26/11/2009

Gilles Meystre aime son petit bedon radical

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Voici un garçon de 34 ans très dépeigné, au regard vert de bronze, et qui rit autant de lui-même que d’autrui. Gilles Meystre badine, boit et fume par tempérament plus que par extravagance provocante. Ce jeune secrétaire politique du Parti radical vaudois, rédacteur en chef de la Nouvelle Revue, est un énergumène selon l’acception étymologique du mot: pour les Grecs antiques, l’energonoumenos était un démon vaguement trivial aux idées imprévues. Une énigme, ce Meystre rieur, que ses frères de couleur apprécient parce qu’il sait exprimer des idées fortes avec une astuce polymorphe de joueur de go. Un madré? Non. Même ses adversaires politiques lui concèdent un esprit chevaleresque, et un dévouement authentique à la cause publique.

 

Gilles Meystre a un atout naturel majeur: il aime les gens autant que la bonne chère. Les débats parlementaires l’aiguillonnent, même si c’est souvent la morosité qui prévaut au Conseil communal de Lausanne. «Mais quand ils sont filmés par la télévision locale, mes collègues font des efforts.» Il y siège depuis 2001 et certains s’interrogent sur la portée de ses ambitions: le verra-t-on un jour dans quelque exécutif municipal, cantonal, voire plus élevé?

Ces supputations l’amusent, rallumant des cristaux blonds dans ses pupilles: «Je suis, comme on dit, au service de mon parti. Si j’étais plus explicite, on glisserait aussitôt des peaux de banane sous mes semelles.»

 

Voilà treize ans que ce foudre de guerre (capitaine à l’armée), s’est lancé en politique. Par conviction, ou par gageure d’une adolescence séductrice qui ne le quitte point, et qui charme? En l’an 2000, il contribue à l’élection d’un certain Olivier Français à la Municipalité de la capitale. Lui-même y sera élu une derechef au Conseil communal en 2006. Il est alors le porte-voix du programme de Lausannensemble. La même année il épouse la députée Marlène Bérard, l’actuelle présidente du groupe libéral-radical lausannois.

Il lui avait demandé sa main à Saint-Pétersbourg.

 

Gilles Meystre vivra jusqu’à ses vingt ans dans le Nord vaudois et le Gros-de-Vaud. Son géniteur est bottier orthopédiste à Oppens, comme son propre père et l’arrière-grand-père. Maman est institutrice de classe enfantine. Il fait ses écoles à Echallens puis au Gymnase d’Yverdon. Mais c’est à Yvonand, à la table de sa chère grand-mère maternelle - une citoyenne avisée qui lui transmet aussi une sagesse gastronomique - qu’il s’enflamme pour la chose politique, et en faveur du combat courageux du conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz pour l’entrée de la Suisse dans l’Espace économique européen. En dépit de son échec, ce grand Vaudois restera pour Meystre le meilleur des modèles. Voilà pourquoi il adhère à 21 ans au Parti radical lausannois - sous les ailes protectrices de Thérèse de Meuron et Doris Cohen-Dumani. Il milite avec ardeur tout en poursuivant ses études universitaires qui, elles, sont assez ébouriffées, à l’exemple des mèches de ses cheveux: il trouve l’enseignement de sciences-po trop normatif. A Epalinges, celui de l’Ecole hôtelière ne le convainc pas davantage: il leur préfère les recettes sans théorie de sa Mère-Grand. A Fribourg et Neuchâtel, des cours de journalisme lui seront utiles quand, plus tard, il gérera la communication de Beaulieu, puis de la CGN. En 2002, sa licence de l’UNIL est assortie d’un mémoire sur Christoph Blocher et la presse. Il y a étudié aussi le russe durant six ans. Pourquoi le russe? «Il devenait utile après la chute du mur de Berlin. J’avoue que depuis mes mandats politiques je le pratique peu.» Si un jour, à Dieu ne plaise, on les lui retirait, ou s’il s’en détachait de son plein gré, la langue de Gogol lui ouvrirait d’autres horizons professionnels. Tout comme ce postgrade en administration publique qu’il vise à présent à l’IDHEAP.

Gilles Meystre: un élu ambitieux doublé d’un Vaudois pétri de précaution atavique. «Je suis un vrai radical de ce canton. J’en ai d’ailleurs déjà la bedaine. J’assume».

 

 

 

www.gillesmeystre.ch

 

 

 

 

BIO

 

1975

 

Né à Yverdon, les métiers itinérants de ses parents le font changer de domiciles. Assise durable: les repas chez ses grands-parents maternels d’Yvonand. On y devisait de politique.

 

1992

 

Premiers émois pour celle-ci. La Suisse refuse d’adhérer à l’EEE. L’indignation courageuse de Jean-Pascal Delamuraz l’impressionne.

 

 

1995

 

Sciences- po à l’UNIL, Ecole hôtelière, retour à Dorigny, cette fois en Lettres. L’année d’après, il s’inscrit au Parti radical lausannois. Puis dans l’armée pour devenir officier.

 

 

2001

 

Elu conseiller communal. Réélu en 2006, épouse Marlène Bérard.

 

2007

 

Il est secrétaire politique de son parti. Parallèlement, étudie à l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP).

 

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06/11/2009

Yves Bugnon, un cantor effervescent

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Quand il dirige ses choristes, ses formes élancées se délient davantage, tourbillonnent, deviennent flamme, composent la silhouette endiablée d’une brindille au milieu d’un grand feu. Les feux d’Yves Bugnon sont musicaux, nourris par des voix humaines.

Après dix années passées rue de la Grotte, au Conservatoire, où il a reconstitué une maîtrise, l’envie lui prend de se mettre à son compte en créant un chœur d’enfants: Les Petits chanteurs de Lausanne. On y enseigne la technique vocale, la respiration, la formation de l’oreille, la lecture d’une partition. Le chant à une seule voix, à plusieurs. Cela dans des styles différents, et même des langues étrangères. «A l’expérience de concerts publics aussi, j’y tiens beaucoup.»

Car Yves Bugnon, qui joue du piano depuis ses dix ans et s’était arrimé tôt à un registre de ténor avec une oreille mélodique exceptionnelle, se vit confier à 16 ans l’harmonium de l’église de Cully. Et à 18 la direction du chœur paroissial. Sous sa jeune baguette, il voyait se contracter la bouche de ses parents fribourgeois, catholiques, et celles d’autres adultes de cette commune vaudoise, de fibre traditionnellement protestante, mais qui les accueillit à bras ouverts. Car la musique – surtout quand elle est chantée – est un ferment œcuménique irrésistible. Et cette expérience en public fut pour lui le plus beau soleil de son adolescence. Voilà pourquoi, à 52 ans, il a envie de la transmettre à ses ouailles.

 

Yves Bugnon vit ses cinq premières années à Mézières, dans le canton de Fribourg, un royaume où le plus noble des instruments de musique est la voix humaine. «Mon grand-père chantait, mes parents et mes trois frères aussi. On chantait instinctivement. En faisant la vaisselle, lors de randonnées en montagne, ou quand les gosses que nous étions se chamaillaient dans la voiture: papa et maman nous calmaient en nous faisant chanter avec eux.» Des chansons enfantines françaises certainement, des comptines, et des airs qu’on entonnait souvent à l’église.

 

 

Après son envol culliéran, marqué par la précocité et un éclectisme interreligieux, Yves Bugnon étudie le chant au Conservatoire. Parallèlement, pour exaucer un vœu parental – «tu dois faire métier» - il suit un apprentissage d’accordeur de piano qui dure trois ans. Et ce gagne-pain, exercé en indépendant, lui devient fort utile. C’est avec ses propres deniers qu’il peut notamment étudier à la très érudite Schola Cantorum de Bâle. Soliste à l’Ensemble vocal de Lausanne, il se trouve un maître en une personne de pointure internationale: Michel Corboz, dont il doit quand même se distancier après dix ans d’enrichissante communion.

Le ténor chante en soliste dans des oratorios baroques, dans des récitals de musique française, des opérettes, des productions chorales locales. Le cantor qu’il est aussi, et de plus en plus, lui, dirige les chœurs de Cully, de Montreux, de l’UPL, et j’en oublie. En 1999 celui du Jardin d’Orphée, costumé de bleu éclatant à la Fête des vignerons de Vevey. Bugnon enseigne encore à la maîtrise du Conservatoire lorsque cet enfant de la Glâne fribourgeoise reçoit, en 2006, une reconnaissance solennelle de son canton d’accueil: le Prix de l’éveil, de la Fondation vaudoise pour la culture.

De ses racines fribourgeoises, Yves Bugnon conserve un tempérament effervescent, un humour terrien où l’on s’amuse de soi-même et qui lance des étincelles dans son regard gris-vert. (Parfois un nuage de méfiance vient le ternir: signe de bonne acclimatation à notre mentalité cantonale!) Sa volubilité est celle des êtres qui conjuguent plusieurs activités et ont de l’énergie à revendre, du souffle à transmettre.

Les petits choristes de sa nouvelle manécanterie en seront comblés. Il y appliquera la leçon d’œcuménisme qu’il avait tirée à ses 18 ans: «Il ne sera pas que religieux. Il mêlera les styles musicaux et les âges; le grégorien, le classique, le baroque, le populaire. Ce sera une gerbe d’enseignements: technique vocale, solfège, mais aussi psychologie de l’enfant.»

 

Av. Davel 7, 1004 Lausanne. 021 312 72 16.

marburg@sunrise.ch

 

 

 

 

 

 

 

BIO:

 

1957

Naît à Lausanne, prime enfance à Mézières, en Glâne fribourgeoise, près de Romont. Famille de mélomanes. Vit son adolescence à Cully (VD).

1973

Il a 16 ans quand on lui propose de jouer de l’harmonium. A 18, il reprend la direction du chœur paroissial culliéran.

 

1977

Etudie à la Schola Cantorum de Bâle.

 

1989

Après avoir chanté 10 ans sous la houlette de Michel Corboz, il dirige diverses formations chorales.

1999

Reconstitue une maîtrise au Conservatoire de Lausanne.

2002

Commence à travailler avec le Chœur suisse des jeunes.

2006

Prix de l’Eveil, décerné par la Fondation vaudoise pour la culture.

2009

Il fonde Les petits chanteurs de Lausanne.

 

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=AE_HkIMUclk&hl=fr

 

Yves Bugnon dirige Le problème d’Ivo Antognini à Lutry, chanté par Le Schweizer Jugendchor, en mai 2009

 

14:43 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (2)

15/10/2009

L’esprit de sel d’Olivier Delacrétaz

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C’est un grand costaud, à voix serrée, douce, et dont le front clair est marqué d’une ridule médiane - signe de discernement, diraient les Chinois. Président de la Ligue vaudoise depuis 32 ans, Olivier Delacrétaz est respecté pour ses éditoriaux dans La Nation même par ses détracteurs de gauche: sa plume élégante est tissée d’argumentations ouvertes. Voilà un adversaire intelligent, spirituel, savoureusement rossard, qui s’engoue pour la politique en se targuant de ne point en faire. Même si son mouvement, fondé en 1933 par Marcel Regamey, s’était rallié au référendum contre le cassis de Dijon qui vient d’échouer (simplification des échanges économiques de la Suisse avec l’UE), il reste résolument «hors parti». Car la Ligue, qu’il définit comme une nébuleuse, «conteste la légitimité de ces factions idéologiques qui assimilent l’intérêt général à celui de leur groupe partisan». Sa mission ne serait que de soutenir ce qui contribue au renforcement de l’identité vaudoise.

 

En 1959, Olivier Delacrétaz a 12 ans. Il est à mille lieues d’imaginer qu’il deviendrait un jour le président de la Ligue vaudoise alors qu’il joue au croquet avec des parentes de son fondateur dans un jardin d’Epalinges. Le hasard fait que Marcel Regamey, l’impressionnant patriarche, est lui aussi un Palindzard. Et Paul Delacrétaz, le grand-père d’Olivier est son disciple, tout comme son père, le Dr Jean Delacrétaz, médecin influent, futur doyen de faculté.

A sa table familiale, ce dernier parle souvent de politique. «Avec logique et lucidité. Ses jugements préféraient l’approche réaliste à l’idéologique. Un acte de foi. Mon père s’opposait à tout centralisme. Il m’a transmis sa fibre fédéraliste».

Au Gymnase de la Cité, Olivier Delacrétaz se révèle latiniste moyen et piètre helléniste. Mais il y déploie des dons de caricaturiste qui ne le quitteront plus – sa manière est proche du New-Yorkais David Levine et ses portraits-charge, où la proportion de la tête est exagérée. Son trait amuse les lycéens, il en historie des brochures de cours. Il fait florès, et du coup, au lieu de se lancer dans les Beaux-Arts il opte pour le graphisme. Ce qui le conduit à Zurich, où il créera avec deux partenaires éphémères son Atelier Ubu*. Depuis, ses caricatures de personnages, signées Olb, émaillent diverses publications.

 

Un fédéraliste absolu

 

Entre-temps, dans le sillage parental, il s’est familiarisé avec les raouts intellos de la Ligue aux camps de Valeyres-sous-Rances. Il a 20 ans quand il lit dans la rubrique culturelle de La Nation un article affirmant que l’art moderne s’était arrêté à l’impressionnisme… Le talentueux dessinateur s’en émeut auprès de Marcel Regamey lui-même, qui lui rétorque: «Alors répondez!» C’est ainsi qu’en signant un premier billet un peu survolté dans un périodique qu’un jour il dirigera, l’apprenti graphiste prend goût pour l’écriture et la joute polémique. «J’ai appris à devenir un homme de débats, un animateur, sur le tas. De même, quand on m’a confié la direction des Cahiers de la renaissance vaudoise, au départ de Bertil Galland en 1972, j’ai dû m’initier au métier de l’édition de livres.»

Un homme de droite, Olivier Delacrétaz? Il est considéré comme tel quand il s’insurge contre de nouvelles méthodes pédagogiques ou contre la norme antiraciste – qui «fait planer des menaces sur la liberté d’expression». Et il est vrai que la Ligue vaudoise, inspirée lointainement par le nationalisme maurrassien, se méfie de la démocratie moderne: «Le seul régime qui voie dans la lutte pour le pouvoir le fondement même de sa légitimité.»

Pourtant, tout farouche opposant à la fusion des communes qu’il fût (lire son billet de février 2006 dans La Nation*) il s’est mis à dessiner un blason unique pour les villages de Jorat-Mézières, Valbroye, Montilliez et Villarzel. Dont sa mère est originaire…

Se dédit-il? Pas du tout: «Le bien du canton nous importe, non celui de nos idées. Nos idées sont secondes. Elles ne fondent pas notre appartenance vaudoise, elles l’élucident et établissent les moyens de la faire rayonner.»

 



 

 

 

 

http://www.atelierubu.ch

 

http://www.ligue-vaudoise.ch



 

 

BIO

 

1947

Naît à Lausanne. Son père est un éminent dermatologue. Il a 12 ans quand sa famille (il a un frère et une sœur) sinstalle à Epalinges.

 

1966

Après des études classiques au Gymnase de la Cité, il obtient son bac.

 

1967

Etudie à la Kunstgewerbeschule de Zurich. Ecrit son premier article dans La Nation. Stage à New York. CFC de graphisme en 1972.

 

1972

Crée lAtelier Ubu à Zurich. Reprend les Cahiers de la renaissance vaudoise.

 

1975

Déménagement de son atelier dans la région lausannoise. Dabord à Montblesson. Dès 1993, place du Grand-Saint-Jean.

 

1977

Président de la Ligue vaudoise, il est éditorialiste principal de La Nation et publie aux CRV une douzaine de livres.

 

1980

Naissance de sa fille. Deux garçons naîtront en 1981 et 1987. Leur mère est, entre autres, infirmière.

 

 

 

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