20/01/2008

Du pain rassis pour Louis II et des flèches pour Sébastien

 

Le redoux inattendu de ce dimanche 20 janvier invite les maîtres maraîchers à semer de bonne heure des laitues, des salades «feuilles de chêne» et les premiers poireaux. A son balcon en encorbellement de Florimont, Tante Gladys en profite pour donner à boire (raisonnablement) aux primevères, pensées et autres bulbeuses printanières plantées en bac. Elle n’oublie pas de remplir une tasse à l’intention des corneilles, toutes méchantes et croassantes qu’elles soient…

Le temps est si tendre, si élégiaque, que même les gens oisifs se sont levés avant midi pour s’en faire caresser. Les moins imaginatifs se rendent au bord du lac pour jeter du pain de deux jours aux mouettes, aux foulques et bien sûr à Sa Majesté le Cygne, qui éploie sa grâce lunaire sur les ondes du Léman comme s’il évoluait dans la fantasmagorique Grotte bleue du château de Linderhof, en Bavière (photo ci-dessus).

Oiseau fétiche de Louis II, il a fini par s’identifier avec le roi beau et fou qui l’avait pris pour emblème. Altier et aristocratique, le cygne appréciera quand même votre pain rassis.

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Le grand classique de la semaine

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Le cinquième et dernier tome de la correspondance de Gustave Flaubert vient enfin de paraître dans la collection de La Pléiade. Etabli par Jean Bruneau et Yvan Leclerc, il retrace les dernières années de l’écrivain: de 1876, quand l’ermite de Croisset apprend la mort de Louise Colet qui avait été sa maîtresse, jusqu’en 1880, alors qu’il est accaparé par la rédaction de son livre ultime (et inachevé): Bouvard et Pécuchet. Ce roman «philosophique», paru en 1881, devait avoir pour sous-titre Du défaut de méthode dans les sciences.

Le cinquième tome de la correspondance flaubertienne (1560 pages) est accompagné d’un tiré à part broché bien venu: un index général des noms de lieux et de toutes les personnes citées dans cette somme impressionnante.

Et qui contient aussi plusieurs lettres retrouvées après 1975…

 

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Un saint martyr par «sagittation»

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En ce 20 janvier, plusieurs communautés du monde chrétien d’Occident fêtent saint Sébastien, martyr romain du IIIe siècle. Jeune et bel officier de la garde rapprochée de l’empereur Dioclétien - et peut-être son amant-, il se convertit en secret au christianisme, fut dénoncé par des courtisan jaloux, ligoté à un poteau pour être transpercé de flèches qui ne le tuèrent pas, puis flagellé à mort sur l’ordre de César, son protecteur.

Avec saint Georges, il est vénéré comme une des plus grandes figures militaires de l’Eglise et un des premiers Intercesseurs. Après avoir longtemps été invoqué pour conjurer la peste, il est devenu le protecteur des archers, celui des homosexuels et des commissaires de police… Il est le saint patron de plusieurs villes dans le monde, dont évidemment San Sebastian en Espagne, mais aussi Palma de Majorque et Rio de Janeiro, qui en un premier temps s’est appelé São Sebastião de Rio de Janeiro.

Sa légende dorée a inspiré des peintres, des sculpteurs, des écrivains, des cinéastes – surtout pour l’épisode du supplice aux flèches (sagittation) et pour sa beauté juvénile. Ses plus célèbres représentations picturales sont de Giovanni Bellini, de Botticelli, de Mantegna, du Pérugin. Dans les lettres japonaises, il apparaît symboliquement dans Confessions d’un masque de Mishima. Au cinéma, il est incarné par Massimo Girotti, dans Fabiola (1949), avec Michèle Morgan.

Enfin, Le martyre de saint Sébastien est une œuvre musicale et chorégraphique grandiose, délicieusement grandiloquente de Debussy, que l’on joue trop rarement à mon goût. Elle n’a certes pas l’ampleur de Pelléas et Mélisande, mais on y perçoit une mobilité des rythmes qui annonce l’ultime chef-d’œuvre du plus créateur musicien de France: Jeux , en 1912.

Le thème du Sébastien lui avait été proposé l’année précédente par Gabriele D'Annunzio lors d’une rencontre ensoleillée à Arcachon. Claude Debussy fut d’emblée enthousiasmé et écrivit en quatre mois une splendide partition qui le bouleversera lui-même.

Hélas, la danseuse qui personnifiait le saint étant juive, l'archevêque de Paris recommanda aux catholiques de s'abstenir d'assister aux représentations!

 

 

(L’image ci-dessus est celle d’une sculpture de saint Sébastien qui se trouve à Fresnay-en-Retz , en Loire-Atlantique).

 

 

 

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Tiré du Lexik des Cités* («parler jeune»)
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Frolo: Non masculin: garçon. Synonymes: boug, igo, keumé, kho.

 

Au féminin, cela devient frolottine, frolotte. Synonymes: go, meuf, racli, rate, schneck…
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Etymologie - elle découlerait d’un événement réel: Amine était amoureux de la belle Esmeralda, mais elle ne voulait pas de lui. Pour le consoler, on lui disait : « Laisse tomber, Frollo, t’as de la chance de ne pas être le bossu de l’histoire.» Tout droit sorti du film Le Bossu de Notre-Dame, frolo pour «gars» a vite fait le tour de nos tours.

 

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(*) Editions Fleuve-Noir
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Salomé aux sept voiles
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Le spectacle que je vous recommande cette semaine est une des dramaturgies les plus singulières d’Oscar Wilde: Salomé, qu’Anne Bisang a mise en scène en pour la Comédie de Genève (du 22 janvier au 10 février). Le sulfureux dramaturge irlandais venait de publier Le portrait de Dorian Gray (1891), lorsqu’une envie subite le prit de revenir au théâtre et d’écrire en français une pièce en un acte, inspirée d’un fragment célèbre de l’Evangile de Marc, et où il incarna lui-même sur scène le rôle féminin principal (image ci-dessus).
Le personnage tragique de Salomé est pour sûr un des plus atypiques du Nouveau Testament : une belle et pulpeuse séductrice qui assouvit une vengeance personnelle (ou celle de sa mère ?) en faisant décapiter le cousin de Jésus, Jean le Baptiste, le vaticinateur fulminant, le terrible croqueur de sauterelles.
Salomé. Un beau sujet d’entre-deux siècles, à la fois érotique, maculé de sang, amalgamant la tragédie antique et païenne amalgamée à l’histoire sainte. Il avait déjà intrigué Flaubert pour un de ses Trois Contes et Mallarmé. Et puis les musiciens Massenet et Richard Strauss, et même un poème d’Apollinaire. Sans oublier l’illustrateur Belle-Epoque Aubrey Beardsley, qui d’ailleurs composa des dessins «scandaleux», antivictoriens, tout exprès pour la pièce d’Oscar Wilde, son ami maudit.

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18/01/2008

Mgr Pierre Cantacuzène, alias l'évêque Ambroise

 

Mgr Pierre Cantacuzène n’aime pas qu’on parle exagérément de lui, sinon de son apostolat, de ses œuvres pour la paroisse de Vevey qui l’a vu naître il y a soixante ans. Aussi accorde-t-il ses interviews dans une atmosphère chuchotante d’entretiens spirituels, sous le lanterneau central de la nef de l’église Santa-Barbara. Il y pleut une clarté bleue que moirent les ors de la magnifique iconostase. Elle s’est d’ailleurs enrichie d’un triptyque provenant de Russie centrale, un legs récent, placé en évidence, où sont représentées des scènes contrastées ayant trait à la naissance du Christ.

Petit rappel: si depuis 1923, les orthodoxes grecs fêtent Noël en même temps que les protestants et les catholiques, les orthodoxes russes s’en tiennent au calendrier julien traditionnel. Ce fut donc le lundi 7mjanvier dernier, à 10 heures, que l’évêque Ambroise – c’est son nom sacerdotal – a célébré l’office de la Nativité en l’église Santa-Barbara de Vevey. La veille, dimanche, il y avait déjà assuré le rituel de la Paramonie (ou l’Attente) et des vigiles.

Son prêche, son message aux paroissiens, fut nourri de la notion toujours énigmatique et pourtant essentielle de l’Incarnation. Mot rabâché, variablement interprété, mais dont la définition de saint Irénée de Lyon est, selon lui, la plus lumineuse  car  elle résume tout l’Evangile: «Dieu s’est fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu.» Commentaire du célébrant: «Quand l’homme s’est écarté de Dieu, ce dernier s’est fait humain pour le ramener à lui. Le Christ est aussi un homme. Il est accessible…»

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Jusqu’en septembre 2006, l’évêque Ambroise a été durant 13 ans celui du la cathédrale russe de Genève, dont le diocèse s’étend de la Hollande à la Sicile. Il s’en est départi pour des raisons de santé. C’est un évêque Michel qui lui a succédé. Pourtant, malgré une jambe qu’il a perdue il y a dix ans, notre Veveysan s’était tellement dépensé en négociations et en voyages pour rétablir l’Unité canonique entre le patriarcat de Moscou et son clergé d’Occident (qui avait fui il y a 80 ans une URSS résolument athée et répressive), qu’il est heureux qu’elle fût enfin entérinée en mai passé. Il n’a pas pu assister à l’événement.

Son patronyme Cantacuzène remonte aux empereurs chrétiens de Constantinople, a essaimé en Grèce, en Roumanie, en Ukraine aussi, la terre de ses ancêtres paternels. Sa mère, une chimiste au cœur grand, dont il a hérité du sourire, descendait elle des princes Orlof. Il compte parmi ses ancêtres, le Vaudois François de Ribaupierre, officier à la cour de la tsarine Catherine II. Et c’est dans la célèbre Villa Ribaupierre de Glion, ancienne propriété de ce dernier, que le futur évêque a vécu sa petite enfance.

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Sans jamais renier cet atavisme aristocratique, rutilant, mais jalonné de souffrances, Pierre Cantacuzène sait aussi vous parler de son pays natal et lémanique avec une candeur délicieusement vaudoise. Il en connaît les mœurs, les traditions saisonnières.

Mais c’est à la paroisse de Santa-Barbara, où il officie derechef en tant qu’évêque émérite au service de quelque 110 familles – surtout lausannoises, fribourgeoises, valaisannes – qu’il se sent tout à fait chez lui, «dans ses meubles». Avec l’afflux de nouveaux Russes, il doit prêcher dans ses deux langues maternelles.

Sous des pinceaux sourciliers blonds et blancs, son regard distille un mélange indéfinissable de charité riante et de matoiserie bonne: «Mes liens avec cette petite église sont effectivement très familiaux. Mon arrière-grand-mère Alexandra s’y est mariée en 1879, un an après sa construction. Mes grands-parents s’y sont mariés en 1921, mes parents en 1946. J’y ai béni le mariage de mon frère en 1976. J’y avais été moi-même baptisé. Je suis d’ailleurs apparenté à ce comte Schouwaloff qui fit ériger cette église dédiée à la sainte patronne de sa fille unique prénommée Barbara, morte prématurément. Rappelons modestement que ce n’était à l’origine qu’un ex-voto.»

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Eglise russe de Vevey, rue des Communaux 12, ouverte au public de 14h. à 17h., ou sur rendez-vous. Tel. 021 921 84 63.

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BIO

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1947. Naît à Vevey, il est baptisé dans l’église Santa-Barbara.

1976. Après des études de droit et une formation religieuse à la cathédrale russe de Genève, où il travaille comme marguillier, il est ordonné prêtre.

1978. Affecté à la paroisse de Vevey, il y devient curé ordinaire en 1983.

1993. Nommé évêque de Genève et de l’Europe occidentale, un diocèse qui recouvre la Suisse, l’Italie, le Benelux (soit toute l’ancienne Lotharingie moins l’Alsace et la Bourgogne).

2006. Quitte son ministère pour des raisons de santé; devient évêque émérite.

2007. Rétablissement le 17 mai à Moscou de l’Unité canonique, à laquelle il a contribué.

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26/12/2007

J.-M. Brandt dans l'antre du Grand-Saint-Bernard

 

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Ex-banquier, ex-administrateur du fisc, cet érudit pulliéran préside les paroisses catholiques vaudoises. Son polar métaphysique se déroule dans l’hospice mythique de ses chanoines préférés.

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Jean-Marie Brandt inspire la sympathie, autant par sa prestance de sexagénaire athlétique, par l’intelligence de ses yeux clairs, que par sa modestie vraie devant sa nouvelle vocation d’écrivain. On se souvient d’un premier roman écrit sous un pseudonyme en 2002, et qu’il avait pétri de symboles de l’Egypte pharaonique, dont le plus grand était l’animal emblématique de la déesse Bastet, le chat. Dans un deuxième, paru cette année cette fois sous son vrai nom, Brandt renoue avec une symbolique, et surtout une mystique philosophique qui lui sont familières depuis ses années de collège à Champittet, au temps où cette prestigieuse institution de Pully était encore dirigée par des chanoines du Grand-Saint-Bernard: la majesté ténébreuse de leur hospice originel situé à 2473 m d’altitude (où l’on vit «la tête au ciel et les pieds sur terre»), les rituels de fidélité qui y sont observés depuis mille ans, le message chrétien – d’obédience romaine – qu’on y dispense sans faillir à la tradition.

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Depuis le haut Moyen Age, les religieux du col guidaient les voyageurs pèlerins à travers les intempéries, leur offraient le gîte et les accueillaient dans leurs prières. La règle les autorisait à les héberger durant trois jours. Davantage, si le mauvais temps se prolongeait. Le roman à énigmes de Jean-Marie Brandt imagine part de ce postulat: et si l’on était condamné à rester enfermé plusieurs jours, à cause d’une tempête qui s’éternise, dans le ventre secret de l’hospice, qu’y verrait-on? Il s’agit d’une pure fiction donc, mais pour l’élaboration de laquelle l’auteur a dépensé de longues heures à compulser des livres et des archives: ainsi les lieux et les rituels sont décrits avec exactitude. «Seule la trame est imaginaire, précise Jean-Marie Brandt, de même que la présence d’une femme et d’un chat»… Par honnêteté intellectuelle, et par fidélité à ses anciennes maîtres, il a même soumis son manuscrit aux chanoines avant de le livrer à son éditeur. Ténèbres sur le Grand-Saint-Bernard noue une intrigue presque policière, s’interrogeant sur la mission des moines et des prêtres dans le contexte d’un IIIe millénaire mondialisé. Belle prose résolument classique, trame serrée et captivante. Une suite romanesque et d’ores et déjà annoncée, qui aura pour décor le Vatican…

Né à Genève en 1946, docteur en sciences économiques, ancien administrateur à la BCV, puis à la direction des impôts de d’Etat de Vaud, Jean-Marie Brandt ne regrette pour rien au monde d’avoir opté il y a deux ans pour une préretraite, qui lui permet de se replonger dans ses réelles passions: l’étude des civilisations anciennes, l’écriture littéraire, la méditation sur le fait religieux. Parallèlement, il préside la Fédération des paroisses catholiques du canton de Vaud; ce qui ne l’empêche pas de travailler actuellement à une thèse en théologie dans le cadre éminemment protestant de la Faculté de Lausanne.

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Ténèbres sur le Grand-Saint-Bernard, I Le Grand-Saint Bernard des ténèbres. Ed. Slatkine, 290 p.

 

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