28/05/2007

Soucis de juin, caprices de tzar

 

Juin, c’est vendredi, fête de tous les Justin et de tous les Nicodème. Juin est le mois de l’année dont les jours sont les plus longs : ce qui à la fois enchante le jardinier et le fâche. Car un ensoleillement prolongé ne dope pas seulement les cultures de pois, de cornichons; les melons ou les haricots. Il profite autant aux mauvaises herbes.

A ce maudit verjus dénoncé par les Saintes Ecritures.
Le livre de la semaine
«Impressions d’un lecteur à Lausanne»: une fraîche et engageante introduction à l’histoire séculaire de la littérature romande, ses éditeurs, ses écrivains phares, ceux d’une «seconde jeunesse». L’auteur est un pilier de celle-ci: c’est Jean-Louis Kuffer. Il signe son essai demain, mercredi 30 mai, chez Payot Lausanne, dès 17h.30.
La fleur de la semaine

Qu’on ne pardonne de revenir sur la pivoine. Dans l’éphéméride du 14 mai (cliquez dans la colonne de droite sur «Archive»), j’évoquai son charme d’aristocrate nonchalante et spirituelle. Voilà qu’au marché de la Palud, au château de Coppet, et jusque dans les vases de notre rédaction, elle s’épanouit jusqu’à doubler de volume, déployant ses volants roses, blanc crème ou blancs: un phénomène inouï, imputable à l’intensité inhabituelle, du soleil printanier, du dérèglement du climat, etc. Merci M. Bush! C’est ravissant.


 

Mais la fleur de la semaine est le souci. Il commence à fleurir en juin, ne tire pas du tout son nom de nos tracas quotidiens, mais de sa particularité qui est de se fermer la nuit et de se rouvrir à midi: son appellation latine est solsequia: «qui suit le soleil». Sa corolle est jaune, orangée, ou abricot. Elle fournit une source de colorant (non toxique) utilisée pour foncer les beurres…


  L’étymologie de la semaine
A propos d’abricot, sachez que ce mot provient de l’arabe al-barquq, lui-même calqué sur le latin praecox, «précoce».  Avant de trouver son nom français, le plus valaisan des fruits solaires s’est appelé albaricoque en catalan du XIVe siècle.
Le tyran de la semaine
Dans ses «Mélanges», parus en 1748, Voltaire égrène avec tout le piquant qu’on lui sait les péripéties extraordinaires du règne de Pierre le Grand (1682-1725), fondateur de Saint-Pétersbourg, et père de la Russie moderne, qui est né justement un 30 mai (en 1672).
Ce ne sont que prouesses guerrières, audaces politiques, voyages exploratoires à travers l’Europe, beuveries épouvantables, cruautés sanglantes dignes «du royaume du Maroc» (sic). Mais finalement sagesse exemplaire -  inspirée au souverain par son précepteur genevois Le Fort.
Voltaire écrit en épilogue:
«Aujourd’hui, les Russes ne sont plus surpris de leurs progrès; ils se sont, en moins de cinquante ans, familiarisés avec tous les arts. On dirait que ces arts sont anciens chez eux. Il y a encore de vastes climats en Afrique où les hommes ont besoin d’un czar Pierre: il viendra peut-être dans des millions d’années, car tout vient trop tard.»
La tit’perle de la semaine
«Le chômage, né du manque de travail, n’a qu’un remède: le travail. Tout le reste n’est que palliatif.»
Tiré du Journal d’Argenteuil, 2 janvier 1932.