20/08/2012

Etuve caniculaire et soifs canines

 

La semaine passée, cette chronique a glorifié la splendeur sportive du cheval et ses empathies humanoïdes. Aujourd’hui, elle parle d’un autre meilleur ami de l’homme, mais pour le plaindre: après un éprouvant week-end, et pour plusieurs jours encore, le chien souffre de cette météo trop ensoleillée qui cuit toute notre contrée à l’étuvée. Les humains ne sont pas épargnés, surtout grand-tante Gladys que j’exhorte à boire dix fois par jour – sa sensation de soif s’est perdue avec l’âge. Et dont j’asperge d’eau fraîche les minces bras à l’aide de l’arrosoir-spray de ses pétunias. Cette touffeur nous a été apportée par des vents d’Espagne, torrides et secs. Trop secs pour déclencher des orages dans le ciel lémanique; et notre majestueuse cuvette alpine les a immobilisés pour les échauder davantage. L’air ne circule plus, on respire mal, on se met à rêver d’un éclair cinémascopique suivi de pluies tropicales. On se jetterait volontiers dans le tambour de son lave-linge pour un programme de rinçage et d’essorage.

Mais revenons au martyre des chiens par temps caniculaire. Il est à la fois physique (ils déploient une langue impressionnante de longueur, de moiteur, de désespérance) et moral. Ou plutôt philologique: au fond de leurs prunelles blondes luit une flamme obscure de culpabilité. Je gage qu’ils savent – ils sont tous savants - que le mot canicule est étymologiquement lié à l’astre qui préside à leurs destinées: Canicula, en latin «petite chienne» et l’autre nom de Sirius, l’étoile qui se lève et se couche en même temps que le soleil, cela en période de très fortes chaleurs… Pour ne rien arranger, elle endiamante la constellation dite du Grand Chien! Ainsi votre petit toutou a soif autant, sinon plus que vous, à cause d’un gigantesque toutou stellaire qui le nargue et tourmente son âme. Consolez-le de la chaleur en humidifiant souvent ses coussinets, et en lui donnant à boire. Sans précipitation. Suivez plutôt la manière homéopathique d’une jeune promeneuse, que j’ai croisée samedi au Petit-Chêne. Elle désaltérait son «chiot d’aisselle» (un jack-russell, je crois) avec un biberon de poche.

 

15/08/2012

L'homme et le cheval, suite

Pour déromantiser la moindre ma dernière chronique sur "la plus belle conquête de l'homme", voici de mon cher Vialatte une méditation sur le même sujet:

"Tout le monde a la notion du cheval. Si on ne l’a pas, il suffit à l’esprit de se représenter un âne, mais un grand âne avec la queue moins étriquée. Ou alors un boeuf, en moins gros, sans cornes, et avec une crinière. Ou à la rigueur un homard, mais sans pinces et sans carapace, monumental, avec le poil luisant et des sabots qui sonnent sur une route asphaltée.

"Ou alors un très grand lapin, un gros lapin de cinq cents kilos qu’on pourrait atteler à une voiture et qui ressemblerait à un cheval. Ou encore un paquet de lapins, de cinq cents lapins d’un kilo pièce, agglomérés pour faire un lapin synthétique qui aurait une crinière abondante, avec une selle et un jockey. Bref, tous les animaux sont propres à donner une idée du cheval à condition de les faire déformer par l’esprit dans le sens qui les rapproche réellement du modèle."




13/08/2012

Le cheval glorifie l’homme et le guérit

A la mi-Août, ce n’est point le chat qu’il convient de célébrer: les actualités sportives portent au pinacle un autre mammifère domestique qui ne miaule pas mais hennit; ne feule ni ronronne, mais s’ébroue en secouant la tête. On parle bien sûr du cheval. Pas de n’importe lequel: il porte le nom aristocratique de Nino des Buissonnets, il a onze ans, une étoile blanche au front et «un vrai caractère», si l’on en croit son jockey Steve Guerdat. Et c’est parce que sa monture adore sauter «d’une manière fantastique» que le champion jurassien a pu décrocher pour la Suisse une 3e médaille d’or aux J0 de Londres. Voilà le Nino entré dans la grande Histoire équestre, galopant dans le sillage d’un Pégase, le cheval ailé de Persée, ou de Bucéphale, celui d’Alexandre de Macédoine… Leur procession se profile en nuages derrière le balcon des Mémises, et jusque sur la butte du Chalet-à-Gobet où, à partir de ce jeudi 19 août, se dérouleront les joutes d’Equissima: attelage, dressage, sauts d’obstacle, voltige, etc.*

Qu’on me pardonne, il m’est impossible de rendre hommage au cheval sans revenir sur sa définition sempiternelle par le naturaliste Buffon: «La plus noble conquête que l’homme ait faite.» Mais c’est pour souligner que le verbe conquérir ne signifie pas que soumettre, assujettir, dominer. Il a des synonymes moins cruels, plus chevaleresques (tiens…), presque idylliques. Ne parle-t-on pas de la conquête d’un cœur? Quand un alpiniste conquiert l’Everest, il n’en fera pas son esclave, mais son semblable. En fait, c’est l’Everest qui l’a hissé vers lui, qui l’a conquis en retour pour le glorifier. Ainsi opère le cheval: il agit passivement. Il y a dix ans, j’ai visité le Pied à l’Etrier, une belle ferme de Thierrens où l’on favorise la réinsertion sociale de jeunes aliénés par l’élevage chevalin. L’un d’eux me fit caresser le chanfrein d’un hongre géant et anthracite: «Il était impétueux et violent; il a cessé de l’être dès le jour où je me suis mis à le laver, le fourrager, puis le monter. Il m’a transmis sa force quand j’étais faible. Il m’a guéri.»

 

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