasteur Nguyen Cong Huan y trouve, avec sa famille, la plus accommodante des hospitalités, car d’entrée on l’autorise aussi à poursuivre son ministère. Il a été une victime des persécutions des communistes du nord de son pays, après la chute de Saigon et l’exode en navigation de fortune de 1975 qu’on appelle la tragédie des boat people. Jusqu’à son décès, en mai 2009, il s’efforcera (hélas sans grand succès) de rassembler dans la prière ses compatriotes, de confession protestante ou non, dans ce sanctuaire dédié à Paul de Tarse, l’apôtre posthume du Christ. L’auteur des Epîtres avait, lui aussi, affronté les grands périls de la mer.

www.100ans-st-paul-lausanne.ch

 

Les 175 ans du Valentin, un fief apostolique

 

Le 11 septembre passé, un jour avant la commémoration du centenaire de Saint-Paul- Bergières, les catholiques d’un quartier limitrophe célébrèrent les 175 ans de l’église du Valentin - lire 24 heures du 13 courant. Elevée, en 1992, par Jean-Paul II au rang de basilique, elle est le plus ample sanctuaire catholique de la capitale vaudoise.

Longtemps interdite par le régime bernois, la messe se célébrait en cachette, jusqu’au jour où l’Indépendance vaudoise allégea les contraintes confessionnelles. Une Française en exil, Marie-Eléonore d’Olcah, en profita pour léguer une part de ses biens à l’édification d’une église romaine «convenable» à Lausanne. En 1828, le Conseil d’Etat vaudois respecta ses vœux, confiant le projet à l’architecte Henri Perregaux qui fut relayé, un siècle plus tard, par Fernand Dumas. A cette époque (1934) fut réalisée la fresque du chœur, œuvre puissante du peintre futuriste italien Gino Severini. Rappelons qu’une loi vaudoise de 1810 ayant interdit aux catholiques de construire des lieux de culte trop visibles, le Valentin ne se dota d’un clocher qu’en 1932, après un assouplissement de celle-ci.