24 Heures

13.03.2010

Le cheval, noble conquête des lexicographes

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Il descendrait de l’hipparion, un herbivore du Miocène et du Pléistocène qui possédait comme lui trois doigts, dont le médian était le plus développé. C’est dire si le cheval est ancien.

En tout cas il hante l’imaginaire des hommes depuis la mythologie grecque qui lui a donné les ailes de Pégase. Enfourché par Alexandre le Grand, il a hellénisé l’Asie jusqu’à l’Indus et jusqu’aux contreforts de l’Himalaya. A Paul Fort, il a inspiré un poème de tendresse et de mélancolie universelle qui nous est revenu grâce à une chanson de Brassens:

 

Le petit cheval dans le mauvais temps, qu'il avait
donc du courage! C'était un petit cheval blanc, tous der-
rière et lui devant.

 Il n'y avait jamais de beau temps dans ce pauvre pay-
sage. Il n'y avait jamais de printemps, ni derrière ni de-
vant.

 Mais toujours il était content, menant les gars du vil-
lage, à travers la pluie noire des champs, tous derrière
et lui devant.

 Sa voiture allait poursuivant sa belle petite queue sau-
vage. C'est alors qu'il était content, eux derrière et lui
devant.

 Mais un jour, dans le mauvais temps, un jour qu'il
était si sage, il est mort par un éclair blanc, tous der-
rière et lui devant.

 Il est mort sans voir le beau temps, qu'il avait donc
du courage! Il est mort sans voir le printemps ni der-
rière ni devant.
vais embus, qu'il avait donc du courage!
C'était un petit cheval blanc, tous derrière et lui devant.

Il y a un siècle à peine, le grand-père de Jolly Jumper et de Just (la jument de mon vieux compère Patrick Nordmann, chantée si joliment par Pascal Auberson) était encore très proche de l’homme, son «conquérant», et jusqu’en nos villes par l’odeur poivrée de son crottin – qu’il semait derrière les chars à foin et les calèches en chapelets couleur de chaume. Désormais, la civilisation lui préfère l’odeur du benzène et des hydrocarbures, dont le mérite suprême est de masquer celle du fumeur de gitanes qui ose encore poursuivre son vice aux carrefours des rues.

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Mais je reviens au cheval.

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On l’a un peu exagérément défini comme «la plus belle conquête de l’homme». Par la connivence ancestrale de celui-ci, il a parsemé la langue française d’expressions et de tournures idiomatiques qui perdurent. Même dans les dictionnaires populaires à bon marché (où l’on bannit sans honte des mots français vieux et beaux, pour faire de la place à des américanismes remâchés comme du chewing-gum) de charmantes reliques équines sont toujours là: remède de cheval, fièvre de cheval, cheval de retour, ou de bataille.

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Elles sont encore homologuées par le Robert, le Littré et le Larousse.

Mais dans l’écurie, si j’ose dire, des collections archivistiques de cette dernière maison d’édition, on tombe sur des métaphores et des locutions qui ont été usitées couramment jadis, mais ont été oubliées. Depuis que les boulevards de la «civilisation» ne sentent plus le fumier chevalin.

En voici un échantillon:

 

Etre mal à cheval: ne plus voir clair dans ses affaires; ne pas être durablement assis dans sa position.

 

Brider son cheval par la queue: prendre les choses au rebours.

 

C’est un cheval échappé: se dit de quelqu’un dont rien ne modère plus la fougue.

 

Cela ne se trouve point dans le pas d’un cheval: c’est très difficile à se procurer.

 

Selle à tout cheval: objet banal dont on se sert dans une foule de circonstances différentes.

 

26.02.2010

Premiers crocus, le parc Bourget et Erik Satie

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Les gens sont impatients… Il leur suffit de quelques embellies trouant la grisaille de février, d’une variation inhabituelle des baromètres, pour qu’ils sentent venir le printemps. Ils miment le devin de l’Antiquité grecque en léchant leur index pour le pointer vers le ciel. Plus précisément vers Αολος / Aiolos, soit le dieu Eole, le météorologue du gotha de l’Olympe. Après quoi, ils vont dans les brasseries traditionnelles pour commander de la dent-de-lion (le pissenlit de la dame qui en souffle à tous vents des akènes sur la couverture du Larousse), et ils vous jurent que dans les jardins du château de Villarzel et sur les buttes d’Epalinges ils ont vu éclore déjà les perce-neige!

Bientôt, des crocus blancs ou mauves s'allumeraient un peu partout dans l'herbette des villes. Et entre Chavannes-le-Chêne et le vallon des Vaux les premières pâquerettes de Pâques,… Faut-il se réjouir de cette précocité, où y constater un détraquement du cycle des saisons qui aurait tracassé les naturalistes d'autrefois: Rousseau le Révolutionnaire y aurait dénoncé une injuste révolution, et le doux docteur Bourget, qui a laissé son nom au parc de randonnées dominicales près de Vidy, en aurait mangé son chapeau. (Plus son faux-col blanc Belle Epoque, son monocle; voire ses pinces et ciseaux d'herboriste.)

Né en 1856, Louis Bourget a été professeur à l'Université de Lausanne de 1870 à 1891, et ses recherches sur le système digestif l'ont rendu aussi célèbre en Europe que ses confrères de la même fin de siècle: le chirurgien César Roux et l'ophtalmologue Marc Dufour. Justement, le Dr Bourget ne s'intéressait pas qu'à la flore et qu'à la faune intestinale de l'homme. Mais davantage à celles qui fleurissent, pépient et zinzinulent sur les berges des rivières vaudoises. En désordre: la Chamberonne, la Mèbre, la Venoge, le Boiron, le Flon…

La première qu'il a explorée fut la Louve, à Lausanne. Il avait huit ans: «Ce grand fleuve de mon enfance, narre-t-il dans Beaux dimanches (Editions Payot, 1909), a presque disparu sous une voûte qui le capte à la sortie du Bois-Mermet, pour le conduire, par le sous-sol de la ville, jusqu'au lac. Vers 1865, il descendait, profondément encaissé, dans le vallon de la Borde, et de cascade en cascade, arrivait jusqu'à la place de la Riponne, en passant sous la Route-Neuve.» Ce paysage rustique, en plein cœur de la capitale vaudoise, était pour ce futur grand praticien et quelques autres garnements, un territoire de chasse inespéré. Leur gibier se composait d'alevins vulnérables et de libellules, de papillons et surtout de couleuvres à collier que leur achetaient, cinquante centimes la pièce, les pharmaciens de la rue Haldimand, ou de Saint-Pierre - afin d'en extraire du sirop de serpent, un remède souverain qui guérit tout.

Dans la spacieuse promenade qui porte aujourd'hui le nom du docteur Bourget, au bord du Léman, il est recommandé, par endroits, de garder les chiens en laisse. Or quoi de plus attristant qu'un chien attaché? Il a les sourcils aigus et l'œil contrit d'un secrétaire de banque au restaurant, à l'instant où sonne le misérable téléphone de poche. Son patron l'appelle. Il devra abandonner dare-dare et sa nouvelle fiancée et l'entrecôte aux morilles.

J'ai connu, en mes écoles, une autre silhouette d'adulte ressemblant à un chien martyr. Monsieur Gabuz, surnommé «le Gabuchon», qui surveillait nos ébats aux récréations de Montchoisi, et se faisait rouer de coups par sa femme. Il évoquait l'épagneul breton.

Ce qui me frappe en premier lieu chez le chien, c'est sa fidélité incroyable, sa foi inextinguible en l'homme. Les écrivains du monde les plus sagaces en ont été presque choqués, ou ils en ont tiré des mots d'esprit: «Pour son chien, tout homme est Napoléon, d'où la grande popularité des chiens» (Aldous Huxley). «Aux qualités qu'on exige d'un chien, connaissez-vous beaucoup de maîtres qui soient dignes d'êtres adoptés?» (Beaumarchais).

Le plus énigmatique des musiciens français contemporains du Dr Bourget, fut assurément Erik Satie. Sa relation aux chiens paraît troublante, mais qu'importe. En voici une mouture: par un petit matin bruineux, Satie croise une voisine de palier promenant des bassets qu'il avait déjà rencontrés, et même caressés en se penchant beaucoup. «Ils marchent bien bas aujourd'hui, c'est probablement un signe qu'il va pleuvoir, Madame…»

Satie, rappelons-le, fut un des polémistes les plus saugrenus de la musique française entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Il attaqua Claude Debussy, et, en contrepartie Debussy le défendit bec et ongles. Bec, ongles, touches de piano et direction d'ensembles symphoniques. Le suprême Claude-Achille alla jusqu'à transcrire pour orchestre les Morceaux en forme de poire de Satie, son inoffensif pourfendeur. En résulte une puissante splendeur instrumentale, que pas mal de mélomanes détestent, à tort: des variétés de couleurs répondent avec précision, et avec percussions, harpes et violons, à des compositions inventées la nuit, par un homme seul et barbichu, qui avait plus de goût pour le piano. Par un pauvre hère qui collectionnait maladivement les parapluies, les pots de confiture, et d’autres bizarreries.

Ses délicates et drolatiques Gymnopédies sont aujourd’hui si populaires, si universelles, qu’elles retentissent de millions de téléphones portables - du port normand d’Honfleur, sa ville natale, jusqu’à celui de Valparaíso ou de Vladivostock.

 

25.12.2009

Terres roudiennes sous la neige

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Une randonnée hivernale entre Thierrens et Neyruz. On fait une halte à la lisière du bois de la Dame, et l’on pense aux poètes. Salut à Jacques Chessex, et à ses transcendances du Désir de la neige.

Relecture d’Appel d’hiver, de Gustave Roud:

«Tout éclate et se fige en un inexorable présent. Le cœur sous la pointe du doigt s’exténue et s’arrête.» Et l’on reprend la route de Moudon, tout en lisant ce poème en prose tiré de Pour un moissonneur. (1941)

La blancheur immaculée des congères crisse sous les souliers, et tous les mots du grand écrivain carrougeois sont chargés d’un chagrin qui aspire au crépuscule:

«A quoi bon repartir ce soir, puisque c’est toujours la même réponse au bout de la neige et de la nuit, la même lampe vers quoi les homes tendent leurs mains endormies, les lèvres ouvertes sur des paroles qu’ils échangent en riant?»

L’auteur des requiems, des amours interdites jamais osées et des adieux se promenait par toutes saisons, et connaissait très bien ce trajet à travers la pénéplaine joratoise. Il en avait en avait célébré les chatoiements dans son Petit traité de la marche en plaine, neuf ans plus tôt:

«La route est à nous encore! Ha! Crevons d’un coup-de-poing nos vitres, sautons! Au-delà de l’herbe, au-delà des arbres, là-bas commence la route. Toutes les étoiles nous attendent, déjà le soleil nous tire avec sa forte main éblouissante. L’espace, le temps couchés comme des chiens à nos pieds. Douze mois bondissent et hurlent à nos talons. Nous ne choisirons rien, ni l’un ni l’autre. Tous en chasse!»

Cinquante ans plus tard, les assauts de la modernité, avec ses routes, avec la parcellisation un peu trop géométrique des champs, n’ont pu qu’assombrir un Roud vieilli, toujours lumineux pourtant dans sa fibre lyrique. Mais une des cordes de la lyre s’est rompue: il y a indéniablement rupture entre sa solitude de promeneur trop confiant et le nouveau destin de ses sentiers sacrés. Dans son livre ultime, Campagne perdue, le grand élégiaque de Carrouge écrit, en 1972:

«Comme c’est vite fait! Une tranchée autour du tronc, quelques pelletées de terre, et voilà les racines (…). Il y en a une, couleur de peau, un peu écorchée déjà, tellement humaine qu’on attend à la voir se contracter sous le tranchant du pic… Quelque chose craque, le tronc penche, l’arbre se couche dans un frémissement…»

Puis, à propos de ces rivières de bitume défigurant sa carte du Tendre platonicienne:

«Cette route de novembre et, plus douces que la neige, moins grises que le sable, les grandes routes blanches d’avril dorment en moi depuis toujours. Depuis toujours, quand je ferme les yeux ou les donne à la nuit, je me revois suivant une de ces routes éternelles. J’ai tenté jadis de les peupler de présences. En vain. Tout y redevenait peu à peu buée, ombre ou grappe d’étoiles et je me retrouvais seul avec mon pas sans écho. L’innocent! Aujourd’hui, je sais où elles mènent. Nulle fuite n’est possible: la même Présence, celle-là plus réelle chaque jour, veille à toutes les issues.»

La Présence en question devait fermer ses yeux quatre ans plus tard.

22.12.2009

Le Tessin, Bellinzone et la piazza Nosetto

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Jeudi, les tristes augures de la météo annoncent qu’il y pleuvra. Mais ce mercredi, il fera encore un peu soleil sur le canton le plus solaire de Suisse  - après le Valais…

 

Or les ensoleillements du Tessin ressortissent à sa méridionalité géographique, et surtout historique depuis qu’il est devenu une escale de villégiature pour des Allemands et des Suisses allemands qui, plus généralement, mettent le cap plus loin, sur les îles Baléares ou Canaries.

 

Résumons: sur les rives du lac Majeur, on respire déjà un ersatz de l’air tonique de Lanzarote. Et c’est pourquoi, dans les grottini de Locarno ou Ascona, le menu des cartes se décline plus souvent dans la langue d’un Ivan Rebroff chantant Festliche Weihnachten (donc pas celle de Goethe), plutôt qu’en italien. De mes propres yeux, j’ai même lu la si alléchante, la si sinueuse fricative dentale du mot risotto supplantée par une lettre nordique taillée à bout de sabre de uhlan: Rizotto. Selbverständlich…

 

Mais ne nous noyons pas dans les lieux communs, souvent injustes et caricaturaux, qui accablent notre radieux canton italophone, et abandonnons ses rives trop touristiques et classieuses, comme dirait Serge Gainsbourg, pour pénétrer dans ses terres plus élevées, plus historiques et froides.

 

Jusqu’à sa capitale Bellinzone, dont les toits à auvents jaunes et rosâtres sont ces jours-ci rendus gris à cause de la bruine, sinon blancs et chenus par la faute de neiges inattendues.

 

 

Les fortifications de cette ville, édifiées entre le XIIIe et  XVe siècles, expliquent son surnom historique: la «clé des Alpes». Sise entre le Castelgrande, le Castello du Montebello (que relient encore des murailles en ruine) et le Castello di Sasso Corbaro, la ville possède un centre historique bien entretenu où le style Renaissance le dispute aux intérieurs baroques d’églises – je pense à celle de la collégiale de Saint-Pierre et Saint-Etienne.

 

La nuit tombée, promenez-vous sous les arcades et l’éclairage charmeur de la piazza Nosetto. Cette place, la plus ancienne de la capitale tessinoise,  a pris le nom du noyer qui s’y trouvait jadis et qu’on a remplacé récemment, après plusieurs siècles d’absence, par un tout jeune arbre. (L'image ci-dessus est évidemment ancienne).

Une piazza charmante, paisible, entourée d’une architecture bourgeoise du meilleur aloi.

On en oublierait qu’elle fut au XIVe siècle une affreuse arène de procès publics et d’exécutions à la hache. De belles patriciennes en robe de tulle ramagé, se précipitaient sous l’échafaud pour y maculer leurs mouchoirs de la plus fine batiste .

18.12.2009

Les tristes Noëls des enfants de Louis XV

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Par solidarité avec ceux qui préconisent des économies d’énergie, beaucoup fêteront la semaine prochaine la Nativité en lésinant sur les sources d’éclairage. Le distributeur de diodes électroluminescentes se frotte les mains. Les artisans ciriers font enfin fortune, et la bonne vieille pince à bougie en similor redevient à la mode pour l’illumination des sapins familiaux.

 

Or au XVIIIe siècle, la chandelle en cire d’abeille était un produit de luxe. On évitait d’en abuser, même à la cour du roi de France – la plus dépensière du monde - et même pour la fête de Noël!

 

J’ai relu avec curiosité et plaisir une chronique de Théodore Gosselin, alias G. Lenotre, l’inventeur de la «petite histoire» (un devancier du tandem Decaux & Castelot, mais autrement plus talentueux et sérieux), sur le passage du 24 au 25 décembre à Versailles, tel qu’on le célébrait sous le règne de Louis XV le Bien-Aimé.

 

L’usage d’un arbre de Noël n’existait pas encore. Les enfants royaux ne recevaient aucun cadeau. Mesdames Elisabeth et Henriette de France, les jumelles aînées (image), leurs sœurs Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise se mettaient en prières, tout comme leur frère unique, le dauphin Louis – qui ne devait jamais régner, mais donner naissance à trois rois: Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

Tout comme Sa Majesté-Très-Chrétienne, leur géniteur. «Il assistait à la messe de minuit, aux matines, aux trois messes, au grand office, aux Vêpres avec sermon, et le soir au salut solennel.»

 

Ces ordinaires se déroulaient généralement en la chapelle royale, un joyau versaillais conçu par le grand architecte Jules Hardouin-Mansart et achevé en 1710 par son beau-frère Robert de Cotte. Saint-Simon la décrivit comme «un triste catafalque». Depuis 1979, elle est devenue un des rendez-vous favoris des Arts florissants de William Christie, qui ont revitalisé la musique baroque. Cela pour les ors magnifiques de sa décoration, pour ses orgues puissantes et son acoustique.

 

Aux veillées de Louis XV et de sa marmaille, Lenotre assure qu’on «y entendait de vieux noëls joués par les deux fameux violonistes Guignon et Guillemain. Ils exécutaient de petits airs anciens que le calme de la nuit rendait encore plus gracieux. Mais cela consistait toute la dérogation aux implacables routines.»

 

Après celles-ci, les enfants royaux recevaient, pour toute étrenne, un baiser paternel. Et puis, hop au lit!

12.12.2009

La bise noire du Léman et le zinc des huîtres

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Avant de se jeter dans les eaux mauves et glacées du lac, les forcenés de la nage hivernale se rassemblent sur une digue d’Ouchy pour en gober à l’envi une pleine bourriche. Les huîtres sont une source de vitamine B12 (qui régularise le système nerveux et donne des idées claires); elles sont riches en zinc, en fer et en cuivre. Mais curieusement pauvres en calories…

Or justement, nos génies du froid, dans leur costume hawaiien défiant cette bise noire de la mi-décembre qui fait tanguer les mâts et brimbaler les pontons, se rient de toute substance énergétique qui pourrait réchauffer leurs corps mi-nus. Dans le sillage de quelques fous finlandais qui pratiquent régulièrement l’avantouinti (en anglais ice swimming), ils sont poïkilothermes. En français simple: leur sang a une température variable, à l’instar des reptiles et des poissons. Ils en deviennent très apparentés à l’étoile de mer et au bigorneau perceur, les prédateurs principaux de l’huître.

Léon-Paul Fargues en fut un aussi qui, en en lapant rue de Buci, dans le VIe arrondissement de Paris, avait l’«impression d’embrasser la mer sur la bouche». Avant ce délicieux poète, notre bivalve avait enthousiasmé autant des peintres géniaux de la Renaissance hollandaise, car les reflets mystérieux de sa chair humide et de sa coquille nacrée illuminaient leurs natures mortes, à partir d’un détail en retrait.

 

Le dramaturge et humoriste Tristan Bernard en savoura rarement, mais en rêva beaucoup, car il était pauvre.

Je le cite:

-        Le comble de l’optimisme, c’est de rentrer dans un grand restaurant et compter sur la perle qu’on trouvera dans une huître pour payer la note.

 

 

 

 

28.11.2009

Iconographie candide du mois de l’Avent

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Le clinquant des vitrines de grands magasins évolue avec la saison. Dès l’aube qui a suivi la célébration – forcée, frelatée – de Halloween au début novembre, les supermarchés de Lausanne, Nyon ou Vevey se sont débarrassés de leurs masques cadavériques, de leurs citrouilles à yeux losangés et à denture en accordéon et de quelques balais de sorcières salémiennes (rien à voir avec le soussigné, qui n’a pas une seule goutte de sang massachussettien en ses veines) pour se réacclimater sans chichi à leur pays et à ses traditions.

 

Certes, Noël est devenu une fête tout autant strassée, bling-blinguée, mais elle s’accompagne encore d’hymnes chantés par des voix d’enfants au timbre plus européen. Elle sent davantage son Vieux-Continent avec le vin chaud épicé de Nuremberg ou Strasbourg. Avec ses panettones italiens aux zestes d’agrume, et le remugle rugueux-naphtaliné que répand l’uniforme des orphéonistes de l’Armée du Salut.

 

Toute fanée et désuète qu’elle soit pour certains esprits forts, elle a eu au moins le mérite de les émerveiller par des lumières plus sacrées quand ils étaient enfants. De leur faire verser des larmes de bonheur au pied d'un sapin blanchi de cheveux d'anges et passementé de lumignons clignotants.

 

Sous l'arbre familial, il n'y avait pas que des cadeaux en caoutchouc ou en bakélite, mais la Crèche, l'Enfant sauveur, la maman de Dieu, le demi-papa de Jésus, Joseph; un joli Cadichon aux oreilles élevées et aux yeux embrumés; un bovidé diablement cornu, mais gentil, surnommé Monsieur le Bœuf. Plus une kyrielle de menus personnages de nature provençale, en plâtre ingénument peinturlurés: les santons.

 

Cette bimbeloterie représente annuellement, tant dans les échoppes du midi de la France que dans les marchés de Noël romands, les bergers de l'Evangile, les Rois mages. Il y a le Meunier, l'ange Bouffareou, le Pistachier, de nature si peureuse que la tradition le fait tomber dans un puits. Il y a aussi Jiget, qui est bègue, le Boumian, qui est rouge de manteau mais coiffé d'un chapeau noir; il y a la Fileuse, la Porteuse d'eau, le sempiternel Rémouleur, la Poissonnière, et le Tambourinaire…

 

Ces figurines provençales - qui ont été remplacées par des animaux parlants et «digitalisés» de films américains – apparaissaient dans nos anciens calendriers du mois de l’Avent, qui commence cette année le mardi qui vient. Ma préférée est celle du Ravi, «le santon qui doit être le plus expressif de la Crèche», disent les spécialistes de la santonnerie. Le Ravi a le bonnet de nuit sur la tête; il est à une fenêtre, et il a les bras levés vers le ciel. Il est un peu simplet.» Résumons, il incarne l'idiot des villages non seulement de Provence, mais celui aussi que nous côtoyions parfois ici, en nos campagnes, en nos quartiers urbains, et qu'il nous arrivait d'aider, de chérir.

 

L'imbécile est une espèce de saint. Etymologiquement, il est «sans bacille», donc sans bâton: un individu désarmé. Un vulnérable. Or quoi de plus noble qu'un vulnérable?

En Valais, il y a plusieurs décennies, on l'appelait le «crétin», à cause de son goitre, pour sa façon maladroite de parler, de remplir sa déclaration d’impôt, ou de rapporter trop lentement les boilles de lait des bourgeois de sa commune à la laiterie de la Grand-Rue. Il a même fait le sujet d'un petit article dans le Dictionnaire philosophique de Voltaire! Or, ce crétin-là était aimé et protégé par la communauté qui l'entourait.

 

Ce mot crétin, qui a inspiré au capitaine Haddock une des insultes favorites («Crétin des Alpes») provient du bas latin. Du latin des Gaules: ça voulait dire alors «chrétien», rien de plus, ou plutôt rien de moins. Soit «un être digne d'être aimé». Quel éloge!

21.11.2009

Histoires curieuses de la cloche

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Elle est l'ancêtre de la pensée humaine, mais on oublie parfois qu'elle est musicienne – alors qu’elle a tant inspiré Jean Villard-Gilles. Le nom de la cloche a été si galvaudé qu’il désigne, dans le langage populaire, des politiciens maladroits; voire un chef d’Etat­ étasunien qui naguère dérégla le pouls de la planète entière durant huit longues années. Cette cloche de métal texan a sonné plus souvent des heures graves que des heures gaies - référence à la voix caverneuse de Gil Pidoux en l'horloge parlante de la place de la Palud, à Lausanne.

 

Depuis la disparition du Dabeliou, l'humanité ne se porte pas mieux. Pardonnez-moi cette évidence. En cette période où d’aucuns osent prédire une prochaine relance économique, voyez le destin de plus en plus inextricable de Jérusalem (une des capitales du monde). Ou celui de l’Irak, du Darfour, du Parti socialiste français, de notre Conseil fédéral… Et écoutez le chant plaintif de Milko, c’est le fox-terrier fauve de mes voisins de palier. Il a le rhume de novembre – personne n’ose encore avancer un cas de grippe A. Ses jappements aigres-rauques traversent la paroi de ma chambre à coucher, car sa maladie lui autorise toutes les frénésies. Toute la population mondiale en est consternée, à commencer par moi. Je préfère nettement être réveillé par la sonnerie de mon portable – qui évoque le carillon enchanté de Papageno – ou par la cloche de quelque église de village.

 

A propos de carillons, je garde en mon cœur quelques belles émotions sonores d’Amsterdam et Strasbourg. Dans ces vieilles cités lotharingiennes, novembre est brumeux et glacial par tradition. Surabondance de pluies et de vents. Du mauvais temps en série. Mais les gens y vont vers la chansonnette, car on y entend des cloches heureuses. A 3 heures du matin, les beffrois de trois églises tintent en même temps. A 8 heures, les tintements sont plus nombreux. Et, si c'est dimanche, à 10 heures ils se concurrencent dans le ciel bas, se battent et se chevauchent. Des vols d'étourneaux s'enroulent en spirale, en lierre échevelé et pépiant, autour des clochers les plus hauts.

 

Le Pays de Vaud a lui aussi des cloches ancestrales. La Clémence de la cathédrale de Lausanne a une sonnaille qui, dit-on, fait fuir les rats. Le temple Saint-Etienne, de Moudon, lui, fait chanter dans les campagnes et forêts de la Broye le claironnant air de Carmen: eh oui, chers paysans, chers bûcherons, «l'amour est un oiseau rebelle». En passant, sachons aussi que les plus grandes cloches du monde ont été coulées dans du bronze ou dans du fer. Le bourdon de la cathédrale de Reims ne retentit que dans les plus solennelles des solennités. Sa cloche maîtresse s'appelle Jeanne d'Arc et pèse 20 000 kilos.

 

Mais la plus monumentale qui soit est la Tzar-Kolokol du Kremlin de Moscou (image d’en haut, photo Visoterra). Coulée en 1735 par Michel Monterine, son diamètre est de 7,47 m, son poids de 210 tonnes. Elle n’a jamais sonné, s’étant tôt fissurée lors d’un incendie… Il y eut un autre bourdon géant de bronze, devenu muet lui aussi: celui du Tocsin, confectionné par le même fondeur. De dimensions plus modestes, il encourut le courroux de l’impératrice Catherine II, qui lui fit «ôter la langue». Car en 1771, lors de la Révolte de la peste, sa sonnerie avait servi de signal de ralliement aux insurgés.

 

En Russie, toutes les musiques sont chargées de message, même celle des cloches. Réécoutez le piano de Moussorgski orchestré par Ravel: les dong-dongs des Tableaux d’une exposition évoquent le battement d’un cœur. Celui d’un peuple toujours trop enflé d’espoirs.

14.11.2009

Souvenirs de Prenzlauer Berg

 
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Les vingt ans de la chute du mur de Berlin sont dernière nous. Une effervescence un peu artificielle s’estompe; bientôt, les médias n’en parleront plus du tout.

 

Du coup, l’envie me prend de retourner après vingt-deux ans au bord de la Spree: en 1987, c’était pour les célébrations du 750e anniversaire de la fondation de la ville par Albrecht l’Ours, une espèce de Vercingétorix prussien et baltique. Elle était encore scindée en deux et le mur n’était graffité que d’un seul côté.

 

Ma chambre d’hôtel était tendue d’un papier orange marouflé de scènes érotiques du Siècle des Lumières - les tenanciers étaient des esthètes fantasques et mélancoliques. Elle donnait sur la Savignyplatz et ses terrasses fréquentées par des étudiants aux Beaux-Arts.

 

Le Kurfürstendamm, qui passait encore pour l’artère la plus vivante, la plus célèbre, de Berlin ouest, se trouvait à quelques minutes de marche. Les allées domestiquées du Tiergarten aussi – il avait été une forêt sauvage et giboyeuse, une réserve de chasse des princes-électeurs. Sans oublier le jardin zoologique, un des plus riches du monde, un des plus anciens: durant les disettes de la Dernière Guerre, la population se rua sur les fauves, éléphants, alligators et autres pauvres anacondas pour s’approvisionner en protéines.

 

La ville héritée de Frédéric II, Fritz Lang, Alfred Döblin, du Bauhaus et de Marlène Dietrich m’avait bien sûr fasciné par le cosmopolitisme qui enfiévrait le Kurfürstendamm, alias le Ku’damm. Par ses audaces artistiques. Par l’indolence délicieusement snob d’intellos velus, sales et fauchés se grisant dans les ambiances enfumées des brasseries underground du Kreuzberg.

 

J’apprends que, depuis la réunification, ce cher Ku’damm n’est plus l’avenue des Champs-Elysées de Berlin. Le cours majestueux d’Unter den Linden aurait pris la relève. Le melting pot bohème du Kreuzberg se serait lui aussi déplacé dans l’ex-zone soviétique.

A Prenzlauer Berg, qui fut naguère un des quartiers les plus populeux et les plus miséreux de l’agglomération.

Or au printemps de 1987, j’y avais assisté à la tombée du soir, après une journée de tourisme très formaté dans la capitale de la RDA: visite des musées de l’Insel, du Pergamon, de la Berliner Dom, où j’eus la chance d’assister au travail méticuleux d’un dévernisseur de fresques qui ressemblait trait pour trait à notre clown Dimitri. Le sourire en moins.

 

Sans être interdit aux promeneurs occidentaux munis d’un visa d’un jour, Prenzlauer Berg n’avait aucun atour touristique, hormis la petite synagogue de la Rykestrasse - une des seules qui aient survécu à la sauvagerie du nazisme. Le visage de ses habitants n’était pas plus souriant, mais à la Kollwitzplatz et sur la Husemannstrasse, l’air sentait bon le marronnier en fleur, et ça conférait à leurs regards une certaine sérénité.

 

Les buvettes étaient rares. Pourtant, à la Kastanienallee, le Prater, la plus prestigieuse brasserie de l’histoire de Berlin -son Biergarten le plus grand et le plus ancien - était toujours là, respectée et conservée architecturalement par les communistes, tel un monument historique qui devait garder sa fonction sociale.

Pour faire comme les autres buveurs de bière, j’y commandai une chope d’Eschwege Pils, une eau de vaisselle acide que les autres convives, sous les frondaisons aux fleurs rosâtres de la courette intérieure, semblaient savourer.

 

J’apprends maintenant que le Prater, construit en 1840, a été mieux restauré encore.  On n’y boit plus de la piquette communiste mais des bières allemandes et américaines, de la vodka distillée aux USA.

Son restaurant ne sert plus des cuissons maladroites de restes de viande qui puent la grisaille ouvrière. Il serait, devenu huppé et chérot. Il n’accueille plus que des concerts pop et folk.

 

Le bel accordéon tristounet des années tragiques, on ne l’entend plus.

 

Tant mieux.

 

 

 

(La photo qui illustre cette chronique est de Torsten Elger)

 

07.11.2009

Leçons de choses au bord du Léman

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Au début des années soixante, les enfants de la paroisse pulliérane de Saint-Maurice recevaient l'instruction aussi sur les berges du lac. Par temps de pluie, ils portaient une gabardine de laine bleue et une écharpe orange à fleurs de lis. Ils étaient cornaqués un samedi sur deux par une monitrice des Cœurs Vaillants - une espèce de scoutisme archicatholique, trop antiprotestant, et dont j’ai conservé des revues édifiantes qui m’amusent encore.

La «cheftaine» avait la voix aiguë et des cheveux macaronés, tressés en nattes blondes et rondes sur ses oreilles. Sur le sentier filiforme qui mène du port de Pully jusqu'à la fausse vieille Tour Haldimand et marque la frontière lausannoise, Mamzelle Marie-Luce (une Nantaise très acclimatée) expliquait les mystères de la nature lacustre: la loi des vents, la différence entre la bise et le joran, entre vaudaire et foehn. Puis la distinction entre le squelette échoué d'un vengeron et celui d'une perchette.

La marmaille s'instruisait en examinant les stries d'une carapace de mollusque, la structure d'un nid de cygnes; en contemplant la nage du harle huppé, le vol de la mouette pillarde. Car sur ce sentier des Rives-du-Lac? (c'est son nom officiel) les eaux lémaniques rejettent depuis la nuit des temps des millions d'éléments naturels, minéraux, végétaux ou conchyliologies - les coquillages- qui définissent son identité.

Quelquefois, en farfouilleurs trop jeunes et étourdis, nous tombions sur le vestige d'une savate en cuir, ou sur une bouteille de limonade cassée. De sa voix de corneille, Mamzelle s'égosillait: «Touchez pas ça, malappris! C'est sale, c'est dangereux, et ça n'a rien à faire dans une leçon de choses.»

Mais soudain, elle se calmait en voyant que le lac changeait de lumières, un peu comme dans les mélodies de Debussy: au large de la côte de Savoie, des ondes violâtres viraient vers l'aigue-marine; des nuages s'assombrissaient par-dessus des filaments roses et turquoise.

C’était novembre. Le froid sain de l’automne revenu rafraîchissait toutes les couleurs, et il nous enivrait ensemble.

Profitant d’une accalmie, la monitrice nous enseignait l'art compliqué du ricochet, dont le nom procède d'une vieille ritournelle française du XIIIe siècle où le mot coq revient plusieurs fois. Cela consiste à faire rebondir un caillou plat, lancé obliquement sur la surface de l'eau. Il faut acquérir un geste adroit et élégant pour l'envol du galet. Celui peut-être du poète Alfred de Musset, qui s'y adonnait, dit-on, avec délectation sur de nombreux étangs d'Ile-de-France.

De ces promenades prédominicales, nous revenions la godasse boueuse, les chaussettes mouillées. Et avec des odeurs d'algues, de putréfaction de plantes aquatiques, de chair de poissons morts. Mais le parfum persistant de valériane de Mamzelle Marie-Luce, les reflets orangés de ses nattes torsadées sous l'éclaircie imprévue et la sagesse affectueuse de son instruction rousseauiste nous hantaient davantage à la tombée du soir.

Quarante ans après, je reviens souvent aux Rives-du-Lac, surtout au petit matin, quand la bise est frisquette et le ciel encore indigo. Les eaux sont en houle et, de la Tour Haldimand jusqu'au port de Pully, elles éclaboussent mon manteau et mes bottines. Pour un pas de promeneur comme votre serviteur qui ne craint guère la froidure, qui apprécie de s'arrêter de temps en temps, ce trajet d'un kilomètre et demi ne dure qu'une heure; en tout cas à mon rythme de quinqua bien portant. Or j'apprends, par des livres de zoologie très avisés, que cette même distance coûterait à un escargot ordinaire, capable d'avancer droit sans zigzaguer, sans s'arrêter sur le reste d'une feuille de vigne, plus de trois jours! Tandis que le kangourou d'Australie adulte, qui peut faire des bonds de trois mètres et demi de haut, traverserait lui le sentier préféré de mon enfance en quelques minutes à peine.

Voilà donc un sentier de toutes les relativités. Aux rares habitants de la grande région lausannoise qui ne se sont jamais rendus aux Rives-du-Lac, je recommande d'y aller avec un esprit plutôt romantique, voué à la contemplation des clartés changeantes, à la musique intérieure. Avec une attitude très bienveillante, voire affectueuse, envers la race canine.

Car par beau temps, à toute heure de la journée, on n'y fait désormais que croiser carlins et bouledogues, caniches nains taillés comme des arbustes, vêtus comme des chiens des cirques d'Hector Malot. Ces meilleurs amis de l'homme ne sont pas «sans famille». Au bout de leur laisse, plus ou moins extensible, ils sont de vrais cornacs pour leur maître ou maîtresse dont la mine est presque toujours maussade et blette. Ils leur font respirer un bol d'air frais.

A l'instar, jadis, de notre Mamzelle Marie-Luce

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