15/11/2010

Lindemann, un kaléidoscope musical

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Voilà un Lausannois aux semelles de vent, qui vient d’avoir 60 ans et sillonne depuis trois lustres l’Asie du Sud-Est pour y faire rayonner une musique multiethnique, sans déroger pour autant au classicisme racinien de son piano. Entre deux récitals de tournée, il musarde dans les rues et ses vibrisses de chat savent flairer différemment les murs de Singapour, de Bangkok, ou les vieux hutongs de Pékin. Mais François Lindemann se délecte davantage de la molasse de sa ville natale: elles ont l’odeur patinée de son enfance. Son père y dirigeait l’Hôtel de l’Europe, 12, rue Ruchonnet, qui accueillait une clientèle très bariolée: des jazzmen américains qui se produisaient au Métropole ou Montbenon; des touristes arabes ou nippons; le patineur artistique français Alain Giletti, champion du monde. Voire un ouvrier italien au grand cœur qui avait appris au petit François à sauter à la corde. Car dans cet établissement cosmopolite – où son père Roger Lindemann jouait sur un Steinway Chopin et Debussy, tout comme son oncle Henri, patron du fameux Central-Bellevue, à Sain’f – le futur créateur de Piano Seven vécut en famille sous des toits tuilés jusqu’à ses 19 ans. «C’est en le quittant pour devenir locataire d’un immeuble à Bonne-Espérance, habité par des Suisses, que je me sentis pour la première fois à l’étranger.» Ses oreilles étaient emplies de musiques kaléidoscopiques. Il se croyait déjà musicien, mais sa muse, capricieuse, ne devait le rattraper qu’après qu’il se fut initié quelques ans au métier de graphiste en compagnie de Pierre Yersin et Jean-Claude Issenmann. «Entre 1973 et 2003, ce dernier me demanda de composer pour ses marionnettes, le Petit Théâtre et les Babibouchettes. Ce fut très stimulant.»

 

 

 

Entre-temps, François Lindemann s’est entièrement consacré à sa vocation de pianiste et de compositeur. Ce ne sont que récitals et enregistrements de disques avec Alvin Queen, Glenn Ferris, Carla Bley, Steve Swallow, Daniel Humair, et on en passe. Il crée plusieurs formations: un duo avec Sebastian Santamaria, un Lindemann Octet, le Nouvel Octet… En 1987, il met au point son chef-d’œuvre: sur une même scène, sept pianos Steinway abouchent leurs tables d’harmonie de manière à former une étoile. Au maelström de leurs mille possibilités sonores se mêlent, en intrus fécond le talent d’un soliste extérieur au groupe, parfois familier du répertoire classique. Telle fut la gageure de Piano Seven, qui n’a cessé depuis de faire le tour du monde et valut en 1997 à Lindemann le Grand Prix de la Fondation vaudoise pour la promotion et la création artistiques.

Pour fêter ses 25 ans, l’ensemble se produira en 2012 sur les vieilles planches de la Grange sublime de Mézières. Ce sera une espèce de best-off de Piano Seven, en présence de ses invités. Un feu d’artifice, mais sans mièvreries nostalgiques: «Les choses du passé peuvent nous émouvoir, nous réjouir sans empiéter sur le présent.» Elles sont vigoureuses comme les souvenirs de l’enfance, qui nourrissent toute une vie pour qui ne les renie pas.

Sa soixantaine, François Lindemann l’a lui-même déjà saluée par une sorte de feu d’artifice, en son jardin lausannois, le 17 septembre dernier. Des dizaines de copains sont venus embrasser cet éternel jeune mousquetaire de Ruchonnet devenu asiatique, qui s’est blanchi sous le harnais professionnel, dans sa tignasse et sa moustache. Mais sans n’avoir rien perdu de son élégance gestuelle, ni du charme ambré de ses prunelles.

Un Asiate, le Lindemann? «On est tous l’exotique d’un autre», tempère-il. Après d’innombrables tournées dans le Sud-Est asiatique (mais aussi au Maghreb, au Caire, au Liban), il a habité l’an passé six mois consécutifs à Bangkok, en même temps que des compagnons instrumentistes aussi étrangers que lui aux mœurs et à la langue des Thaïlandais. «Nous étions Européens, Marocains, Russes, Indonésiens, Siamois. Tous différents. Nos instruments l’étaient aussi. Nos musiques aussi, mais elles nous réunissaient dès que nous nous mettions à jouer. Nous nous comprenions alors comme des larrons.»

 

 

www.myspace.com/francoislindemann

 

 

 

 

 

 

BIO

 

 

Né le: 17 septembre 1950, à Lausanne.

 

 

 

1981 Sa rencontre avec une dame Astrigh.

 

1987 Création de Piano Seven et naissance de sa fille Anaïd.

 

1991 Naissance de sa cadette Mané.

 

1997 Première tournée en Asie et Grand Prix de la Fondation vaudoise pour la promotion et la création artistiques.