08/06/2008

Rosalie, Annemarie et les pèlerinages de Liszt

1974291977.jpgL’Eurofoot 2008 et ses petits drapeaux patriotiques n’enflamment pas que les esprits, il diapre de couleurs vives même nos champs et les bordures de nos autoroutes! Mon confrère, ami - et tout nouveau coblogueur - Philippe Dubath en a fourni la preuve dans l’édition de 24 heures de samedi. Sa chronique para-sportive et poétique s’agrémente d’une photo  qu’il a prise depuis sa Deux-chevaux mascotte: un pré vert-jaune diapré de milliers de coquelicots rouges! Il ne leur manque qu’une petite croix blanche poinçonnée à la corolle.

Mais si longer les bandes d’arrêt d’urgence à pied, et sous les pluies déloyales de juin, vous est malaisé, vous pourrez admirer les flammes écarlates du pavot cher à Baudelaire ailleurs que dans un cadre céréalier ordinaire.

En ville par exemple: j’ai vu de mes yeux le coquelicot fleurir à la sauvage au pied des marronniers de l’avenue de Rumine à Lausanne. Il est frêle et appétissant sur sa longue tige en volute. Et aucun badaud n’a osé le cueillir!

On le retrouvera d’une manière plus savante au Musée-jardin botanique de la même ville, et l’on sera frappé par la précision scientifique avec laquelle Mlle Rosalie Constant de Rebecque, une patricienne romande, l’a décrypté il y a deux siècles, en son herbier peint. L’exposition, qui durera jusqu’à l’automne, présente bien d’autres espèces végétales dessinées par cette cousine de l’auteur d’Adolphe. Et dont le talent fut apprécié par l’impératrice Joséphine. Un échantillon de 1250 aquarelles réalisées entre 1795 et 1832, qui mettent en relief aussi le feuillage à languettes du sorbier, les feuilles dodues et nervurées de la gentiane, le sabot-de-vénus chère à Corinna Bille, ou  les bulbes ovoïdes du lis avant son éclosion.

Jusqu’au 28 septembre. Musée et jardin botanique de Lausanne, place de Milan

La citation surprenante de la semaine

«Je sais qu’il n’existe pas de camps de concentration en Union soviétique et je considère le système pénitencier soviétique comme indiscutablement le plus souhaitable dans le mode entier.

Marie-Claude Vaillant-Couturier, députée communiste - précédemment déportée à Ravensbrück - au procès de David Rousset, en décembre 1950.

Le concert de la semaine

Ce dimanche 8 juin, dans le cadre du Festival Cully Classic, le jeune pianiste Christian Chamorel aborde avec la récitante Delphine Horst la Première Année de Pèlerinage de Franz Liszt.

Composé entre 1835 et 1837, ce recueil évoque le séjour et les promenades du maître hongrois en Suisse avec sa maîtresse Marie d’Agoult, où elle l’avait rejoint après avoir quitté son foyer. Liszt enseigna au Conservatoire de Genève pendant deux ans.  Mais la comtesse fut jugée volage par la bonne société genevoise, son mari et sa fille venant de décéder.

Elle partagea une passion orageuse avec le compositeur: ils eurent trois enfants, dont seule Cosima Liszt survécut - la future Madame Wagner.

www.cullyclassique.ch

Tiré du Dictionnaire amoureux des chats

1078050853.3.jpgQuelques locutions usuelles au Québec, dont Frédéric Vitoux ne donne hélas pas la traduction idiomatique. Mais pas difficile à deviner:

- «Payer en chat et en rat».

- «Avoir une mine de chat fâché.»

- «Etre propre comme l’écuelle du chat.»

- «Avoir un œil à la poêle et l’autre au chat.»

 - «Laisser aller le chat au fromage.»

- «Bailler le chat par les pattes.» (Dans la France du XVIIe siècle, on disait «présenter le chat par les pattes», à l’intention de ceux qui ne proposent une affaire que par l’endroit où elle offre le plus de difficultés.)

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Centenaire d’une mystérieuse baroudeuse

Plus haut, j’ai rendu hommage à une demoiselle Rosalie de la fin du Siècle des Lumières, qui devait être ronde comme une porcelaine de Sèvres ou de Dresde. Une disciple de Buffon et Rousseau, aux joues desquelles l’émotion devait venir aussi vite qu’elle mettait du fard à ses pétales peints. Une femme de sensibilité féminine absolue, qui étudiait la nature, le monde, en observatrice du détail infime. En exploratrice de l’infiniment petit. 

Après elle, je vous fais redécouvrir une femme très différente: Annemarie Schwarzenbach (1908-1942) était une grande jeune fille athlétique aux allures viriles qui préférait nettement l’infiniment grand, les espaces infinis: les expéditions périlleuses dans les Pyrénées, au cœur de l’Afrique noire, en Iran sous le mont Demavend, ou vers Afghanistan en compagnie chevauchante d’une Ella Maillart.

On la vit entretemps à Moscou, auprès de Klaus Mann, le brillant fils de Thomas, assistant à un congrès d’écrivains communistes et antinazis. On la revit en journaliste-reporter aux Etats-Unis à l’époque de la Grande dépression. Elle mourut d’une stupide chute de bicyclette le 15 novembre 1942 dans les Grisons.

La Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne consacrera, à partir du vendredi 13 juin, en l’Espace Arlaud, une belle remémoration de cette fille de riches bourgeois zurichois, qui leur tourna vite le dos. Afin de barouder comme elle le voulait: elle sillonna le monde comme elle voulait bien l’entendre. Tantôt en archéologue, en reporter-photographe, en épistolière, en traductrice. En écrivain surtout. Auteur de romans (Les amis de Bernhard), de nombreuses nouvelles, d’un journal de voyage (Hiver au Proche-Orient), de cycles de poèmes, et d’une correspondance abondante, échangée surtout avec le grand résistant français Claude Bourdet.

Voici un extrait du journal d’Annemarie Schwarzenbach:.

 

Chaque soir, je prends congé... et le matin me voici proche de l'inconnu. Passées, finies les aventures, mais il me reste mille réalités à subir. Je m'élance et me jette contre elles; j'aime, et je n'oublie rien. Derrière moi, des cèdres, des olivaies, des chansons, des colonnes, des voiles, des tentes. Et ces empreintes de sabots de cheval qu'ont laissées les peuples en marche. Plus encore, les  lointains! Ah! les lointains! Comme un cheval peureux, mon impatience risque un écart à droite, à gauche, et se rue toujours de l'avant. Combien il me coûte de nuits blanches avant de les atteindre!... Les chemins s'en vont, voilés comme des voies lactées. Le froid, la faim, la soif... j'ai ce que je voulais, et pas un lieu où reposer ma tête. Et pas une main qui prête secours!"

 (juillet 1935)

Dès le vendredi 13 juin, Espace Arlaud, Lausanne, www.unil.ch/bcu

01/06/2008

Une corbeille de pivoines pour Honegger et Auberson

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Elles ont inspiré tous les impressionnistes au temps où elles étaient aussi rares que les orchidées proustiennes - car récemment importées en Europe. Edouard Manet, qui les cultivait dans son domaine de Gennevilliers, sut rehausser encore leur carnation, et grande Colette les électrisa par sa plume sensorielle. Plus modestement, votre serviteur les célèbre souvent en son blog, fasciné qu’il est par leur élégance vieillotte, princière, nonchalante: écloses en mai, les pivoines sont des fleurs qui partout répandent déjà une atmosphère d’été. Dans les beaux jardins huppés à treillages de la campagne genevoise - où elles grimpent en berceau. Chez les maraîchers attalensois du marché du samedi, à Vevey. Ou même dans ce porte-bouquet à col évasé de notre rédaction de Pépinet à Lausanne, où quelquefois je donne à boire à des fleurs coupées que j’achète chez les marchandes de carottes de la rue du Pont.

La gerbe de pivoines que j’y ai mise mercredi était couronnée de petites boules grenat, presque noires. Le lendemain, elles s’étaient déjà prodigieusement épanouies, et on y dénombrait quatre fleurs supplémentaires jaillies de bourgeons cachés. Depuis, leur déhiscence embaume nos bureaux, et leurs corolles ont viré à une espèce de mauve rose thé, qui lui-même tournera à l’amarante quand elles seront fanées – tout en conservant leur parfum entêtant.

Desséchées, mes pivoines ressembleront à nos billets de vingt francs que certains usagers ont l’habitude de comprimer entre leurs doigts. En les dépliant, on tombera sur le front éclairé et le regard impétueux d’Arthur Honegger (1892-1955), un des plus grands musiciens suisses du XXe siècle. La dernière partie de cette chronique lui est consacrée.

La citation hors contexte de la semaine

«Le peuple sera toujours sot et barbare… Ce sont des bœufs auxquels il faut un joug, un aiguillon, du foin. Je veux que mes paysans croient qu’ils iront en enfer s’ils volent mon bois.».

C’est signé Voltaire.

Trois feux d’artifice pour Pascal

1851770095.jpgMercredi prochain 4 juin au Flon*, l’Association Icare organise une jolie petite fête amicale autour de notre beau chanteur-percussionniste-danseur et poète Pascal Auberson.

Histoire de marquer le lancement de son nouveau site internet Anartiste, peaufiné par Pierre-Yves Detrey, mais surtout la sortie suisse d’un best of réunissant en CD plus de 30 ans de carrière, ainsi que la parution du «songbook» Aubersong, en présence de l’éditeur du recueil Frédy Henry.

Aubersong est le résultat d’un travail minutieux de transcription. Il rassemble 33 chansons (textes et partitions) qu’Irène Hausamann et Gaspard Glaus sont parvenus à exhumer du grand capharnaüm des souvenirs de Pascal le bordélique.

En octobre dernier, l’artiste nous avait fait cet aveu croquignolet: «J’écrivais trop vite. Je jetais mes textes, mes notes, je ne gardais rien. A présent, grâce à ce livre et grâce à ces amis qui l’ont fait, je sais que la chanson reprend place au centre de mes préoccupations.»

* Espace Decker d’Auberson, 7, Côtes de Montbenon, à 17 h 30.

Noms de chats de personnes célèbres

Dans ma dernière chronique, j’ai présenté le nouvel ouvrage de Frédéric Vitoux sur les chats, dans la série des Dictionnaires amoureux*, et j’entends bien en exploiter les richesses durant quelques semaines pour enjoliver mes éphémérides.

Ce dimanche, je vous apprendrai que les chats de Victor Hugo avaient pour nom «Gavroche» et «Chanoine», ceux de Yehudi Menuhin «Hänsel» et «Gretel». Le chat de Louis XV s’appelait «Le Général» et celui du général de Gaulle, à Colombey, «Gris-Gris».

Leonor Fini, qui en avait peint par centaines, baptisait ses félins à poils longs «Mignapouf», «Beauty», «Musidore», et tutti quanti.

Celui de l’ancien président étasunien Jimmy Carter porte un nom à rallonge: «Misty Malanky Ying Yang»…

* Editions Plon/Fayard

Le protestantisme latin du «Roi Arthur»

114449610.jpgHier, samedi 31 mai, il y eut le coup d’envoi du 100e anniversaire du Théâtre du Jorat, à Mézières, ce chalet surdimensionné que les Joratois (mais aussi des amateurs de spectacles du monde entier) ont surnommé la Grange sublime. C’est dire l’importance de l’événement, et de l’endroit - les Vaudois sont légendairement avares d’expressions emphatiques. Or cette légende-là leur est particulièrement chère, tant à leur cœur qu’à leurs papilles: à l’issue de certaines représentations printanières, de charmantes paysannes aux bras roussis par les champs leur offrent des gâteaux à la crème, ou cette pâtisserie à la fois crémeuse et friable qu’on appelle des merveilles. Sa saveur vanillée - qu’il n’est pas interdit d’entrecouper d’un blanc sec - est une tradition locale très singulière qui se marie impunément aux répertoires de la littérature et de la grande musique.

Hier après midi, ils ont pu assister à un spectacle commémoratif et historique, écrit et mis en scène par Jean Chollet: M. René et le Roi Arthur*, raconte la genèse de ce «théâtre aux champs», réveillant avec malice l’époque où les paysans de la région (éperonnés par quelques pasteurs scandalisés) s’inquiétèrent d’y voir débarquer des gens qui avaient le théâtre pour vocation. Certes, Monsieur René Morax, l’auteur du livret du Roi David (juin 1921) avait de la distinction. En revanche, celui de la partition avait un air trop bohème avec ses cheveux en broussaille. Ses voitures de sport en jetaient un peu, mais son veston en cuir l’apparentait trop à ces «apaches» qui défrayaient alors la chronique des journaux venus de Paris.

Il s’agissait pourtant d’un artiste suisse autrement plus créateur et universel que Morax: Arthur Honegger (1892-1955), le compositeur non seulement du Roi David, mais de Jeanne au bûcher, sur un texte de Claudel (1935), de Pacific 231, Rugby, et d’innombrables autres œuvres admirables: oratorios, pièces symphoniques, concertos, ou psaumes. Dans le cadre du festival Cully-Classique*, une soirée a été prévue le samedi 7 juin sous le thème de «terre d’asile». A 20 h, salle Davel, l’excellent ensemble Sine Domine y jouera entre autres le Troisième Quatuor d’Arthur Honegger, pour deux violons, alto et contrebasse. Composé à Paris en 1937, une période où le musicien d’origine zurichoise né au Havre, sentait son palpitant palpiter à gauche, car tous ses amis écrivains et musiciens étaient grisés par les emballements du Front populaire.

Or dans cette pièce, dieu merci, on ne repérera aucun «accent idéologique», aucun tempo «révolutionnaire». Je suis sûr que l’archet intelligent de Patrick Genet saura en dévoiler les lignes de fond: une grâce mélodique toute française, héritée d’un Vincent d’Indy; un dépouillement protestant très noble et très beau - zwinglien. Et une lumière latine qui nimbe le tout – qui nous rappelle aussi que le personnage à figure rosâtre et lunaire des billets de vingt francs avait un tempérament sanguin.

* www.theatredujorat.ch et www.cullyclassique.ch

18/05/2008

Le pourpier, la cheftaine et les contempteurs de Balzac

1030279428.jpgJeudi passé, Terre et Nature nous a fait cadeau d’un gigantesque «calendrier de culture». Un encart dépliant où se déclinent, se conjuguent, se traitent et peuvent même se manger une trentaine de légumes qu’on n’achète pas ordinairement à la Migros ou à la Coop. Le poireau perpétuel, l’épinard Bon-Henri ou la tétragone cornue sont d’étranges bestioles végétales que vous aurez plus de chances de trouver chez un maraîcher doué de mémoire; dans le potager d’une mère-grand, sinon dans le potager historique du Musée national de Prangins.

Ce calendrier nous apprend que les feuilles de l’amarante sont comestibles comme des épinards. Que les coquerets (ou alkékenges) du physalis – vous savez, ces boules rouges évoquant des lanternes japonaises – se croquent comme des tomates cerise à l’apéro. On y découvre les vertus médicinales du pourpier, cette annuelle aux tiges rampantes que l’on élimine à tort comme une mauvaise herbe. Ses folioles, agréablement acidulées, se consomment en salade, dans une soupe, en omelette, en gratin. Elles regorgent de vitamines A et C; mais aussi de fer, de sodium, de potassium, de magnésium, d’antioxydants. Le pourpier (image du dessus) constitue un des éléments de base de l’alimentation des Crétois, dont la santé cardio-vasculaire est, dit-on, exemplaire. Et il prospère dans les vallons humides qui ravinent leur île antique et solaire.

A ASSENS, LES CINQ SENS… PLUS CELUI DE L’ART

 

Après avoir rêvé à la mythologie minoenne de la Crète tout en humant les planches potagères de Prangins, on quittera La Côte pour mettre le cap sur le Gros-de-Vaud. L’Espace culturel d’Assens a tracé, pour son 10e anniversaire, un parcours ingénieux qui comblera nos appétits olfactifs d’une manière moins didactique. Moins historique et mythologique. Mais plus naturelle; en relation surtout avec nos autres facultés sensorielles – l’ouïe, la vue, le toucher, etc. La plus sacrée d’entre toutes – celle qui nous fait aimer les arts – y est en honneur: une quarantaine de sculptures réalisées par des créateurs affluant de 13 cantons jalonnent un sentier balisé de 4 kilomètres et demi. Elles s’érigent dans les sous-bois et dans les champs, sur les rives du Talent, ou à l’intérieur des villages.

www.espace-culturel.ch

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LE STABAT MATER, LE RAUSIS ET LA FETE-DIEU

On annonce deux édifiantes soirées musicales, les 21 et 22 mai, en la cathédrale de Lausanne. Henri Klopfenstein y dirigera à 20 h 30 l’ensemble vocal Horizons, le Chœur de l’Abbatiale de Romainmôtier, le ténor Valerio Contaldo et le baryton David-Alexandre Borloz.

Beaucoup de monde s’est d’ores et déjà inscrit, mais surtout pour la seconde partie du concert: elle est dévolue à Puccini et à sa Messa di Gloria - toute légère, gracieuse et vanillée. Je crois que la première partie sera plus intéressante, car on y entendra le Stabat Mater de Verdi, une des quatre pièces sacrées (Quattro Pezzi Sacri) qu’il écrivit deux ans avant sa mort en 1900, et qu’on joue rarement en public.

Pour rappel, le Stabat Mater est une hymne chrétienne qui évoque les souffrances de Marie au pied de la croix (Stabat Mater dolorosa = «debout la mère des douleurs»). Elle a été mise en musique par de nombreux compositeurs, dont Palestrina, Scarlatti, Haydn, Rossini, Schubert, Dvorák, et bien entendu Pergolèse.

Le 22 mai, c’est le jeudi de la Fête-Dieu, celle du Saint-Sacrement, instituée en 1264 par Urbain IV pour honorer la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie. Elle est restée, comme on sait, très populaire en Valais. Mon ami Daniel Rausis la célébrera tout seul, et à sa façon, à Martigny, rue de l’Ancienne-Pointe. Une performance durant laquelle le théologien-humoriste d’Espace 2 et la Première prononcera «une conférence citoyenne affirmant un credo politique». (21 h.)


 

FEMINISATION DES NOMS DE PROFESSION

C’est déjà un vieux serpent de mer, mais il m’exaspère et me met souvent aux prises avec des amies qui me savent féministe autant qu’elles. Je parle de la graphie du mot cheffe, dont l’usage en Romandie se régularise dans les actes administratifs et les journaux. Je la trouve particulièrement disgracieuse, lui préférant celle de chef. Oui, même au féminin: on dit bien une nef d’église, alors pourquoi pas une chef de bureau, une chef de projet, une chef de département fédéral?

Aux forcenées de la féminisation des noms de profession, un puriste avait naguère suggéré le recours à cheftaine, un terme homologué par nos dictionnaires depuis 1916. Mais elles regimbèrent parce qu’il faisait «trop scout» (scoute), comme si cette connotation avait quelque chose de dégradant.

Ou comme si cheftaine était une contraction triviale de chef et turlutaine

Il n’en est rien. Ce mot nous est venu de l’anglais chieftain au début du siècle passé, effectivement avec la vague du mouvement scout créé par Robert Baden-Powell en 1908, mais il est une déformation du français médiéval chevetaine, soit capitaine de croisés. Or sous Philippe-Auguste, Richard-Cœur-de-Lion et Saint-Louis, on parlait d’un chevetaine…

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BALZAC CHEZ SES CONTEMPORAINS

C’est un 20 mai, comme mardi, qu’Honoré de Balzac naquit à Tours en 1799, après avoir laissé une œuvre colossale et tentaculaire, dont on n’a pas fini de décoder les enchevêtrements sociopsychologiques, mais qui en son temps irrita, car l’homme était impertinent, terriblement imbu de sa supériorité. En 1840, Sainte-Beuve écrivait: «Il a tout l’air d’être occupé à finir comme il a commencé… par cent volumes que personne ne lira.» Et Louis Reybaud: «Un des plus grands défauts de M. de Balzac, c’est de s’être créé un monde imaginaire, qu’il a pris au sérieux et qu’il s’obstine à considérer comme réel… La vogue qui l’a soutenu déjà le délaisse.»

Dix-neuf ans après la mort de Balzac, Pierre Larousse notait dans le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, «il peut être taxé hautement et très justement d’immoralité. C’est là un des caractères généraux des œuvres de Balzac qui sont, quoi qu’en disent ses enthousiastes, une lecture malsaine et corruptrice».

Et Gustave Flaubert, en 1852: «Quel homme aurait été Balzac s’il eût su écrire!»