24 Heures

28.03.2008

Des voyages et de la formation de la jeunesse

1513068492.jpgCARTE BLANCHE A PIERRE-ANDRE ROSSET

 

 

 

Les sensations physiques et les images se combinent mutuellement pour rappeler des souvenirs enfouis. Un souvenir est un point fixe sur la mémoire, celle dont les perspectives ont tendance à se déformer au gré du voyage. La tentation existe de reconstruire un paysage tout entier à partir d’instantanés tirés du monceau d’archives destinées à l’effacement: retrouver des époques échappées à l’Histoire, des témoins disparus ou des images estompées par les limites de la certitude. Mais jalonner le parcours est un exercice périlleux: glissades déroutantes, ancrages incertains; les déchets jonchent les bas-côtés de la route à distance régulière, comme des bornes fantomatiques du vécu. Mais quand ça marche, l’impression qui en résulte donne accès à un retour furtif dans le passé et laisse une trace insolite, lente à se dissoudre dans le présent.

Souvenir de la Rivière des Perles (1966) La voyageuse (appelons-la Xiu) descendue ce jour-là en gare de Xinqua, n’avait d’autre raison de le faire que le train cessait d’avancer pour un motif indéterminé. Elle était montée, avec un groupe d’étudiants, dans le wagon d’un convoi de marchandises tiré par une machine à vapeur cachectique. Depuis quelques semaines, les trains circulaient sans horaire et les voyageurs sans billet. On se loge comme on peut à Xinqua, dans un bâtiment abritant les décors de la troupe locale d’opéra traditionnel. Quelques restaurants sont ouverts, mais ne proposent que des plats à base de viande de chien. Alors, il faut se contenter de biscuits emportés pour le voyage. Puis on croise un soldat conduisant un prisonnier attaché. Le malaise succédant au dégoût, décision est prise de quitter la ville par le premier moyen de transport. A peu de distance se trouve le village de Yiwu, où Xiu pense pouvoir retrouver un lointain parent, universitaire échoué dans cet endroit qui aurait pu rester oublié à jamais, s’il n’y avait la réputation de son jambon. Un autocar déglingué la dépose sur une place de marché grouillante de chalands et où les produits fermiers abondent en cette période de pénurie. Mais ce qui la frappe le plus, c’est la quantité considérable de peaux de chats suspendues à tous les étals. Le fameux parent étant introuvable et les doutes sur la composition du jambon d’Ywu pesants, Xiu décide de prendre le train de voyageurs annoncé à la gare. La région de Guangzhou est connue pour son humidité et il pleuvra tous les jours de la semaine qu’elle y passera. Logée dans un immeuble en construction, le bol de nouilles faites de riz qu’on lui propose deux fois par jour est insuffisant à rassasier son appétit. Mais on trouve à Guangzhou quantité de friandises inconnues et Xiu se nourrit de gâteaux. A part le pont sur la Rivière des Perles, la ville ne révèle aucun intérêt particulier et le départ s’impose par lassitude. Notre voyageuse trouve une place dans un train en partance pour le nord et, malgré les tentations offertes par les nombreux arrêts dans des endroits inconnus, elle renonce à quitter sa place pour être sûre de la conserver jusqu’à destination. Et puis le Nouvel An approchant, l’envie de retrouver la maison gagne sur l’esprit d’aventure. Cette atmosphère de grandes vacances marquait le prologue de la Révolution Culturelle. Souvenir de la Région du Fleuve (1974) Le voyageur (appelons-le Piet), descendu cette nuit-là à l’aéroport de Dakar, a passé cinq heures rivé au hublot du DC-8, à prendre la mesure du continent où il va débarquer pour la première fois. Il fera plusieurs fois le trajet en avion et sera toujours émerveillé par ces minuscules feux de camps éclairant la nuit saharienne, comme un miroir aux étoiles. Il est très tôt et le gendarme pointilleux le fait asseoir en attendant le document qui doit compléter les formalités d’immigration. Alors il observe, avalant des kilomètres d’informations, l’activité nocturne de ce lieu dédié au basculement des corps de la fuite au retour. Le papier arrive et Piet s’extrait de la neutralité bienveillante de l’aéroport pour sauter enfin dans l’inconnu. Arrivé à l’Hôtel Saint-Louis, rue Félix-Faure, il aurait été heureux de pouvoir se reposer, s’il n’avait été aussi excité par l’aventure qui commençait. Attendant le sommeil, il se verse un fond de verre à dents de whisky, puis va fumer une cigarette à la fenêtre des toilettes pour épier la vie émergeant de la nuit africaine. A dix heures on le réveille, et c’est l’attente patiente, initiation au rythme indigène. Midi passé, apparition surnaturelle d’une voiture venue le chercher. Puis ce sera la longue route initiatique, par étapes successives, de révélation en révélation. Il y a la ville étonnante que l’on dépasse, comme on dépasse la banlieue surprenante. On s’arrête pour manger au Poussin Bleu, à Thiès, comme s’il fallait ajouter une touche d’inattendu au tableau des surprises. Et on reprend la route rectiligne traversant des villages biscornus ou des étendues de baobabs aux tentacules menaçantes. Mais plus la voiture progresse en direction du nord et plus la végétation se raréfie. Le pays n’a pas reçu sa ration de pluies depuis sept ans, provoquant un désastre écologique et humanitaire. Le chauffeur doit éviter plusieurs fois des charognards besognant sur le cadavre d’une tête de bétail, obligeant la voiture à de sinistres détours. Pas encore habitué à cette chaleur harassante, notre voyageur est sur le point d’atteindre le point d’ébullition, quand le pont Faidherbe s’avance pour lui proposer une dernière escale au frais, à l’Hôtel de la Poste, Saint-Louis du Sénégal. Tout paysage nouveau est insolite, même s’il est monotone. C’est bien l’attitude à prendre en se soumettant encore aux cent derniers kilomètres: buissons épineux, arbres rabougris, herbes chétives, sable envahissant, chèvres desséchées et huttes calcinées. Piet arrivait enfin à son nouveau chez lui.

 

21.03.2008

La véritable histoire du lapin de Pâques

 CARTE BLANCHE À LAO WAI

J’étais à peine de retour d’une reconnaissance au nord du Sénégal, où des peintures rupestres évoquant des formes de léporidés m’avaient été signalées, qu’une nouvelle en provenance de Chine m’invita à refaire mes bagages pour le Sichuan. Ce que je vis, au fond d’une caverne située au pied d’une sommité moyenne au nord-ouest du Mont Emei, devait me convaincre que le hasard n’était plus tolérable et que l’évidence d’une civilisation très ancienne en rapport avec les lapins s’étalait sous mes yeux. Mais le mystère reste entier quand on se penche sur la datation des mythes concernant cet animal.

Au IIe siècle de notre ère, le très dogmatique Irénée de Lyon a parfaitement rapporté les thèses de communautés gnostiques qui toutes, de la Vallée du Jourdain à l’Asie Mineure, et même déployées jusqu’en Extrême-Orient, exposent la mystique du Grand Lapin réservant le salut à ses seuls initiés, en opposition au Christianisme qui le propose à chaque individu. Il n’est pas inutile de citer les disciples d’Audi, les Manichéens, les Kantéens, les Séthien, les Barbélognostiques, les Archantiques, les Ophites, les Pérates ou les Caïnistes, qui s’en réclament tous sans exception. Par contre, on n’en trouve nulle trace dans les écrits de Simon de Samarie ou de Nicolas le Diacre, ce qui ajoute à l’étrangeté de ce courant de pensée. Selon Frazer, cette conception ésotérique repose sur un substrat plus ancien que l’hypothèse midrashique ne peut interpréter.

Quelques siècles plus tard, les récits de Bogomiles ou de Cathares ayant échappé au bûcher, mentionnent de façon très prudente l’existence de croyances tenues secrètes sur le retour du Grand Lapin, dont l’espèce dominait autrefois la Terre et aurait contribué à l’extinction des dinosaures en leur mangeant l’herbe devant le museau. Cette retour quasiment messianique a pour but d’empêcher Sophia de s’unir à nouveau à la matière, obligeant alors le Démiurge à retirer l’esprit à Adam, dont la longue lignée humaine a injustement détrôné les lapins.

Pour le Sénégal, cité au début, le cas a été promptement réglé, puisqu’il s’agissait de dessins récents réalisés à la craie par des enfants, pour illustrer une légende locale remontant au début de la période post-coloniale et évoquant le séjour d’un Blanc surnommé Rabbit, on ne sait pourquoi. Par contre, en analysant les différentes sources qui alimentent la légende arthurienne, on relève au XIIe siècle chez Païen de Maisières, sorte d’écho corrompu de Chrétien de Troyes, une mention originale de Gauvain dévoré par une tigresse asiatique au fort pouvoir de séduction, qu’il était venu dérober dans le château d’un mystérieux Roi-Lapin.

 Mais ceci tient plus de blagues d’anthropologues en fin de banquet annuel, que d’un scénario de film d’aventures mettant en scène un scientifique chapeauté aux prises avec des malfaisants tentant de s’emparer d’objets liturgiques, pour en faire un usage simoniaque.

Il faut par contre admettre que la circulation réciproque des idées entre l’Extrême-Orient et la Terre-Sainte ne fait plus aucun doute, puisqu’on retrouve le texte qui suit dans l’Evangile apocryphe de Philippe: « La lumière et la parole, la vie et la mort, la droite et la gauche sont sœurs les unes des autres ; elles sont inséparables. C’est pourquoi, ni les bons sont bons, ni les méchants méchants, ni la vie est vie, chacun sera dissous dans sa nature originelle. Mais les lapins, qui sont supérieurs au monde, sont indissolubles, éternels ». De nature spécifiquement taoïste, il fait écho à de nombreux passages du Zhuangzi écrit 300 ans plus tôt  et, sans le dénaturer, on pourrait lui ajouter la fin du célèbre discours de l’énigmatique Guang Chengzi au légendaire Empereur Jaune : « Tout ce qui naît de la terre retourne à la terre. Comme les lapins échappent à ce cycle, je vais vous quitter, franchir les portes de l’infini, participer du soleil et de la lune, durer comme le ciel et la terre. Si l’on m’aborde, je disparaîtrai ; si l’on me fuit, je l’ignorerai. Lorsque les humains seront morts, moi seul survivrai ».

Guang Chengzi est-il le fabuleux Grand Lapin, dont la vénération est venue en Terre-Sainte se confronter au Christianisme naissant, pour se diffuser ensuite dans le monde celtique, puis médiéval ? Quel est le message véhiculé par ces dessins de lapins vus dans une grotte du Sichuan, et qui sont au moins contemporains de l’époque à laquelle on situe l’hypothétique Empereur Jaune (~2'500 av. J.C.) ?

Le Christianisme ayant supplanté le culte du lapin, ce dernier a néanmoins survécu dans l’inconscient collectif et réapparaît sous forme de figurines en chocolat consommées au moment le plus crucial du calendrier liturgique.

Post Scriptum :
en mandarin, la traduction courante de l’expression « le coup du lapin » est «  », mais son contenu sémantique diffère sensiblement du français, puisqu’on peut sans crainte le rapprocher de la fameuse expression latine « cave cuniculum ». Peut-être que ce n’est pas non plus le fruit du hasard…
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PAR    LAO WAI

19.03.2008

Le souper fin

(En cette veille de fêtes pascales, carte blanche à Lao Wai, qui n'est pas tout à fait un nouveau venu.)

 

 

Tout occupés qu’ils étaient à débattre avec flamme de choses temporelles, les Douze n’entendirent pas le Maître entrer dans la chambre haute. Sans même frôler le sol ou provoquer le moindre déplacement d’air, il gagna sa place dans une indifférence que seul le brouhaha des conversations suffirait à expliquer.

«Celles qui élèvent» avaient ordonné le plan de la fête en prévision de l’importance que cette dernière prendrait dans l’Histoire. Marie de Magdala, s’inspirant d’une tablette gravée par Hieronymus Estebus, le Lucullus hiérosolymitain, avait souhaité frapper les esprits en défiant les papilles les plus indolentes. Marie de Béthanie, en appelant aux mânes de ce mois de Ventôse de l’an 33, avait fait livrer des amphores de vin de Corinthe aromatisé à la résine de pin d’Alep. Quant à Marie la Pécheresse, dont la longue et abondante chevelure cuivrée servait d’unique vêtement, elle mouvait son corps fascinant en ondoiements célestes à l’écoute de sa propre musique interne.

            

Evitant de donner aux autres convives l’ombre d’un soupçon qu’il était en train de trier les meilleurs morceaux, celui que le Maître aimait plongea avec dextérité ses baguettes dans la fricassée de lapin à l’abricot confit, cumin et pistaches, et dit:

- une information circule en ville selon quoi la conjecture de Riemann sur les nombres premiers n’aurait toujours pas été démontrée.

A cette nouvelle, un murmure parcourt l’assemblée des apôtres, comme ronfle le feu dans une cheminée sous l’effet du vent. Puis la lame d’une guillotine s’élève au-dessus des têtes, pour retomber en tranchant les vibrations sonores suspendues dans l’air: tous se taisent, car le Maître parle:

- il s’agit certainement d’une intox répandue par Dan Brown.
En effet, le monde civilisé était en effervescence depuis qu’en l’an 32, un Briton avait touché 75'000 sesterces d’un mécène germain pour avoir démontré le dernier théorème de Fermat. Il ne restait alors plus qu’à s’accrocher à la conjecture de Riemann pour décrocher le jackpot. Le grelot sonna le 18e jour de Germinal de cette même année, mettant toute la romanité sur les nerfs avant que le soufflé ne retombe quelques mois plus tard.
A ce moment, l’œnologue de l’ashram vient vérifier l’effet du picrate sur les invités au repas de sa grande sœur. La plus petite poursuivant ses contorsions dans le plus simple appareil autour des convives, dont les plus sensibles sentaient déjà l’érotisme sous-jacent dévaster leur candeur, quelles qu’aient été les intentions originales de la ballerine.
Une tension perceptible commence à poindre et les fronts perlent sous l’effet conjugué des mets, des nectars et des émanations de la féminité. Didyme Jude Thomas s’écrie alors, un rien chaviré:
- celui qui parvient à l’interprétation de ces paroles ne goûtera point la mort!
Jacques le Mineur, demi-frère du Maître (sa mère Sophia étant l’une des concubines de Joseph, leur père), se levant avec un effort qu’il tente de masquer en défroissant sa tunique d’un geste étudié, demande que l’on fasse avancer la suite du menu:

- ce n’est point à la mort que nous goûterons ce jour, mes amis, mais à la terrine de foie gras aux lentilles du bienheureux Estebus.

Depuis le pas de la porte, Marie de Béthanie fait un geste rapide en direction de la cuisine, d’où sortent pas moins de trente porteurs de plats en une colonne sinueuse et dansante. Se balançant sur sa chaise, Barthélémy regarde Marie la Pécheresse sauter et tournoyer et fait part à l’ex-Simon de la réflexion que lui inspire ce spectacle:

- ne crains pas la chair, mais ne l’aime pas non plus. Si tu la crains, elle te dominera. Si tu l’aimes elle te dévorera et t’étranglera.
L’ex-Simon s’abîme en lui-même un long moment, tout en retirant avec l’ongle de l’auriculaire un morceau de lapin logé entre deux dents, puis fait dans un souffle, presque un soupir:
- si la chair a été créée à cause de l’esprit, c’est un miracle. Mais si l’esprit a été créé à cause du corps, c’est un miracle de miracle.
Le fils de Zébédée, qui avait des vues sur le Zélote, mais n’osait manifester clairement ses intentions, écrasé qu’il était par l’intégrisme religieux de ce quartier de Yeroushalayim, profita d’un changement de vaisselle pour rapprocher sa chaise en toussotant:
- j’ai connu hier un moment d’une intense émotion à l’écoute de deux versions de l’adagio du premier concerto pour violoncelle de Haydn. Celle de Rostropovitch, avec l’Academy de Saint-Martin-in-the-Fields tout d’abord; puis celle de Jacqueline du Pré, avec l’English Chamber Orchestra ensuite. La confrontation de l’entité sonore créée par chaque interprète fécondant l’œuvre par la vitalité de son instrument est tout simplement bouleversante. Rostropovitch reste toujours en deçà du pathos avec un chant restituant toutes les émotions contenues de ses auditeurs passés, présents et à venir. Alors que Du Pré fait vibrer chaque fibre sensible de notre être sous un archet capable de fissurer un atome.
C’est au milieu de ce tumulte d’esprits joyeux en train de s’échauffer qu’un étrange visiteur se présente. Le seul fait d’avoir à partager le même espace que lui, provoque un malaise intense dans l’assemblée et les conversations s’éteignent decrescendo. On peut entendre distinctement bourdonner les mouches.
Le Maître, qui est celui qui sait ce qui a été, ce qui est et ce qui sera, s’adresse à lui sans crainte, car il le connaît déjà:
- bonjour à toi, Seigneur du Sheol, prends place et joins-toi au banquet. Le prochain plat devrait être de la tajine de poulet aux citrons confits: j’en raffole…
- merci de ton hospitalité, Rabbi, mais je suis seulement venu conclure un marché secret avec toi.
A ces mots, toutes les personnes présentes, à l’exception des deux interlocuteurs, se figent comme des statues et nulle parole ne peut les atteindre.
- Rabbi, tu le sais, demain ils viendront s’emparer de toi pour te conduire à ton destin: un grand destin. Alors que de moi, on ne parlera plus dans deux mille ans. Laisse-moi prendre ta place, pour que sur mon corps supplicié se construise pour l’éternité un empire plus puissant que Rome, quand bien même cet empire devrait porter ton nom. J’en ai déjà parlé à l’Iscariote, il est d’accord et fera en sorte que l’on me prenne pour toi. Je lui ai donné trente deniers pour s’assurer des complicités nécessaires.
Le Maître laissa faire, convaincu que la force invincible des symboles n’exigeait pas implicitement sa contribution personnelle au sacrifice, comme il était satisfait de se débarrasser d’un concurrent redoutable, mais d’un égotisme suicidaire. Ce qui lui laissait le champ libre pour le travail considérable qu’il avait encore à accomplir sur Terre. Il vécut encore de nombreuses années, entouré de l’affection des siens et de sa nombreuse progéniture.
A ce jour, la conjecture de Riemann sur les nombres premiers n’a toujours pas été démontrée, même avec tous les moyens informatiques mis en œuvre. Les mouches ayant perdu leur Seigneur s’attachent à n’importe quel être vivant et le Mal existe toujours; ce qui prouve bien qu’il est une invention humaine et non celle d’un quelconque esprit mal tourné. Enfin, selon Dan Brown, les descendants du Maître sont à l’origine de la race des Mérovingiens et il y a de bonnes probabilités pour que nous en gardions tous quelques gènes.

                                                                                

PAR  LAO WAI

 

 

 Casting
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Le mathématicien Bernhard Riemann est l’auteur de la conjecture qui porte son nom. Aventures à suivre in «La symphonie des nombres premiers», de Marcus du Sautoy, «Points Sciences»/éditions Héloïse d’Ormesson, 2005.
Les menus sont de Jérôme Estèbe in http://jeromeestebe.blog.24heures.ch/
Citations de style biblique in Les évangiles apocryphes de Thomas et Philippe.
Rabbiterie haydenienne in Oeuvres complètes.
Et Dan Brown sera toujours in.

 

03.03.2008

Pèlerinage à Santiago di Compostela

Je prends deux semaines de congé. J’en profite pour donner carte blanche à Jules Perfetta, éducateur chevronné, personnage charismatique très apprécié surtout dans l’Est lémanique, et qui a pris son bâton de pèlerin en direction de Saint-Jacques-de-Compostelle.

 

 

 

En quelques lignes voici brièvement présenté ma démarche personnelle à propos de mon pèlerinage à St Jacques de Compostelle. Cela représente plus de 2000 km. A pied sur «le camino frances». Départ prévu samedi 1er mars à 7 h 00 à partir du ch. du Pèlerin au Mt. PELERIN. En passant par Lausanne, Genève, Puy en Velay, St Jean Pied de Porc, Roncevaux, Bourgos et Santiago di Compostela.
J’avais depuis fort longtemps rêvé de faire ce chemin sur les traces de l’apôtre St Jacques. Est-ce le fait que mes aïeuls des Grisons italiens se rendaient à pied régulièrement à Rome pour servir le pape Jules II comme mercenaire. Une autre partie de ma famille s’en allait toujours à pied du côté du sud de l’Allemagne et suivait le Danube. Ils se rendaient ainsi à Vienne à la cour impériale d’Autriche ou ils œuvraient comme ramoneur au sein des corporations qu’ils dirigeaient.

 

Je ressens le besoin après une vie professionnelle active de 37 ans au sein de l’éducation spécialisée de changer de vie, de découvrir un autre rythme, de se donner d’autres challenges et une grande envie de soigner sa santé et de se faire du bien. Une envie profonde de redécouvrir une vie spirituelle peut être jusque-là trop aseptisée. Finalement mettre en route son corps afin de faire émerger ses émotions enfouies (au mode de la bioénergie décrit par Wilhem REICH) et tenter ainsi de rechercher un apaisement dans ce monde si tourmenté.

 

L’exercice journalier de la marche donne la possibilité à notre corps d’être le vecteur de notre pensée et de notre action. En mettant celui-ci en jeu, il nous guide dans notre réflexion et dicte les rythmes à suivre et la manière dont on doit gérer les efforts, la douleur et les joies du voyage.

 

Le temps et l’espace (le rythme de la journée et la distance à parcourir) jouent le rôle de révélateur de l’intériorité. C’est le rythme martelant des pas sur la terre des sentiers qui oblige à la création, (faire un repas en commun, visiter une abbaye pittoresque, s’offrir un juste repos après une journée de marche, passer une bonne nuit de repos ou établir des contacts enrichissants).

 

La rencontre et la découverte sont facteurs de profonds changements, combien de personnes partent en pèlerinage pour changer de vie, affective, professionnelle, spirituelle ou simplement se faire plaisir. Comme s’ils jetaient leurs fleurs dans un champ céleste prêt à cueillir la nouvelle donnée comme leur destin.

 

A la découverte du voyage je m’en vais, dans ma tête je fais un pèlerinage, dans mon cœur je veux partager le quotidien avec d’autres pèlerins venus de l’EUROPE entière, et dans le suivi du chemin malgré la fatigue et les difficultés je laisserai jaillir mes émotions… Joie, Tristesse, Remord, Plaisir, et bien d’autres. Enchantement aussi, afin de mieux les ressentir. Le fait de savoir que durant le voyage je pourrai m’arrêter dans un champ de coquelicot pour l’admirer sans être déranger me procure à l’avance un grand plaisir et un grand sentiment de liberté. Que Dieu soit avec moi et me protège sur le camino «frances».

 

U L T R E Ï A (cri de ralliement des pèlerins) ce qui veut dire «Va… chemine au-devant des collines»
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Jules PERFETTA

 

 

21.02.2008

Les mouches

(Carte blanche à Olivier Schopfer, notre philologue genevois, qui aujourd’hui s’intéresse à l’intrusion d’un insecte universel dans notre langue.)

 

La mouche est un insecte qui comprend de nombreuses espèces. La plus commune, celle que l’on entend bourdonner à nos oreilles en été, est la mouche domestique, du latin « musca domestica ».
Autrefois, on appelait « mouche » tout insecte volant
: cela comprenait l’abeille, la guêpe, le moustique et le taon. C’est à partir du 16ème siècle que l’on commence à faire la différence, mais en continuant à accoler le mot « mouche ».
Montaigne, le célèbre auteur des « Essais », est le premier à offrir cette précision en inventant la formule « mouche guêpe ».
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On retrouve la mouche dans de nombreuses expressions ou proverbes:
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1. « Écrire en pattes de mouche. »
Écrire de manière maladroite et/ou avec des ratures.
2. « Tomber comme des mouches. »
Se dit lorsqu’un très grand nombre de personnes meurt en même temps (en cas de guerre, de catastrophe naturelle ou d’épidémie).
3. « On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre » (proverbe).
On résout mieux une affaire compliquée par la douceur que par la dureté ou la rigueur.
4. « On entendrait voler une mouche. »
C’est le silence total.
5. « Regarder voler les mouches. »
Être distrait.
6. « Il/Elle ne ferait pas de mal à une mouche. » Qualifie une personne incapable d’une action méchante.
7. « Être/Faire la mouche du coche. »
Désigne une personne arrogante qui cherche à s’imposer par tous les moyens (en référence à une fable de La Fontaine : « Le Coche et la Mouche »).
8. « Prendre la mouche. »
Se vexer, se fâcher.
À l’origine, c’est la vache qui littéralement « prend la mouche ». L’expression fait référence au taon, une variété de mouche bovine qui se caractérise par sa grosseur et son dard très aigu dont la piqûre est extrêmement douloureuse.
Lorsqu’une vache se fait piquer par un taon, cela provoque chez elle une grande agitation. D’où l’expression « prendre la mouche » pour dire qu’on s’énerve.
On peut aussi dire « Quelle mouche le/la pique ? », toujours en référence au taon qui pique et qui agace.
9. Un/e « gobe-mouches » (terme aujourd’hui désuet).
Personne stupide qui croit tout ce qu’on lui raconte.
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Il existe deux autres expressions dans lesquelles le mot « mouche » ne signifie pas directement l’insecte, même s’il y a un lien:
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1. Une « fine mouche » : personne habile et intelligente.
Au 15ème siècle, une « mouche » décrivait un espion qui travaillait pour le compte d’une personne puissante. Une image pas très appropriée puisque ces espions étaient censés agir tout en finesse pour ne pas se faire remarquer et glaner ainsi un maximum d’informations secrètes. Mais nous savons tous que les mouches ne font aucun effort pour se montrer discrètes lorsqu’elles tournent autour de nous en bourdonnant !
Aujourd’hui, pour qualifier un délateur, on parle d’un mouchard.
2. « Faire mouche » : parvenir au but que l’on s’était fixé.
Une expression tirée du vocabulaire du tir, où la « mouche » désigne le petit cercle noir qui se trouve au centre de la cible.
Cette métaphore nous vient du 17ème siècle, lorsque les femmes de la haute société se collaient une petite pastille de couleur noire sur le visage pour faire croire qu’elles avaient un grain de beauté. Cette « mouche » faisait ressortir la pâleur de leur teint, considéré à l’époque comme le summum de l’élégance.
Aujourd’hui, c’est la petite touffe de barbe que les hommes se laissent pousser sous la lèvre inférieure qui s’appelle une « mouche ».
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---En escrime, la « mouche » est le bouton placé à la pointe du fleuret pour le rendre inoffensif.
---En boxe, la catégorie « poids mouche » désigne les boxeurs dont le poids est le plus léger.
---« Bateau-mouche » : type d’embarcation que l’on voit notamment sur la Seine à Paris et qui sert à transporter les touristes.
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OLIVIER SCHOPFER

06.02.2008

Saint-Valentin: de la tradition à la consommation

 Carte blanche à Olivier Schopfer qui nous raconte les origines modestes d'une fête devenue très commerciale.

Aujourd’hui, la Saint-Valentin représente surtout une fête commerciale récupérée par tous les vendeurs de petits cœurs en chocolat et autres confiseries ou babioles censées incarner l’amour. Beaucoup résistent à ce déferlement de sentimentalisme et à l’obligation de consommer pour prouver leur amour. Reste que si l’on vit en couple, il est difficile de passer à côté de cette date symbolique sans se voir taxé
d’indifférent(e) !
Pour vous donner bonne conscience, sachez que cette fête a des origines très anciennes et qu’il y a donc quand même une tradition derrière tout ça.
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La première mention du jour de la Saint-Valentin avec une connotation amoureuse remonte au 14ème siècle, en Angleterre et en France. On croyait à l’époque que le
14 février était le jour où les oiseaux migraient. À cette occasion, il était courant que les amoureux échangent des billets doux. Cette coutume a duré jusqu’au 18ème siècle. Puis à partir du 19ème siècle, les amoureux ont commencé à s’envoyer des cartes de vœux spécialement conçues pour la Saint-Valentin.
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Plusieurs légendes circulent autour de Valentin. La plus vraisemblable nous dit qu’il s’agissait d’un prêtre romain décapité vers 270 avant Jésus-Christ.
En ce temps-là, Rome participait à des campagnes militaires sanglantes que le peuple n’approuvait pas du tout. L’empereur de l’époque s’appelait Claude II, surnommé Claude le Cruel.
Claude II rencontrait beaucoup de difficultés à recruter des soldats pour les enrôler dans les légions romaines parce que les hommes préféraient rester auprès de leurs femmes ou de leurs fiancées au lieu de risquer leur vie au combat.
Pour corriger le tir, Claude II avait décidé d’interdire les mariages et les fiançailles sur tout le territoire de Rome. Les couples qui n’avaient pas renoncé au désir de se marier devaient réussir à trouver quelqu’un qui consentirait à les unir en secret. Et c’est un prêtre, le père Valentin, qui avait accepté de sacrer les unions malgré les ordres de l’empereur.
Claude II n’avait pas tardé à apprendre l’existence de ces cérémonies illégales. En guise de représailles, il avait fait emprisonner le père Valentin en le condamnant à mort.
Le geôlier de Valentin s’appelait Asterius. Il avait une fille non-voyante qui s’était liée d’amitié avec Valentin et qui prenait soin de lui pendant sa détention. L’histoire dit que Valentin est parvenu à lui rendre la vue par la force de ses prières, d’où sa canonisation.
Juste avant d’être décapité, le père Valentin aurait envoyé un message d’adieu à la jeune fille. Un message signé « Ton Valentin ».
C’est de là que serait née des siècles plus tard la tradition d’envoyer des billets doux, puis des cartes de vœux, pour le 14 février.
Aujourd’hui, consommation oblige, on estime qu’environ un milliard de ces cartes sont expédiées à travers le monde chaque année.
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Olivier Schopfer

30.01.2008

Capilotade, marmelade ou tapenade?

(Carte blanche à notre ami philologue genevois Olivier Schopfer. Aujourd’hui, son investigation langagière nous fait tanguer entre le royaume des saveurs et celui des douleurs)
 
En cuisine, une «capilotade» est un ragoût composé de restes de viande découpés en petits morceaux et déjà cuits, que l’on remet à mijoter jusqu’à ce qu’ils s’effilochent. On sert généralement ce plat accompagné d’une sauce épaisse et relevée.
Le mot «capilotade» nous vient de l’espagnol «capirotada», désignant une sauce composée d’herbes aromatiques, d’œufs et d’ail. «Capirotada» dérive par métaphore de «capirote» signifiant «capuchon» car la sauce recouvre les aliments qu’elle accompagne.
Au Mexique, la «capirotada» est une sorte de pain perdu à base de cannelle, de raisins secs, de noix de muscade et de fromage que l’on passe à la friteuse.
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Quelqu’un qui nous donne un coup de poing peut mettre notre nez «en capilotade».
Et en cas de lumbago et de migraine, ce sont le dos et la tête qui partent «en capilotade».
Littéralement: «réduire en menus morceaux». La douleur nous broie comme de la viande émincée!
-Si vous êtes végétarien et/ou que vous préférez les choses sucrées, vous pouvez également dire :
«Suite à mon tour de reins, j’ai le dos en marmelade».
-Si vous n’aimez pas la confiture:
«J’ai trop marché, j’ai les jambes en compote».
-Enfin, si le sucre n’est pas votre tasse de thé, il vous reste «en charpie » ou «en miettes».
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Il ne faut pas confondre la capilotade avec la tapenade, spécialité provençale que l’on obtient en broyant au mortier un mélange d’olives noires, d’anchois, de câpres, d’huile d’olive, de jus de citron et de poivre. Les recettes varient : selon vos goûts et votre inspiration, vous pouvez ajouter de l’ail, du thon mariné ou différentes herbes comme du thym ou des feuilles de laurier.
Le mot nous vient de «tapeno»: «câpre», en provençal.
On consomme la tapenade en l’étalant sur des tranches de pain grillé à la manière du caviar, soit en hors-d’œuvre, soit pour accompagner une salade ou une soupe.
En italien, la tapenade s’appelle «pâté di ulive»:
«pâté d’olives».
Mais la consistance de la tapenade reste unique: à mi-chemin entre une sauce et quelque chose de plus solide, sans toutefois atteindre la fermeté du pâté.
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OLIVIER SCHOPFER

23.01.2008

Au théâtre ce soir

(Carte blanche à Olivier Schopfer. Notre philologue de Genève nous dévoile aujourd’hui l’origine de certaines expressions liées à l’univers des tréteaux.)

 

Le monde du spectacle fourmille d’anecdotes anciennes et étonnantes qui ont laissé leur empreinte dans la langue française. Éclairage!
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Les théâtres sont constitués d’un parterre et de galeries (ou balcons).
Au XVIIe siècle, une frontière de classe sociale séparait ces deux espaces: les gens du peuple occupaient le parterre, tandis que les nobles s’installaient dans les galeries. Les places du parterre étaient bon marché car le public se tenait debout sous les lustres. Une position particulièrement incommode parce que les lustres étaient éclairés par des bougies et que des gouttes de cire chaudes coulaient régulièrement sur la tête et les épaules des spectateurs!
C’est de là que nous vient l’expression «amuser le parterre» qui avait à l’époque une connotation péjorative. Les nobles l’utilisaient pour se moquer du peuple qui riait facilement aux calembours et aux plaisanteries du spectacle malgré son inconfort.
Au XIXe siècle, le parterre devient ce que l’on connaît aujourd’hui quand on va au théâtre: la partie centrale du rez-de-chaussée, derrière les fauteuils d’orchestre, où le public est assis.
Avec l’apparition des sièges et surtout de l’éclairage au gaz qui remplace les lustres à chandelles, les nobles s’approprient le parterre et le peuple est relégué dans les galeries.
Suite à cette inversion des rôles, les nobles rectifient leur manière de parler et créent une nouvelle expression qui existe toujours aujourd’hui:
«amuser la galerie».
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«Amuser la galerie» pourrait aussi venir du jeu de paume, apparu en France au XVe siècle. Ce jeu consistait à faire rebondir une balle contre un mur et à la renvoyer à son adversaire avec la paume de main.
C’était un peu le squash de l’époque, sauf qu’aujourd’hui la balle est renvoyée avec une raquette.
Jusqu’au milieu du XVIIe siècle, les pièces de théâtre étaient jouées dans l’enceinte des jeux de paume. Cela n’est pas un hasard si l’on considère l’architecture et l’ambiance qui régnait. Les salles de jeu étaient entourées par des allées couvertes et communicantes nommées «galeries», d’où les spectateurs pouvaient observer les joueurs tout en déambulant. Pour se faire remarquer et amuser le public, les participants agrémentaient leur jeu de pirouettes et de sauts acrobatiques lorsqu’il s’agissait de renvoyer une balle. Il y avait un côté spectacle dans le jeu de paume qui n’existe plus aujourd’hui avec le squash pour lequel prédomine l’aspect sportif.
On peut aussi «épater la galerie» quand on en met plein la vue.
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Au XIXe siècle, dans certains théâtres, il arrivait souvent que les spectateurs balancent des pommes cuites à la tête des acteurs qu’ils trouvaient mauvais. Parfois, poussant le vice à l’extrême, le public avait recours à des pommes non cuites qui faisaient beaucoup plus mal!
On trouve une trace de cette coutume dans la correspondance de l’écrivain français George Sand, une grande figure de l’époque par son engagement pour la cause des femmes et ses histoires d’amour tumultueuses avec Alfred de Musset et Frédéric Chopin. Dans une de ses lettres, George Sand écrit qu’elle est «dans les pommes cuites» pour expliquer qu’elle est malade et qu’elle se trouve dans un état de très grande fatigue.
Cette phrase est à l’origine de l’expression «tomber dans les pommes», en référence aux acteurs qui perdaient fréquemment connaissance sous l’assaut des projectiles (cuits ou crus) que le public leur lançait dessus.
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Toujours au XIXe siècle, l’Opéra de Paris comptait trois étages de sous-sol situés sous le plateau de la scène. On les appelait «premier, deuxième et troisième dessous».
«Il n’est pas de langue plus énergique, plus colorée, que celle de ce monde souterrain qui s’agite dans les caves, dans les sentines, dans le troisième dessous des sociétés, pour emprunter à l’art dramatique une expression vive et saisissante. Le monde n’est-il pas un théâtre? Le Troisième Dessous est la dernière cave pratiquée sous les planches de l’Opéra, pour en recéler les machines, les machinistes, la rampe, les apparitions, le diable bleu que vomit l’enfer, etc.» Honoré de Balzac, «Splendeurs et Misères des Courtisanes».
Dans le monde du théâtre qui a toujours eu son langage propre, on disait qu’un spectacle était «tombé dans le troisième dessous» lorsqu’il n’avait pas eu de succès. Une dégringolade fatale menant tout droit aux oubliettes!
Avec le temps, l’expression a acquis un sens plus général: elle désigne aujourd’hui toutes sortes d’échecs.
On peut aussi dire «tomber dans le trente-sixième dessous». Cette version moderne copie l’expression d’origine en renforçant l’idée d’anéantissement avec l’image d’une chute vertigineuse.
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OLIVIER SCHOPFER

16.01.2008

Osez-vous encore prononcer le mot tabac?

(Carte blanche à Olivier Schopfer qui revient sur les usages courants d’un mot devenu tabou).

 

Depuis le début de l’année, il est interdit de fumer dans tous les lieux publics fermés en France et en Allemagne. Le 24 février prochain, l’initiative sur la fumée passive conduira les Genevois aux urnes. Le tabac n’a définitivement plus la cote! À croire qu’une loi nous interdira aussi bientôt l’usage de certaines expressions courantes comme «passer à tabac» ou «faire un tabac». Mais rassurez-vous, ce tabac-là n’est pas celui qu’on croit.
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1/ «Passer à tabac»: frapper quelqu’un avec violence et de manière répétitive.
Le «tabac» en question est à comprendre dans le sens d’une «série de coups». Ce mot vient du verbe «tabasser», un synonyme familier de «frapper». Logiquement il aurait dû s’écrire «tabas», mais un « c » est venu remplacer le prévisible « s ». Et cela crée naturellement une confusion avec le «tabac» que l’on fume, mot qui vient de l’espagnol «tabaco».
«Passer à tabac» possède une origine historique.
Cette origine est controversée parce qu’elle joue sur les deux sens du mot «tabac» et qu’elle augmente ainsi la confusion.
Au 19ème siècle,  le chef de la brigade de sûreté de la police parisienne était un certain François Vidocq.
Les aventures de ce bagnard devenu policier ont été racontées à la télévision dans les années 70.
Les inspecteurs de cette brigade avaient mauvaise réputation. Selon les rumeurs qui circulaient à l’époque, ils n’hésitaient pas à aller jusqu’à frapper les suspects qu’ils interrogeaient pour leur faire avouer leurs crimes. Et lorsqu’un policier avait réussi à faire craquer un suspect de cette façon bien peu recommandable, l’histoire dit qu’on lui mettait discrètement dans la poche un paquet de tabac pour le féliciter. De là serait née l’expression «passer à tabac», qui aurait donné «tabasser».
Se baser sur l'étymologie du verbe me paraît plus fiable.
Au 13ème siècle, on disait «tabaster». Puis au 15ème siècle est apparu le mot «tabust» signifiant «bruit», «tumulte». «Tabaster» s’est alors transformé en «tabuster» : «frapper en faisant du bruit».
C’est au début du 19ème siècle que «tabuster» est finalement devenu «tabasser».
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2/ Un «coup de tabac» : dans le langage marin, orage violent et soudain.
L’expression met l’accent sur les vagues de la mer déchaînée qui cognent contre la coque du bateau.
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3/ «Faire un tabac »: avoir beaucoup de succès, en parlant généralement d’une pièce de théâtre.
Le «tabac» désigne les applaudissements qui retentissent à la fin d’une représentation. On peut aussi penser aux spectateurs qui tapent des pieds tout en applaudissant pour montrer leur enthousiasme.
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Vous voyez, tout cela n’a rien à voir avec la cigarette ! Des expressions à consommer sans modération, donc…
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OLIVIER SCHOPFER

 

10.01.2008

Les manches

(Carte blanche à Olivier Schopfer, qui s’intéresse aujourd’hui à une terminologie vestimentaire.)

 

 

Autrefois, les manches n’étaient pas cousues aux habits de manière définitive. La coutume voulait que l’on change de manches en fonction de son activité ou de l’allure que l’on souhaitait avoir. Cela était très pratique parce que les gens pouvaient varier leur tenue à moindre frais. Il suffisait qu’ils accrochent de nouvelles manches à leur vêtement pour donner l’impression qu’ils étaient habillés différemment.
C’est de là que nous vient l’expression « C’est une autre paire de manches », qui date du 17ème siècle. On l’utilise lorsque l’on s’engage dans une tâche difficile où il faudra faire preuve de détermination pour réussir. On change littéralement de manches pour commencer une nouvelle activité.
Il existe une autre expression dont le sens est assez proche : « Se remonter/se retrousser les manches ».
C’est ce que l’on fait quand on se prépare à affronter un travail qui va être pénible. Cette expression moderne reflète l’évolution de la mode : comme aujourd’hui les chemises sont fabriquées d’une seule pièce, il n’est plus nécessaire de changer de manches pour se mettre à l’action !
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Un rituel amoureux du Moyen Age: les dames détachaient les manches de leur vêtement pour les remettre aux chevaliers qu’elles convoitaient. Et ceux-ci les fixaient à leurs lances lors des tournois en gage de fidélité.
Lorsque la lance d’un chevalier arborait une autre manche, cela signifait qu’il avait trouvé un nouvel amour. Insulte suprême : il y avait non seulement trahison sentimentale, mais celle-ci était exposée aux yeux de tous.
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Selon leur longueur, les manches ont des noms différents. Par ordre décroissant :
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---Manche longue : manche qui descend jusqu’au poignet.
---Manche trois-quarts : manche qui s’arrête en dessous du coude.
---Manche courte : manche qui ne dépasse pas le coude.
---Mancheron : petite manche ne couvrant que le haut du bras, prisée par les adeptes de la musculation car elle dégage le biceps.
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Quelques curiosités :
 
---Manche gigot : manche courte et bouffante près de l’épaule, généralement froncée. Elle symbolisait l’élégance féminine au 19ème siècle.
---Manche ballon : version moderne de la manche gigot.
Elle se fait actuellement beaucoup pour les robes de mariée.
---Manche chauve-souris : manche très large à l’emmanchure qui se rétrécit vers le bas sous forme de grandes ailes. Couramment portée par les chanteuses dans les années 70.
---Manche mousquetaire : manche portée par les hommes, qui se termine par un revers au poignet et qui s’attache avec un bouton de manchette. Les mousquetaires attachaient les manches de leur chemise pour éviter de se prendre la main dans les plis du tissu lorsqu’ils maniaient l’épée.
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OLIVIER SCHOPFER

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