09/12/2007

Papier crèche, prénoms de vache et petite dentelle célinienne

 

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La lune est nouvelle, la lune est noire. Tant mieux, car l’obscurité du firmament est propice aux décorations de l’Avent. Les lumières du ciel ne concurrencent plus les artificielles qui entourent la crèche.

Le père de famille le plus distingué s’est mis à quatre pattes sur le tapis du salon pour dévider un écheveau compliqué de fils électriques. Il se sent observé par la vingtaine de santons encore rangés dans la boîte en carton: Pistachié le froussard, Giget le Bègue, l’ange Boufaréou, la Lavandière, la Femme à la cruche, le Ravi «qui est toujours ravi». Aucun de ses gestes n’échappe à leur regard d’argile. Il a placé l’âne à gauche de la mangeoire, le bœuf à droite. S’est-il trompé?

Pendant ce temps, l’odeur vanillée du papier bouilli le replonge dans des souvenirs lointains. L’Enfant-Jésus de sa ferme natale n’était pas en celluloïd mais en majolique, et les moutons en mie de pain décorée. La Madone avait les traits de sa propre maman, pas ceux d’une poupée Barbie.

 

Albert Chavaz à la radio

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Jusqu’au 9 mars 2008, la Fondation Gianadda honore le peintre valaisan Albert Chavaz, mort il y a 17 ans. Il en aurait eu cent aujourd’hui. L’expo a pour titre La couleur au cœur. Je ne l’ai pas encore vue, mais dans mon cœur à moi, ce sont déjà des mots de l’artiste qui reviennent. Ou plutôt une délicieuse économie de mots.

Interviewé sur les ondes de la RSR au début des années quatre-vingt, Chavaz s’efforça de répondre le mieux possible à un animateur plutôt prolixe, qui devait ignorer que le maître était bègue (tel Giget, le santon)…

Je cite de mémoire:

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L’animateur: Léonard de Vinci peignait avec l’humanisme de sa science universelle, Vélasquez avec une revalorisation exceptionnelle des lois de la perspective, Picasso avec tout le feu de sa révolution formelle. Et vous, Albert Chavaz, avec quoi peignez-vous?

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Chavaz:… moi, je peins avec un pinceau.

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L’animateur (après un silence): Albert Chavaz, vous êtes un artiste romand reconnu, vous êtes le doyen des peintres de ce pays. Mais il y a la relève. Quel conseil donnez-vous aux jeunes talents d’aujourd’hui?

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Chavaz (bégayant, bien malgré lui, et sans esprit méchant):… aux jeunes peintres d’aujourd’hui, je conseille… je conseille… rien du tout.

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Marlène, Colombe, Britney & Flyaway

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L’Association suisse des détenteurs de vaches nourrices et de vaches mères (ASVNM) s’apprête à élire solennellement les plus belles reines de l’année 2007. Elles seront sélectionnées en fonction de leur production laitière, de leur teneur en matières grasses et en protéines. Mais le jury ne restera pas insensible au port de tête de la tachetée rouge, aux cornes lunaires de la Simmental, aux prunelles troublantes de la grise rhétique (Ava Gardner dans La Comtesse aux pieds nus).

Jadis, ces dames avaient des prénoms inspirés de la flore locale: Marguerite, Pâquerette, Gentiane, Myosotis. Désormais, elles veulent rivaliser avec les célébrités du show-biz et du cinéma: elles s’appellent Tina, Marlène, Angelina, Monica, Sigourney, Britney…

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Quatre mots nouveaux du Larousse

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Ils ont été acceptés pour la première fois par le Petit Larousse Illustré 2008, paru à la fin de l’été passé.

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- Euroméditerranéen. (Adj.). Qui concerne à la fois l’Union européenne et les pays du sud et de l’est de la Méditerranée.

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- Chronophage. (Adj.). Qui demande beaucoup de temps ou qui fait perdre du temps. Ex: Activité chronophage.

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- Testing. (N.m.). Pratique légale consistant à faire constater, afin qu’elle soit sanctionnée, toute forme de discrimination liée au sexe, à l’origine ou au handicap d’une personne. Recomm. off.: Test de discrimination.

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- Blogueur, blogueuse. (N.). Auteur d’un blog.

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La rencontre de la semaine

 

.Ce mardi 11 décembre, de 17h.30 à 20h.30, à la Galerie de l’Univers, le magnifique sculpteur lausannois Yves Dana dédicacera deux monographies qui lui sont consacrées aux Editions du Cercle d’Art, à Paris.

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5, rue Centrale, Lausanne, tel 021 312 85 42 – livres.univers@bluewin.ch

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Un génie inspiré par la haine

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L’irruption de mots et expressions nouvelles dans les dictionnaires a toujours irrité les grands auteurs. Je n’ose imaginer quel traitement un Louis-Ferdinand Céline, par exemple, aurait réservé aux quatre néologismes cités plus haut, et «homologués» 46 ans après sa mort.

Il devait détester les lexicographes et il prisait peu les écrivains. Mais on sait qu’il révérait Ramuz. Un inventeur, comme lui. Du bout des lèvres, il décerna un satisfecit à Malraux, Simenon, Marcel Aymé, Élie Faure, Mac Orlan, Morand ou Dabit. Sinon, il voulut régler des comptes avec toute la littérature «enjuivée» de Racine à Proust… S’il tint quand même celui-ci pour le plus grand styliste des lettres françaises, c’est qu’il le voyait comme un prédécesseur, son annonciateur, le saint Jean-Baptiste de Céline, messie maudit.

La mission de Proust aurait été de faire épanouir et resplendir le français classique jusque dans ses derniers retranchements. Celle de Céline de le déboulonner. De l’enrichir par une ponctuation déréglée, et un vocabulaire hirsute, argotique, majestueusement obscène, délibérément frénétique. Proust a été un architecte, un maître couturier. Céline (dont la mère était couseuse professionnelle) sera lui un subtil démolisseur, un maître effilocheur, un Attila des guipures traditionnelles, et qui révolutionnera l’artisanat de la dentelle littéraire.

Mais pourquoi vous parler de Céline aujourd’hui? L’homme m’a toujours été antipathique, à cause de son antisémitisme crétin et vulgaire. Mais aussi pour son infatuation boursouflée, pour l’odeur de renfermé qui prédomine dans sa vie qu’il croyait malgré tout exemplaire. Je reste ébloui par l’électricité sauvage de son Voyage au bout de la Nuit, de Mort à Crédit aussi. Mais, en relisant trente ans après ses autres romans, Guignol’s Band, D’un château l’autre, ou même Rigodon (auquel j’avais consacré jadis une étude universitaire à tonalité élogieuse) je trouve que sa formule des trois petits points ne tient plus la route. Trop méthodique, fastidieuse, lassante. La dentelle célinienne aurait-elle jauni? Non, rassurez-vous c’est certainement Gilbert Salem qui vieillit.

Cela ne l’empêche pas de vous recommander vivement la lecture des Lettres à Marie Canavaggia, qui viennent de paraître chez Gallimard. Une correspondance volumineuse entre Louis-Ferdinand Céline et celle qui fut la relectrice de tous ses manuscrits durant 25 ans. L’écrivain y exprime toute sa haine des hommes («le plus fort des sentiments humains»), et tout son chagrin d’en être un malgré lui. Mais c’est en s’achoppant à une question de virgule mal placée qu’il s’insurge d’une manière sublime. Sa vigilante correctrice s’autorise quelquefois une objection - dans un train de prose dont elle a humblement saisi la musique avant tout le monde, avant Céline lui-même. Du coup, il en veut au monde entier, mais pas à elle.

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Lettres à Marie Canavaggia, 1936-1960, 758 p. Gallimard

 

02/12/2007

Le chardonneret, sainte Barbe, Rilke et le Minotaure

 

L’hiver ne débute que dans vingt jours, mais des signes veulent nous prouver qu’il est déjà là: la neige carbonique des sapins en plastique des vitrines, l’immangeable «assiette du skieur» de certains restaurants d’altitude, et le rhume théâtral de ma tante Gladys qui renonce à toute promenade au bord du lac, car elle se met à confondre Ouchy et Arkhangelsk.

Pendant ce temps, les observateurs de l’avifaune saluent le passage du jaseur boréal dans nos vergers et clairières. Comme son nom l’indique, c’est un touriste aux goûts culinaires scandinaves: trapu, huppé et mantillé de brun-roux, il ne se nourrit que de baies de sorbier.

La visite du chardonneret élégant est moins spectaculaire mais plus charmante. A cause de son bec presque souriant, ses ailes passementées de jaune et ses mœurs bohèmes. Il se contente de grignoter les trois ou quatre derniers insectes qui persistent dans nos jachères. Pour son dessert, déposez un grain de maïs sur le rebord de votre fenêtre. Il vous dira merci en sifflant quelque chose comme tsit wiit wiit!

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La madone des canonniers

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Ces jours-ci, tous les médias rendent hommage à l’inoubliable Dame brune, qui fut une des égéries de Béjart et mourut dans la même saison que lui, il y a dix ans. Mais tiens, après-demain, le mardi 4 décembre sera justement le jour de sa sainte patronne adoptive: Barbara - l’état civil de la chanteuse était Monique Serf. Jusqu’en 1969, c’est sous le prénom de Barbe que cette martyre du IIIe siècle, morte décapitée à Nicomédie en Turquie, figura dans la version française du calendrier romain.

Pour avoir été vengée par un coup de foudre céleste, sainte Barbe est devenue la protectrice de tous les métiers liés au feu, aux explosions, à la poudre à canon! Elle est invoquée par les artilleurs, des métallurgistes, les mineurs, les sapeurs-pompiers. Par les poseurs de bombes, je ne sais pas… Mais tous ceux qui ont lu le Secret de la Licorne savent que la soute à munitions d’un navire porte son nom.
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L’expo humaniste de la semaine

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A l’initiative de Véronique Yersin, le Cabinet des Estampes de Genève présente jusqu’en mars 2008 des gravures surréalistes signées Giorgio De Chirico, Kurt Seligmann; des collages et frottages de Max Ernst, et des rayographies magnifiques de Man Ray…

Un échantillon de la prestigieuse collection du Minotaure, la revue lancée en 1933 à Paris par le grand Albert Skira pour promouvoir ses livres d’art, et dont le dernier rédacteur en chef fut le poète André Breton.

L’intention initiale de cette aventure du Minotaure était de démontrer, «par le texte et l’image», que «l’art, la science et la littérature sont inextricablement liés».

Des documents bouleversants: on y respire tout le génie profondément humaniste de l’avant-guerre.

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Cabinet des Estampes, promenade du Pin 5, Genève.

www.ville-ge.ch/mah

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Les épices de la saison

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J’ai nommé l’anis étoilé, alias la badiane, qui est un astre parfumé à huit branches originaire de la Chine du Sud, et dont le suc évoque la réglisse.

Je nommerai aussi la noix de muscade – qui aide à la digestion, serait même un tantinet aphrodisiaque.

Je louerai surtout l’écorce, autrement plus enivrante et sensuelle, envoûtante, de la cannelle.

Ces trois épices se marient traditionnellement dans ces biscuits gommeux de l’Avent que nous appelons biscômes. Ce jeudi 6 décembre, à Sain’f, et dès 16 heures, un saint Nicolas joli et rougeaud en distribuera aux enfants de Lausanne. Il sera accompagné de son âne, et même du Père Fouettard – pour punir ceux qui préfèrent les brownies du Macdo?

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Le poète tué par une rose

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C’est aussi un 4 décembre qui a fait naître à Prague, en 1875, l’écrivain autrichien Rainer Maria Rilke. Fils d'une famille de petite extraction, de parents désunis, d'une mère bigote et tyrannique, d'un officier en retraite devenu inspecteur des chemins de fer, il eut une enfance terne et chagrine. C’est pourtant du fond de cet humus ingrat qu’il déterrera une belle et triste étoile appelée poésie. Celle qui avait lui sur le front d’Hölderlin, enflammé Nietzsche.
Trente ans après, Rilke écrivait dans un petit bouquin dont il ne présageait pas le destin universel: Es ist gut, einsam zu sein, denn Einsamkeit ist schwer; daß etwas schwer ist, muß uns ein Grund mehr sein, es zu tun. («Il est bon d'être seul, parce que la solitude est difficile. Qu'une chose soit difficile doit nous être une raison de plus pour l'entreprendre.»)
Cette citation est tirée des Lettres à un jeune poète, une œuvre qui, comme La Mort d'Ivan Ilitch de Tolstoï, allait susciter bien de vocations d’écrivains allemands ou français, de musiciens, de peintres, de cinéastes…

Rilke fut l’écrivain de la contemplation, un célébrant de l’invisible, de l’indéchiffrable, un des meilleurs lecteurs de Mallarmé, le traducteur de Paul Valéry en allemand.
On sait que c’est en Valais, dans la tour solitaire du château de Muzot près de Sierre – où il s’était établi définitivement en 1922 – qu’il se mit aussi à écrire en français. Quatre ans après, il se blesse avec des épines de rose. Simultanément, il est atteint d’une leucémie aigüe qui l’emportera. De là naîtra la légende du poète tué par une rose.
Très souffrant, le poète des Sonnets à Orphée meurt le 29 décembre 1926 au sanatorium de Valmont, près de Montreux.

Conformément à ses dernières volontés, il repose au cimetière villageois de Rarogne.

Sur sa pierre tombale figure l'épitaphe dont il est l'auteur:
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Rose, pure contradiction; volupté
De n'être le sommeil de personne
Sous tant de paupières
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25/11/2007

Des roses blanches de Noël pour Swift et Schubert

 

Le premier jour de l’Avent, c’est samedi prochain. Mais voilà déjà plusieurs semaines que les commerçants décorent leurs vitrines aux couleurs de son calendrier. En mélangeant les symboles: traîneaux de Père Noël tirés par le bœuf et l’âne, groupes de rennes soufflant sur le Divin Enfant, sapins Nordmann ruisselants de bimbeloterie népalaise, de talismans chamaniques sénégalais, de grigris incas…

Les couleurs dominantes ne sont plus le vert et le rouge, mais l’argent et l’or. Pour ne pas se sentir désassorties, les plus jeunes badaudes s’habillent en «rappeuses dorées» - T-shirt hamburger et legging gris métal, veste à capuche chromée, bracelets à profusion et sac Clockhouse. Les brunes à peau mate la «joueront oriental» en se poudrant de safran; les blondes aux yeux bleus la «joueront poupée» en se faisant la bouche très rouge dans un visage de porcelaine blanche. Pour elles, la mode est au teint chlorotique.

Ce qui les rapproche de l’hellébore, qu’on appelle aussi rose de Noël, dont la corolle blanche tire au verdâtres et dégage un parfum désagréable qui ne plaît qu’aux fourmis, car elle facilite la dissémination. L’hellébore est pourtant si gracieux dans sa fragilité qu’on le met en pots. Son évanescence diaphane évoque la tristesse des princesses délaissées d’autrefois.

 

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«Coiffer sainte Catherine»

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Ce dimanche 25 novembre est justement le jour dédié à Catherine d’Alexandrie, vierge et martyre, patronne des filles à marier… (Mais aussi des barbiers, des charrons, des cordiers, des plombiers!) Dans l’ancien temps, les jeunes femmes encore célibataires à 25 ans, couronnaient d’une guirlande de roses la statue de la sainte dans les églises, et lui adressaient cette prière oubliée:

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- Aide-moi, ne me laissez pas mourir célibataire. Un mari, un bon, mais plutôt un que pas du tout.
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De ce rituel découlait l’expression «coiffer sainte Catherine», soit franchir son premier quart de siècle sans avoir trouvé d’époux.

 

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Le chant de la sœur de Moïse

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Le même soir à 20 h, l’excellent Chœur d’hommes du Brassus, dirigé par Jean-François Monot, et le Chœur Pro Arte, dirigé par François Margot, exécutent des œuvres de Jean-Jacques Rousseau et de Gustave Doret, précédées par deux pièces magnifiques de Franz Schubert, très rarement jouées: Rosamunde, et surtout Mirjam Siegesgesang – soit le chant de triomphe de Myriam.

Qui est cette Myriam biblique, inspirée par un poème de Franz Grillparzer, et qui sera incarnée à la Salle Paderewski par la voix du soprano Charlotte Müller Perrier? La sœur du patriarche Moïse en personne, après que le peuple des Hébreux eut vaincu miraculeusement l'obstacle de la mer Rouge.

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Le raout littéraire de la semaine
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Ce mardi 27 novembre, les Editions Xenia à Vevey, organisent dès 17h. une tea party pour la parution du Candidat, un texte inédit de Jean Cau, préfacé par Alain Delon… Pour rappel, Jean Cau (1925 - 1993), avait été le secrétaire de Jean-Paul Sartre, écrit des romans (les Paroissiens, 1958 ; la Pitié de Dieu, 1961 ; Nouvelles du paradis, 1980 ; les Culottes courtes, 1988). Il se campait volontiers comme un critique de la «décadence du monde occidental» (Lettre ouverte aux têtes de chiens occidentaux, 1967). Des exemplaires du Candidat seront disponibles au siège de l’éditeur, rue de la Madeleine 17. (Tel 021 921 05 07)

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L’inventeur de l’humour noir
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Si l’humour noir – incompréhensible en France jusqu’au XIXe siècle – est un produit d’outre-Manche, il n’est pas de facture anglaise mais irlandaise. Son inventeur Jonathan Swift (1667-1745), dont on fête le 340e anniversaire ce vendredi 30 novembre, était un pasteur protestant de Dublin. Et il en aura fallu du caractère, de l’imagination, au père de Gulliver, pour s’affirmer en écrivain-philosophe parpaillot dans une terre viscéralement catholique. Les voyages de son héros au pays des Lilliputiens et des Houyhnnhnms (monde des chevaux) ont eu pourtant un succès immédiat. En dehors de ce chef-d’œuvre de satire fine rehaussée de fantastique et d’allégorie féroce, son esprit coruscant rayonne notamment dans ses Introductions aux domestiques, ou dans sa Méditation sur un manche à balai:

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- Mais un balai, me direz-vous peut-être, représente un arbre se tenant sur la tête; et s'il vous plaît, comment définirez-vous l'homme, sinon une créature à l'envers, ses instincts animaux dominant perpétuellement sa raison, sa tête là où ses talons devraient se trouver, se vautrant par terre?

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Voici quelques autres maximes tirées de la sagesse swiftienne:
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- Nous avons tout juste assez de religion pour nous haïr, mais pas assez pour nous aimer les uns les autres.

 

- Le bœuf est la reine des viandes; le bœuf possède, incluse en lui, la quintessence de la perdrix, de la caille, de la venaison, du faisan, du plum-pudding et de la crème aux œufs.

 

- La satire est une sorte de miroir dans lequel les spectateurs découvrent généralement le visage de tout le monde, mais pas le leur.

 

- A condition de se poster aux bons endroits, le touriste est plus facile à exterminer que la vipère.

 

- Celui qui observe en marchant dans les rues, verra, je crois, les visages les plus gais dans les voitures de deuil.