30/03/2008

Blogs nouveaux, papiers d’orange et érotismes

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Lablogosphère de 24 heures ressemble depuis cinq jours à une nouvelle planète. Des cybernéticiens débarqués du futur lui ont injecté de nouvelles forces micro-électronico-tonifiantes. Quelque chose de beaucoup régénérateur que le Botox. Des usagers en ont été tracassés, et moi, leur amphitryon, le blogueur qui depuis huit mois tourne la manivelle, j’ai d’abord été épouvanté: amateur de fête foraine, la seule auto que je savais conduire était une petite Simca décapotable de carrousel, et voilà qu’on me mettait aux commandes d’une Ferrari F-40, une vraie! Mais bon, elle est plus crédible, fiable, confortable, et tout finit par s’apprendre…

La légende d’un emballage fruitier

J’apprends aussi par le Mudac, le beau musée lausannois du design, que le fragile papier qui sert à emballer les agrumes est en voie de disparition - à l’instar du papier télégramme et du papier de chèque bancaire.

Naguère, il protégeait durablement les fruits devant être cueillis mûrs. Mais, depuis vingt ans que les oranges sont d’emblée cirées, et traitées aux fongicides, il a perdu son utilité. Mais pas pour tout le monde: sa disparition progressive a d’ores et déjà affriandé des collectionneurs d’objets en voie d’obsolescence.

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Et, plus sérieusement, deux dignes Romandes passionnées par l’histoire du graphisme populaire, même quand il s’exprime sur des supports anodins: la Lausannoise Aloyse Margot et la Fribourgeoise Madeleine Thévoz. Elles ont légué environ 2300 de ces rectangles soyeux (bien déplissés et classés) à Chantal Prod’Hom. Convaincue que ces papiers d’agrumes ont fait partie du patrimoine culturel du XXe siècle, la conservatrice du Mudac a décidé de les présenter au public jusqu’au 8 juin, en les épinglant par catégorie à même le mur. «Il vaut mieux éviter de les toucher, mais on peut s’approcher ainsi pour observer leur graphisme désuet, obsolète, nostalgique, sans la mise à distance d’une vitre.» (24 heures du 25 mars)
Ces inhabituelles pièces d’exposition proviennent de Chypre, d’Espagne, d’Italie, mais aussi d’Afrique du Sud. Les motifs charmants de leur illustration – femmes, enfants, cultivateurs noirs, cavaliers, oiseaux… - racontent soixante ans de stylisme candide et populaire.
C’est en tout cas plus joli à visiter qu’une collection de vaporisateurs de fongicide. Passions d’oranges - Papiers d’agrumes, au Mudac
jusqu’au 8 juin 2008. www.mudac.ch

 

Une épigramme du Doyen Bridel

Maintenant une petite anecdote historique de la fin du XVIIIe.

Jean-François Rewbell, ou Jean-François Reubelle était un politicien français de la Révolution (Colmar 1747-Colmar 1807). Avocat, député aux États généraux, puis à la Convention, élu directeur en octobre 1795, il fut un des auteurs du coup d'État du 18-Fructidor. Il fut remplacé au Directoire par Sieyès en mai 1799.

Il eut pour beau-père un certain Rapinat qu’il envoya en mission édificatrice chez les Helvètes. Il s’y poussa tellement du col au nom de la France de toutes les libertés; et il extorqua pour le bien public universel tellement d’argent aux Vaudois, qu’il inspira à notre ineffable pasteur Bridel cette épigramme oubliée:

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Le bon Suisse que l’on ruine

Voudrait bien que l’on décidât

Si Rapinat vient de rapine

Ou rapine de rapinat.

Le spectacle de la semaine.

 

 C’est «Le Nouveau Testament», de Sacha Guitry. Ecrite en 1934, c’est sans surprise, une comédie de mœurs qui traite du mariage, du cocufiage et des petites méchancetés conjugales. Mais quelle trame vigoureuse, quelle majesté du style! Petit extrait.

Le Dr Jean Marcelin (interprété alors par l’auteur) répliquant à son épouse Lucie:

«On peut bien se dire de temps en temps la vérité, après vingt ans de vie commune. Qu’est-ce qu’on risque? Examine notre existence. Regarde-la en souriant comme si c’était l’existence des autres. Et puisque nous sommes seuls tous les deux, explique-moi donc pour quelle raison nous continuons de vivre ensemble?»

Théâtre Kléber-Méleau, du 1er au 27 avril, mise en scène de Philippe Mentha.

www.kleber-meleau.ch

Variations sur la saison des amours

Il y a deux semaines, mon éphéméride célébrait prématurément le printemps du rut et des accouplements animaliers, en essayant d’élucider l’hermaphrodisme compliqué du poisson-clown. Ce fut du charabia, mais heureusement, Père siffleur - notre coblogueur aux éruditions grandes et imprévisibles - vint à la rescousse.

Dans la dernière édition de mon bien-aimé hebdomadaire Terre et Nature, le tout aussi avisé photographe Daniel Aubord nous prouve cette fois par l’image que la saison des amours a bel et bien commencé chez les animaux, en dépit des récentes averses de neige: on y découvre les éventails éployés du pic épeiche des Grangettes, la valse tourbillonnante des blanches piérides de Blonay, toute en frôlements d’ailes; le vol en piqué du faucon pèlerin, l’appel rauque du renard du val d’Illiez dont toute l’échine est hérissée par le désir. Son glapissement est long, douloureux. Son regard est lumineux de désespoir.

Savoureuse coïncidence: la Fondation Martin Bodmer, à Cologny (GE), expose jusqu’en juillet, une collection de lettres intimes de personnalités célèbres, humaines cette fois: le marquis de Sade et Elvis Presley, Diane de Poitiers, Racine, Winston Churchill, Marlene Dietrich, et d’une Louise de Vilmorin s’énamourant du fils de Paul Valéry!

Ces correspondances, à calligraphie variées et inventives, ont été thésaurisées méthodiquement par Anne-Marie Springer. Une amoureuse à sa manière. Une amante éperdue des écritures soignées d’antan, et de ces époques déjà révolues où un soupirant, même nigaud et lourdaud, ignorait les codes SMS et se concentrait un chouia avant de déclarer sa flamme.

Je n’y ai point trouvé de lettres du roi d’Angleterre Henri VIII, qui détestait écrire. Il en écrivit quand même une à Anne Boleyn – sa future reine qu’il devait faire décapiter en 1536… Par le hasard de l’histoire des vols d’archives, des ventes et des rachats, elle est conservée aujourd’hui au Vatican! Elle remonte à l’époque où la mère de la future Elisabeth I était encore une maîtresse clandestine et adorée. Le rustre couronné s’y ingénie en métaphores délicates, y invoque les astres et l’«angoisse de l’absence», la fièvre amoureuse que «la distance ne peut qu’accroître.»

www.fondationbodmer.org.

24/03/2008

Saint-Simon, Philippe Jaccottet et l’agneau du sacrifice

 

Les météorologistes de la radio et de la télé seraient-ils les enfants préférés du Bon Dieu? Ils y tenaient tellement à leur Pâque aux tisons, ils la désiraient comme un jouet, avec tant de foi et d’espérance qu’il a neigé dimanche jusqu’à dix centimètres en plaine…

Les jardins d’Epalinges étaient blancs comme des cartes de vœux de Noël. Devant les commerces de Jouxtens-Mézery, on regretta l’absence d’un orphéon de l’Armée du Salut qui, dans des vapeurs de vin chaud, entonnerait:

 

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Blanc, plus blanc que neige
blanc, plus que neige
Lavé par le sang de l’Agneau,
Je serai plus blanc que la neige…

 

Voilà qui nous ramène à l’agneau pascal. Pas à celui de Sisteron aux petites herbes que vous avez mangé chez l’oncle Gustave avant d’attaquer l’île flottante. Je parle de l’Agneau mystique peint par Zurbaran au XVIIe siècle (image d’en haut), à la toison majestueuse et bouleversante de celui qui ôte les péchés du monde (Jean 1: 29). De celui qui déteste punir, qui disculpe, ne souhaitant à tout le monde que du bien, même à Benoît XVI. Il n’aurait certainement pas voulu qu’il se les gèle en son nom, vendredi à Rome, lors de la procession de la sainte Croix…

 

Or bien avant le christianisme, l’agneau pascal avait été juif. Son sacrifice, le Hag Ha-Pessah, saluait l’avènement du printemps. Les Hébreux étant un peuple de nomades, la fête était éminemment pastorale: on recueillait le sang de l’offrande pour oindre le pourtour des entrées de la tente ou de la cabane. C’était un rite qui détournait les mauvais esprits (tous les monothéistes y croient). La famille assurée de protection pouvait alors se mettre à table et partager la chair de l’agneau – un peu comme nous aujourd’hui.

Avec quel assaisonnement? Je crois que la recette s’est fourvoyée dans la nuit des temps.

 

 

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Tiré du Lexik des Cités* («parler jeune»)
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Padig!
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Interjection. 1. T’en fais pas! Ex: Padig! je vais faire la vaisselle.
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2. T’en fais pas… J’te retiens! Ex: Padig! la prochaine fois que tu joues au con, j’te casse en huit.

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Etymologie. Padig, ou pa dig en créole antillais, signifie «laisser tomber», «pas grave». Formé de la négation pas et du verbe to dig, «creuser», emprunté à l’anglais des îles voisines, qui dans l’expression don’t dig about this man signifie littéralement «ne creuse pas l’affaire, mec.»

En tout cas, le padig des îles, comme celui de banlieue, est employé pour rassurer ou pour lancer ironiquement un avertissement.
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(*) Editions Fleuve-Noir

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Un peu de bruit pour l’amitié

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Dans son nouveau livre de poésie, Philippe Jaccottet dédie sa belle inspiration élégiaque et pudique à quelques amis disparus: voici Jean Eicher, dit l’Oiseau, peintre, facteur de clavecins, un délicieux poète qui lui aussi vécut à Grignan, dans la Drôme. Puis Pierre Leyris, Louis-René Des Forêts, André du Bouchet, Bernard Simeone… Le deuil de l’amitié le renoue à une tradition lyrique médiévale où le vent joue un certain rôle (je pense évidemment à Rutebeuf), en se coalisant avec le temps qui fuit.

Notre grand Moudonnois au luth constellé évoque aussi Senancour, Rilke, des géants littéraires qu’il a su traduire mieux que personne. Et il médite sur sa propre vieillesse – il est né dans la Broye en 1925. Mais il rumine sans apitoiement et sans colère:

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«Rien qui couvrirait les ultimes rumeurs; pas une seule larme qui brouillerait les vues du ciel de plus en plus lointain.»
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Il lui reste peu à vivre, mais ce peu ne le désenchante pas. Ce peu de bruits l’émerveille.

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Ce peu de bruits, Gallimard, 130 p.

 

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Le festival de la plante urbaine

 

 

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Le copinage est un sale péché, mais je n’y résiste pas (que le sang de l’agneau m’en lave) depuis que mes confrères et amis Julien Magnollay, Laurent Caspary et leur pote comédien Kiki ont insufflé au Café de la Couronne d’Or, à Lausanne - juste en arrière-cour de la rupestre Riponne. une vitalité inventive, tout en respectant la vétusté pintière du lieu.

Samedi, leur terrasse se livrera, disent-ils, à une orgie de pétales, de verdure, de vivaces printanières et de plantes aromatiques. Ils y accueilleront le pépiniériste Xavier Allemann qui, en automne 2007, les avait déjà si bien conseillés pour le lancement de leur Festival de la plante urbaine.

Et qui recommence donc, avec une floraison différente, le 29 mars qui vient, rue des Deux-Marchés 13.
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www.couronnedor.ch
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A la diable, et pour l’immortalité!

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Nouvelle édition, en poche Folio, et chez Pochothèque, des Mémoires du duc de Saint-Simon. Ce n’est évidemment pas la première, mais à chaque mise à jour je me délecte des annotations, car elles peuvent être purement littéraires, d’ordre stylistique. Ou ressortir à une recherche historique assurée par les meilleurs spécialistes du règne de Louis XIV, puis de la Régence qui suivit. Bref, voici un chef-d’œuvre de la littérature française classique qui est toujours en ébullition, 178 ans après sa publication.
Classique? Oui, parce que ces Mémoires portent sur les années 1694-1723 qui furent en France l’aube des Lumières. Mais par leur ordonnancement décousu, la démesure du style aux redondances chatoyantes, les métaphores incongrues, ils sont en rupture avec le clacissisme, en tout cas avec toute classification. Chateaubriand disait de Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, qu’il «écrivait à la diable pour l'immortalité».
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D’abord deux extraits, souvent cités dans les manuels scolaires:
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Portrait célèbre du cardinal Dubois, âme damnée du Régent. Et que Jean Rochefort a remarquablement incarné dans Que la fête commence de Bertrand Tavernier:
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"Un petit homme maigre, effilé, chafouin, à perruque blonde, à mine de fouine, à physionomie d'esprit, qui était en plein ce qu'un mauvais français appelle un sacre (faucon) mais qui ne se peut guère exprimer autrement. Tous les vices combattaient en lui à qui en demeurerait le maître. Ils y faisaient un bruit et un combat continuel entre eux. L'avarice, la débauche, l'ambition étaient ses dieux."
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Portrait de Madame de Castries, dame de compagnie de la duchesse de Chartres, fille du duc d’Orléans:
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« Mme de Castries était un quart de femme, une espèce de biscuit manqué, extrêmement petite mais bien prise et aurait passé dans un médiocre anneau: ni derrière, ni gorge, ni menton.»
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Et il y a cette plus longue description à la fois cruelle et honnête, presque attendrie, du père du Régent, Philippe d’Orléans. Le frère de Louis XIV, à la maison duquel Saint-Simon avait appartenu:

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«Du reste Monsieur, qui avec beaucoup de valeur avait gagné la bataille de Cassel, et qui en avait toujours montré une fort naturelle en tous les sièges où il s'était trouvé, n'avait d'ailleurs que les mauvaises qualités des femmes. Avec plus de monde que d'esprit, et nulle lecture, quoique avec une connaissance étendue et juste des maisons, des naissances et des alliances, il n'était capable de rien.»
«Personne de si mou de corps et d'esprit, de plus faible, de plus timide, de plus trompé, de plus gouverné, ni de plus méprisé par ses favoris, et très souvent de plus malmené par eux. Tracassier et incapable de garder aucun secret, soupçonneux, défiant, semant des noises dans sa cour pour brouiller, pour savoir, souvent aussi pour s'amuser, et redisant des uns aux autres. (…)»
«C'était un petit homme ventru, monté sur des échasses tant ses souliers étaient hauts, toujours paré comme une femme, plein de bagues, de bracelets et de pierreries partout, avec une longue perruque toute étalée devant, noire et poudrée et des rubans partout où il pouvait mettre, plein de sortes de parfums et en toutes choses la propreté même.»
«On l'accusait de mettre imperceptiblement du rouge. Le nez fort long, la bouche et les yeux beaux, le visage plein mais fort long. Tous ses portraits lui ressemblent. J'étais piqué à le voir qu'il fit souvenir qu'il était fils de Louis XIII à ceux de ce grand prince, duquel, à la valeur près, il était si complètement dissemblable.»

 

 

 

 

 

 

16/03/2008

La jonquille, l'anémone et la vie sexuelle de Riri

 

C’est sur une colline septentrionale d’Istanbul que j’ai vu éclore, il y a huit jours, mes premières fleurs printanières. Dans le jardinet de ma chère tante Evelyne – une tante musicienne et philosophe, qui nous rejoindra bientôt j’espère dans notre blogosphère, et n’est pas du tout fictive comme cette tantine Gladys que j’évoque quelquefois pour le plaisir du leurre et de l’extrapolation…

Ensemble, nous avons respiré des jacinthes mauves et une gerbe de freesias jaunes et blancs; vous savez, ces iridacées originaires d'Afrique du Sud, dont les longs tubes étroits bourgeonnent côte à côte sur une tige horizontale telles des croches sur une portée.

A mon retour de vacances, j’ai salué l’apparition, dans nos champs et sur nos remblais ferroviaires d’un autre bulbe floral, en embouchure de trompette cette fois: j’ai nommé la jonquille, qui fleurit de mars à avril, se fane trop rapidement et disparaît en mai dans les clairières du Jorat.

Elle a la fraîcheur éclatante du citron, mais on l’appelle aussi jeannette jaune, ou faux narcisse. En latin pseudonarcissus, en anglais daffodil, en espagnol junquillo, «petit jonc», en allemand Wilde Narzisse, en néerlandais wilde narcis… (Bonjour Rabbit)

J’aime beaucoup ces jonquilles parce qu’elles prolifèrent jusqu’en ville, et sur des herbettes sauvages poussant entre deux bitumes. Mais on ne les cueille pas, malgré leur indéniable élégance. Et cette délicate solitude qui leur fait pencher la tête à la manière des oiseaux.

Dans les jardins cultivés, on observe aussi ces jours-ci l’éclosion de l’anémone. Elle n’a point de corolle à proprement parler, mais sa carnation devient très vive déjà à mi-mars. Vous en trouverez de toutes les couleurs. Vous saurez itou que son nom provient du grec anemonê, de anemos, «vent». Car cette fleur est philosophe (comme Tante Evelyne): elle s'éploie au vent. Elle écoute tous les chants du monde.

 

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Tiré du Lexik des Cités* («parler jeune»)
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Kia:
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Verbe transitif. 1. Voler. Synonymes: bébar, carotte, péta…
2. Arnaquer, ex: Il m’a kia, je lui ai acheté une montre qui ne marche pas.

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Nom féminin. Arnaque, ex: C’est de la kia, cette télé, y a même pas de télécommande avec!

 

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Etymologie. L’épicier passait son temps à chercher qui a volé ceci, qui a volé cela. Pour le narguer, les enfants criaient en sortant de son magasin kia, kia, le cri de la pie qui vole.
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(*) Editions Fleuve-Noir

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L’hommage du 5e Evangéliste au 4e

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Si vous n’avez pas assisté à la Johannespassion dirigée par le sublime Nikolaus Harnoncourt à Lucerne, dans le cadre du Festival de Pâques qui s’achève aujourd’hui (merveilleux Michael Schade, le ténor qui incarne l’apôtre!), courez cet après-midi, dimanche 16 mars, au Temple de Lutry.
A 17 heures, cette rituelle Passion selon saint Jean de Jean-Sébastien Bach, qu’on a surnommé le cinquième évangéliste, sera célébrée dans un cadre moins grandiose que le KKL de Jean Nouvel, mais tout aussi propice à l’émerveillement.
Par le Chœur Ardito et l’Ensemble Musica Poetica, sous la baguette de Nicolas Reymond, avec les solistes Valerio Contaldo et Benjamin Butterfileld, ténors, Charlotte Müller, soprano, Michel Brodard et Valentin Monnier, basses, et Jean Nirouet, alto.
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Quand votre blog devient bloc-notes
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Aux antipodes des jeunes lexicographes banlieusards et ébouriffés du Lexik des Cités, mentionnés plus haut, pour lesquels toute langue est ouverte à tous les vents, il existe à Paris, au Ministère de la Culture plus précisément, un aréopage de barbons et de barbonnes qui se prennent pour les Malherbe du IIIe millénaire. De loin en loin, ils se réunissent rue de Valois et devisent. On les imagine leurs faces congestionnées par la collerette plissée du poète des Larmes de Saint-Pierre, et par l’anachronisme de leurs dialogues eux aussi empesés. Les américanismes du Web les tracassent et ce ne doit pas être toujours facile de leur trouver des équivalences en bon françouais.
Pour bug, ils avaient déjà proposé bogue, et pour spam arrosage (retrouvez leur site: http://franceterme.culture.fr)
A l’approche de la Journée internationale de la Francophonie (le samedi 20 mars qui vient), ils ont déjà opté pour un ersatz qui supplanterait le terme blog, qui est ici notre pitance quotidienne. Ils nous proposent bloc. Une contraction de bloc-notes. Why not after all? Qu’en pensez-vous my friends?

 

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L’être humain est un poisson-clown

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J’ai chanté la joliesse de l’anémone forestière qui, même sans corolle, fait épanouir de belles couleurs au passage des brises. Celle-là est éminemment végétale, tandis que sa cousine homonymique des mers, alias l’actinie, est un animal. Un polype solitaire dépourvu de squelette calcaire, mais de tempérament glouton, capable de mille vilenies pour se rassasier. Elle est abondante sur les côtes rocheuses des mers du Sud ou d’Océanie, mais voilà plusieurs décennies qu’elle s’acclimate à l’eau douce de quelques bocaux en verre d’appartements de zones tempérées: les aquariophiles d’Europe et des Etats-Unis l’achètent à haut prix pour qu’elle tienne compagnie au poisson-clown, leur nouvelle marotte.

Ces deux créatures vivent en symbiose, et c’est un phénomène qui est observable dans l’aquarium géant de mes voisins. Riri, leur poisson-clown défend vigoureusement les tentacules de Desdémone (c’est le surnom de leur actinie) contre les assauts des autres poissons. En retour, elle protégera ses œufs sous ses pieds rouge-orange.

Sachez encore que Riri est un hermaphrodite: les poissons-clowns naissent tous mâles, mais les plus forts deviennent femelles en grandissant. Comme disait l’autre, la femme est l’avenir de l’homme.